À ne vouloir point omettre le bien dans le compte des maux que nous avons à souffrir, nous trouverions que nous ne sommes point si malheureux qu'on se dit.
Avant un plaisir, il faut se méfier de la représentation, se représenter le poids du regret d'y avoir cédé et en contrepartie le caractère éphémère de ce plaisir. Si le plaisir paraît toujours tentant, on peut alors s'y adonner.
La seule différence entre ce qu'on appelle un homme véridique et ce qu'on appelle un menteur, c'est que le premier ment comme il respire, naturellement et sans savoir, alors que les mensonges du second portent la marque d'un effort créateur. Ils sont plus construits, plus cohérents, et certainement plus efficaces.
On peut toujours assembler des mots. La difficulté commence quand il s'agit de faire marcher ensemble les choses représentées par ces mots.
Le vrai drame, la vraie injustice, c'est de survivre tout seul quand on se sent inutile. ou de mourir pour rien en croyant qu'on va sauver quelqu'un.
A la rigueur, je suis heureux qu'on ait à rire de ma tristesse : seul m'entend celui dont le coeur est blessé d'une incurable blessure, telle que jamais nul n'en voulut guérir...
Il faut avoir une parfaite conscience de ses propres limites, surtout si on veut s'élargir.
On ne s'introduit pas impunément pendant un siècle du Verdi ou du Wagner dans les oreilles sans que l'organe auditif ne s'en ressente.
J'ai l'habitude de dire quelque chose de flatteur pour commencer, pour que l'on m'excuse ensuite si je mets les pieds dans le plat.
On peut oublier les offenses, mais on perd rarement le souvenir d'avoir été offensé.
L'amitié d'homme à femme est une chimère, à moins que l'on ne donne le nom d'amitié à une liaison dans laquelle l'amour est devenu l'accessoire après avoir été le principal.
On devrait toujours s'habiller comme une colonne de marbre.
Ce n'est pas parce qu'on ne sait pas danser que l'orchestre doit être mauvais.
On va loin quand on ne sait pas où l'on va, et qui ne voit le but le passe.
S'il n'y avait personne à qui dire "je pense", on ne penserait pas, c'est évident.
Il n'entend pas ce qu'on lui dit, à force d'écouter ce qu'il va dire.
Le bonheur, c'est comme le coke - c'est une chose qu'on obtient comme un sous-produit de la fabrication d'autre chose.
On aime être ce qu'on n'est pas.
Quand on sait qu'il suffit d'appuyer sur la commande de la télé pour qu'un lave-vaisselle apparaisse à la place de votre tête, ça vous donne le sens du relatif.
Plus nous nous rabaissons extérieurement, plus on nous élève en effet.
On n'enseigne pas à réussir. Réussir est un art ; comme tous les arts, il suppose des dons. On apprend une technique ; on n'apprend pas à être un grand peintre.
Il ne faut pas imiter ce qu'on veut créer.
Bientôt, ils n'avancèrent plus qu'en titubant. On avance très bien en titubant, moins bien évidemment qu'en ne titubant pas, moins vite surtout, mais on avance.
À force de parler de religion, on s'est rendu compte qu'il y avait beaucoup d'enfants qui trouvaient normal qu'on assassine des dessinateurs.
Quand je ne travaille pas, je m'habille comme un surfeur. On dirait que je vais entrer dans votre maison et nettoyer votre piscine.
D'habitude, je vais à Cannes pour un film ou pour remettre un prix : on fait un petit tour et on s'en va.
Il n'y a que Dieu qui ait un assez grand fond de gaieté pour ne pas s'ennuyer de tous les hommages qu'on lui rend.
Dans une société harmonisée par la courtoisie, on ne traitera plus l'autre de con mais de distrait.
On reconnaît les histoires vraies à ce qu'elles n'ont pas de chute.
Dans le vocabulaire syndicaliste, on ne passe à l'action qu'en cessant toute activité.
Ah ! La volupté d'abattre du travail comme on abat des arbres, de s'attaquer à une montagne de papier comme on escalade le Mont Blanc pour donner, peu à peu, au bureau l'aspect du Sahara.
Il faut savoir beaucoup pardonner quand on gouverne les hommes.
A colleter un gueux, on devient pouilleux.
Faut-il trahir son idéal parce qu'on s'aperçoit qu'on ne peut pas en vivre ?
L'homme est plein d'imperfections, mais ce n'est pas étonnant si l'on songe à l'époque où il a été créé.
Apprendre à mourir ! Et pourquoi donc ? On y réussit très bien la première fois !
Le moyen d'aimer une chose est de se dire qu'on pourrait la perdre.
On ne sait plus faire de galipettes de nos jours. J'entends des vraies galipettes de jadis, ces petits gâteaux ronds, dorés et croquants qui donnaient envie de danser chaque fois qu'on en mangeait et rendaient la joie de vivre aux plus moroses.
On ne peut écrire qu'un livre ou plusieurs fois le même livre. C'est pourquoi tous les beaux livres se ressemblent. Ils sont tous autobiographiques.
Au coin d'une rue, la fille est belle et la robe légère, le vent bourrasques fait le malin et nous voilà par terre. On croyait la vie finie et nous voilà guéris de toute envie noire.
Quand on est candidat à la fonction suprême, on n'est pas là pour faire des sketches.
Les téléspectateurs n'aiment pas que ça soit toujours la même chose et, en même temps, ils détestent quand on change trop. Ils aiment retrouver leurs repères.
La frontière est de plus en plus floue entre le cinéma tel qu'on le conçoit depuis sa création et la métamorphose qu'il est en train d'opérer.
On est vieux du jour où on a besoin de sympathie. C'est un signe aussi sûr que les artères.
C'est aux inconnus qu'on parle toujours des choses les plus importantes.
On ne se prépare pas plus à la mort qu'on ne s'était préparé à vivre.
On n'apprend pas à mourir en tuant les autres.
Guidé par l'amour, on ne peut pas se tromper.
L'esclave ne souffre plus. C'est ce qu'on appelle l'évolution d'une civilisation.
La façon dont on raconte l'Histoire contemporaine ressemble à un grand concert où l'on présenterait d'affilée les cent trente-huit opus de Beethoven mais en jouant seulement les huit premières mesures de chacun d'eux.