Les choses qu'on sait le mieux sont celles qu'on n'a pas apprises.
Ne pas mentir, c'est dire ce qu'on sait, non ce qu'on croit savoir.
La paix est le temps où l'on dit des bêtises, la guerre le temps où on les paie.
On n'arrive pas à croire que le mensonge existait déjà avant l'invention de l'imprimerie.
On s'habitue à tout, même à ce que l'on n'acceptera jamais.
On engendre les conflits en fertilisant les petites erreurs.
Même pour quitter une femme, on a besoin d'elle.
Celui qu'on méprise et celui qu'on envie n'ont droit qu'à des nuances différentes du même sentiment.
La vie que l'on recherche ressemble toujours à nous-mêmes.
Se sentir écrivain ne dispense pas d'écrire, cela s'éprouve, on ne peut pas se croire sur parole.
C'est toujours ce qui se passe dans la vie : on s'imagine jouer son rôle dans une certaine pièce, et l'on ne soupçonne pas qu'on vous a discrètement changé les décors, si bien que l'on doit, sans s'en douter, se produire dans un autre spectacle.
Avec la radio, surtout la nuit, on peut encore faire rêver.
Ce n'est pas parce qu'on fait partie d'un peuple martyrisé qu'on est pas aussi des hommes comme les autres.
Si on veut qu'une chose soit faite, il y a trois façons de s'y prendre : le faire soi-même, demander à quelqu'un de le faire, ou interdire à ses enfants de le faire.
On apprend beaucoup de quelqu'un en partageant un repas ensemble.
On n'est jamais vaincu que par soi-même.
Mon père tenait beaucoup à ce que j'aille à l'école pour apprendre la politesse. J'arrive ; dans la rue, y a un panneau : "ralentir, école". Y croyaient quand même pas qu'on allait y aller en courant non plus !
La réalité n'a pas besoin de prouver qu'elle existe. Quand on l'oublie, elle se contente de faire mal.
On se persuade mieux, pour l'ordinaire, par les raisons qu'on a soi-même trouvées, que par celles qui sont venues dans l'esprit des autres.
Monter à cheval enivre comme le vin. Une fois en selle, on perd la raison et on commence à se balancer comme dans un rêve héroïque.
Mieux vaut subir la moitié des maux auxquels on s'attend que de rester dans l'apathie par crainte de ce qui pourrait advenir.
On qualifie souvent de raisonnables des gens qui n'ont pas eu assez l'appétit du bonheur pour commettre des sottises qui leur fussent bienfaisantes.
Quand on étudie l'histoire, on s'aperçoit que ce sont les individus qui font avancer les collectivités.
On a l'impression quand on a atteint la quarantaine, qu'on n'a pas fait ce que l'on devait faire et qu'on n'a plus le temps de faire ce qu'on a à faire.
N'est-ce pas précisément cela "comprendre" ? Sentir qu'on saisit l'indéfinissable, l'indispensable.
Quand on est connu, aujourd'hui, le simple fait de se promener en public sans lunettes noires constitue presque un attentat à la pudeur.
La liberté n'a pas de prix. On paye la rançon qui nous a été demandée - fût-ce notre chair - le jour où l'on a compris qu'on ne pouvait vivre sans elle.
Rien de bon n'est jamais sorti des reflets de l'esprit se mirant en lui-même. Ce n'est que depuis que l'on s'efforce de se renseigner sur tous les phénomènes de l'esprit en prenant le corps pour fil conducteur, que l'on commence à progresser.
On devient stupide dès que l'on cesse d'être passionné.
Au théâtre il y a des règles très précises d'unité, on peut donc mettre en scène des gens exceptionnels, des fous. L'excès des contraintes et l'excès de liberté font que la pièce s'équilibre d'elle-même.
Si l'expérience servait à quelque chose, au bout d'un moment, on arrêterait de s'enrhumer !
Le beau geste, c'est celui qui est si absolument juste, si précis, si parfait, qu'on le croit facile, oubliant la somme de pratique, de connaissance et d'intuition dont il est le signe.
On t'a jamais dit que celle sur qui tu craches peut demain être celle sur qui tu baves ?
On n'est heureux qu'autant qu'on a souffert.
On peut diviser la vie des femmes en trois époques : dans la première, elles rêvent d'amour ; dans la seconde, elles le font ; dans la troisième, elles le regrettent.
On veut rendre les gens heureux, mais on ne veut pas qu'ils le deviennent.
Il y aurait une grande mortalité si l'on cessait de vivre lorsqu'on a plus rien à se dire.
On n'est pas libre lorsqu'on n'est pas maître de soi.
Faire croire à des gens d'esprit que nous sommes ce que nous ne sommes point est plus difficile, dans la plupart des cas, que de devenir vraiment ce que l'on veut paraître.
Les garçons seront toujours des garçons. Et cela n'aurait pas d'importance si l'on pouvait empêcher les filles de rester des filles.
La jeunesse s'instruit par intuition. Si l'on ne savait que ce qu'on apprend on ne saurait rien.
Les gens ne sont pas commodes ; ils vous disent : "Comme vous vous servez mal, monsieur ! ". Et si l'on se sert bien, ils ne vous invitent plus.
C'est fou comme la voix seule peut dire d'une personne qu'on aime - de sa tristesse, de sa fatigue, de sa fragilité, de son intensité de vivre, de sa joie. Sans les gestes, c'est la pudeur qui disparaît, la transparence qui s'installe.
Le peuple a besoin qu'on l'éblouisse et non pas qu'on l'éclaire.
A trente ans, tout est joué : oeuvre, carrière, amour, destinée. Après, il suffit de suivre les rails - chemin de velours ou mauvaise glissade, peu importe - on "suit" sa pente. Entre vingt et trente ans, on la "fait".
On a beau ne pas être superstitieux, on craint toujours les malédictions des gens.
A voir ce qui s'imprime tous les jours, on dirait que chacun se croit obligé de faire preuve d'ignorance.
Si on peut maintenant garantir la filiation entre parents et enfants, rien qu'à partir de la salive, l'expression "c'est son portrait tout craché" n'a jamais eu autant de sens !
Car l'on ne voit profondément que dans la nuit profonde.
Souvenez-vous, si vous avez un jour besoin que l'on vous tende la main, que vous en avez une au bout de votre propre bras. En vieillissant, souvenez-vous que vous en avez une seconde: la première sert a s'aider soi-même et la seconde à aider les autres.