Rien de bon n'est jamais sorti des reflets de l'esprit se mirant en lui-même. Ce n'est que depuis que l'on s'efforce de se renseigner sur tous les phénomènes de l'esprit en prenant le corps pour fil conducteur, que l'on commence à progresser.
S'il n'y avait que de bons cuisiniers, les pharmaciens auraient peu de chose à faire, les médecins disparaîtraient, on ne garderait que des chirurgiens pour les fractures.
Tout ce qu'on entend dans le jour, ce sont des bruits d'écus ; et ce qui ne dit rien dans la nuit, c'est la conscience des hommes.
On devrait bien enseigner aux enfants l'art d'être heureux quand les circonstances sont passables et que toute l'amertume de la vie se réduit à de petits ennuis et à de petits malaises.
Se sentir écrivain ne dispense pas d'écrire, cela s'éprouve, on ne peut pas se croire sur parole.
Si le créateur n'avait pas placé, chez la femme, la salle de jeu si près des cabinets, on ne parlerait pas de Freud.
La justice est sociale. On l'administre avec des règles fixes et non avec les frissons de la chair et les clartés de l'intelligence. Surtout ne lui demandez pas d'être juste, elle n'a pas besoin de l'être puisqu'elle est justice.
- Du temps du muet... il y avait de la musique... - Maintenant aussi... mais on ne l'entend pas... les gens causent tout le temps !
La différence entre le peuple et le public, c'est que le public paye... Mais à l'usage, on s'aperçoit qu'un billet de théâtre est souvent moins coûteux qu'un bulletin de vote.
Le problème de réforme de l'état est "incontournable". Ce qui signifie qu'on la contourne depuis deux siècles !
L'intelligence du monde n'est pas dans la naissance, elle est dans la mort. On sait ce qui naît ; on ne sait où va ce qui meurt.
Les rendez-vous avec notre passé sont les seuls auxquels on peut se rendre sans risque d'attendre.
Comme l'avenir est incertain, comme les prévisions que l'on peut faire aujourd'hui risquent d'être contredites par la réalité de demain, alors essayons de vivre heureux, hic et nunc.
On fait souvent des bêtises effroyables par peur de paraître bête.
L'honneur est un vieux saint que l'on ne chôme plus. Il ne sert plus de rien, sinon d'un peu d'excuse.
On demande généralement aux esclaves de chanter tout en travaillant.
Comme c'est terrible d'être vieux et de savoir qu'on a gâché sa vie.
Toute la vue de la foi semble réduite à bien voir qu'on ne voit rien.
Une comédie dans laquelle on ne trouverait ni jeune homme élégant, ni gogo, ni cocu, ni femme légère, est, pour certains palais, un amusement aussi fade qu'un dîner où manquent le rôti et le pudding.
On ne vous prendra jamais comme grand guérisseur de lèpre si votre mère est couverte de pustules.
L'Académie française a un grand avantage. Grâce à elle, quand on n'est plus quelqu'un, on est encore quelque chose.
On vit le plus souvent dans le gris ou on s'en étonne de moins en moins.
Le soleil, si éclatant qu'on ne le voit pas.
Comment se fait-il que depuis des années qu'on a les 35 heures, pas un seul pays au monde ne nous a imité ? Alors soit on est des génies, soit ce n'est pas sûr qu'on ait raison.
Une chanson ressemble à un rêve qu'on essaie de réaliser. Ce sont des pays inconnus où il faut s'introduire.
À la Sécurité Sociale, tout est assuré... sauf la pendule. Ça on risque pas de nous la voler, le personnel a les yeux constamment fixés dessus.
On ne peut pas décrire le rouge enfer des amours enfantines
Ce n'est pas pour l'amour des êtres qu'on chérit les êtres : c'est pour l'amour de soi qu'on chérit les êtres.
La réalité n'a pas besoin de prouver qu'elle existe. Quand on l'oublie, elle se contente de faire mal.
Quand on surveille, les patates cuisent trop lentement. Quand on va faire du piano en attendant, elles cuisent beaucoup trop vite.
On ne peut pas, au nom de la culture, figer les choses ! Sinon ça devient de l'archéologie.
Quand on prend la peine de découvrir les ficelles, on se sent moins marionnette...
Les choses qu'on sait le mieux sont celles qu'on n'a pas apprises.
La mort, ce serait le rêve si, de temps en temps, on pouvait ouvrir l'oeil.
L'on doit se taire sur les puissants : il y a presque toujours de la flatterie à en dire du bien ; il y a du péril à en dire du mal pendant qu'ils vivent, et de la lâcheté quand ils sont morts.
Les choses que l'on dit de nous ont beaucoup plus de signification et d'importance pour nous que pour les gens qui les disent.
Il faudrait écrire sans jamais penser qu'on sera lue ou alors par des êtres dotés d'une immense compassion et qui vous pardonneront d'user votre vie à restituer l'impalpable traversée des heures, des minutes, des secondes. Autant dire rien.
Dans chacun de nous il y a un peu de tous les autres ; c'est ça qui est intolérable. On ne peut pas être vraiment soi.
C'est en voulant connaître toujours davantage qu'on se rend compte qu'on ne sait pas grand-chose.
On a autant de peine et de mérite à se passer d'argent qu'à en gagner.
Que peut-on m'ordonner que mon bras n'accomplisse ?
Toute morale est morte ! La crise est de morale aussi bien que d'argent. On décampe en hurlant du bateau qui naufrage. Il n'y a plus d'amis.
À force de parler on se trompe ; à force de manger on fatigue son estomac.
L'amour est un grand maître, ce qu'on ne fut jamais, il nous enseigne à l'être.
Dans l'adolescence, on aime les autres femmes parce qu'elles ressemblent plus ou moins à la première ; plus tard, on les aime parce qu'elles diffèrent entre elles.
On peut diviser la vie des femmes en trois époques : dans la première, elles rêvent d'amour ; dans la seconde, elles le font ; dans la troisième, elles le regrettent.
Monter à cheval enivre comme le vin. Une fois en selle, on perd la raison et on commence à se balancer comme dans un rêve héroïque.
Quand on s'abandonne, on ne souffre pas. Quand on s'abandonne même à la tristesse, on ne souffre plus.
On prétend que le cheval est une animal de luxe. Il ne s'habille pourtant qu'avec des bretelles.
Il n'est pire misère, parce qu'on veut faire le bonheur d'un peuple, que de croire en lui.