A voir la manière dont on use auprès des malades dans les hôpitaux, on dirait que les hommes ont imaginé ces tristes asiles, non pour soigner les malades, mais pour les soustraire aux regards des heureux dont ces infortunés troubleraient la jouissance.
Il semble que l'on soit moins jaloux par amour que par haine.
Chaque fois qu'on a voulu changer le monde, il y a eu plus de problèmes qu'avant.
L'amour est un chien. Un chien dont on ne sait jamais ce qu'il a dans le tête. Tu peux le caresser. Il répond à tes caresses. Et puis, un jour, il te mord, tu ne sais pas pourquoi.
Les idées sont comme les femmes. Si on ne les lève pas quand elles passent, on les perd de vue.
La nature n'est pas définitive : on peut toujours lui ajouter.
Les professeurs ne se préoccupent que de se tenir au niveau de leur auditoire. Ils se défient de ce qu'on ne comprendrait pas.
Le meilleur des mondes n'est pas celui où l'on obtient ce que l'on désire, mais un monde où l'on désire quelque chose.
Comment savoir dans quelle humeur on va les trouver au juste. Quand ils ont bien bu, ils racontent une blague, vous pincent où je pense, et on a de la peine à ce qu'ils ne deviennent pas tout de suite [...] ► Lire la suite
Quand on sait que l'adversaire arrive au point faible du dossier qui risque d'embarrasser la défense, il faut faire diversion parfois de façon banale : faire tomber son stylo et le chercher ostensiblement. L'attention est détournée. Le fil est rompu. Mais il faut le faire intelligemment. Là, j'y étais « pour mon compte » !
Ce que l'on appelle échec n'est pas la chute, mais le fait de rester à terre.
L'ennui est un avertissement, qu'on n'écoute jamais trop.
Les mondanités consistent à parler, quand on n'a rien à dire, avec des gens qu'on n'est pas obligé de rencontrer.
L'on fait plus souvent des trahisons par faiblesse que par un dessein forcé de trahir.
Nous vivons une époque où l'on se figure qu'on pense dès qu'on emploie un mot nouveau.
La mort, dit-on, nous acquitte de toutes nos obligations.
Comme elle est longue à vivre, la quête de l'existence, quand on n'a pas de dieu qui la dirige.
On parle tant du langage, alors qu'il n'y a personne pour entendre.
Il y a des livres si audacieux, qu'on ne devrait les publier qu'avec un cache-texte.
On apprend tout aux hommes, la vertu, la religion.
On ne sait pas ce que c'est, la béatitude. Mais il est tout de même réconfortant de penser que le paradis existe et que nous sommes tous faits pour y aller.
Quand on l'ignore, ce n'est rien ; quand on le sait, c'est peu de chose.
Pleurer et gémir sur ses malheurs, quand on doit tirer des larmes de ceux qui vous écoutent, mérite qu'on s'y arrête.
Mais c'est mal aimer ceux qu'on aime que de vouloir faire leur bonheur malgré eux.
C'est une chose cocasse que la vie - cette mystérieuse disposition d'une logique implacable dans un dessein futile. Le mieux que l'on puisse en espérer est une certaine connaissance de soi - qui vient trop tard - et une moisson de regrets inapaisables.
Je ne crois pas en l'amour universel. L'amour est limité par nature. On peut aimer cinq personnes, peut-être dix, très rarement quinze.
Être, c'est être la somme de tout ce qu'on a été.
Quand on n'a pas commis de faute, on ne peut pas être absolument sûr de soi. Tandis que lorsqu'on a bien vu les conséquences d'une bêtise, on ne s'expose plus à la recommencer !
L'amour vrai suscite la haine. On le reconnaît à cela.
Journal intime. Relation quotidienne de cette part de l'existence que l'on peut se confier à soi-même sans avoir à en rougir.
On a beaucoup parlé de la face de Dieu. Jamais de son profil.
Au commencement, Dieu ne savait pas qu'Il était Dieu, puisqu'Il était tout seul. Pour savoir qu'on est Dieu, il faut être deux : un qui est Dieu, et l'autre qui lui dit : "Mon Dieu".
Toutes les sciences, même divines, sont de grandes enquêtes. Sauf que l'on ne cherche pas à savoir pourquoi un homme est mort mais les sombres secrets expliquant pourquoi il est en vie.
Il faut avoir le courage de regarder la mort en face : elle est là aussi dans la bêtise, les faiblesses, la laideur des autres, mais si on insiste un peu, ces mauvaises apparences se lèvent et c'est la vie qui apparaît.
Au théâtre, on ne gagne pas en solitaire. D'où le rôle central du capitaine, le metteur en scène.
C'est pas parce qu'on y voit double qu'à la fin on y voit mieux.
Le lit est encore le lieu le plus pratique quand on tient à perpétuer le genre humain.
On a tort d'apprendre aux enfants que tous les problèmes n'ont qu'une et une seule solution...
L'amour d'une vierge est aussi assommant qu'un appartement neuf. Il semble qu'on essuie les plâtres. Il est vrai qu'on n'a pas à redouter les germes maladifs, pestilentiels, d'un autre locataire.
On ne se méfie jamais assez de son passé.
Ce que nous montre le peintre ou le sculpteur n'est pas ce qu'on voit autour de nous. Ce que nous voyons voile la profondeur qui est à l'origine de la forme.
Il n'y a que dans les dessins animés que l'on voit des pingouins joyeux.
On veut une solution. Oh ! orgueil humain. Une solution ! Le but, la cause ! Mais nous serions Dieu, si nous tenions la cause.
En de certaines occasions, on négocie son avenir avec le passé.
On a toujours une strophe à polir, une rime plus sonore à trouver.
On trouverait à peine dans les républiques modernes, et même dans les plans tracés par les philosophes, une institution dont les républiques grecques n'aient offert le modèle ou donné l'exemple.
Le fantasme aide à passer n'importe quel temps de veille ou d'insomnie ; c'est un petit roman de poche que l'on peut ouvrir partout sans que personne y voie rien.
L'enfant est comme une liane de calebassier, si on ne la remet pas dans la bonne direction, elle rampe où il ne faut pas.
On ne peut pas désirer la liberté de la Croix quand on est spécialement choisi pour la Croix.
La vraie amitié n'est point impérieuse ; c'est une liaison libre et délicieuse, dont le coeur et l'esprit, la raison et le temps, ont ensemble formé les noeuds toujours charmants ; et sa chaîne, au besoin, plus souple et plus liante, doit prêter de concert, sans qu'on la violente.