On fuit ceux à qui on a trop d'obligation.
On ne devine que ce qu'on savait à son insu.
Recevoir sur ses épaules frêles la veste quotidienne de la violence quand on aimerait porter le manteau de la tendresse.
Ce qu'on appelle "marxisme" en France est un article tout à fait spécial.
Le vrai drame, la vraie injustice, c'est de survivre tout seul quand on se sent inutile. ou de mourir pour rien en croyant qu'on va sauver quelqu'un.
À chaque fois qu'il y a eu dans une colonie un supplicié, un torturé, une fillette violée, et qu'en France on accepte, il y a une régression universelle qui s'opère, un poison instillé dans les veines de l'Europe et le progrès lent de l'ensauvagement du continent.
Car la vraie liberté s'ignore. Elle semble aller de soi. On n'en prend conscience que lorsqu'on la perd ; et dès qu'on en prend conscience, c'est qu'on l'a perdue.
Lorsqu'on sépare le dogme de l'esprit, on risque tous les intégrismes, de l'Inquisition au terrorisme.
Les crimes deviennent vraiment abominables quand on en est réduit à plaindre l'assassin.
Je plains ceux qui ont l'air intelligent ; c'est une promesse qu'on ne peut tenir.
On s'habitue à ses infirmités, le plus difficile est d'y habituer les autres.
A la télévision, on ne peut être autrement que ce qu'on est profondément.
On ne peut réduire les hommes à leur physionomie.
Qu'on ne prétende jamais, auprès d'un aîné, que c'est "pour lui" (ou elle) que les parents en mettent un autre au monde. Combien d'enfants sont ainsi sauvagement rendus responsables d'un indésirable frère ou soeur qu'ils avaient soi-disant réclamé, alors qu'ils avaient besoin d'un camarade de jeu de leur âge.
Mais les principes, ce ne sont pas des vêtements que l'on enfile ou que l'on enlève quand ça vous arrange. On doit s'y tenir quelles que soient les circonstances.
J'ai connu des millionnaires manquant cruellement d'une nourriture qui à elle seule peut entretenir tout ce qui est humain dans l'homme, et je connais des travailleurs, et nombre de ceux qu'on appelle pauvres, qui connaissent des plaisirs inatteignables par ces mêmes millionnaires. C'est l'esprit qui enrichit le corps.
En somme, les plus purs chefs-d'oeuvre sont ceux où l'on ne trouve plus aucun déchet inexpressif de formes, de lignes et de couleurs, mais où tout, absolument tout se résout en pensée et en âme.
On me reproche deux choses : de dire quelquefois la vérité et de tenir des propos en dessous de la ceinture. Je dirai au contraire que pour la vérité on fait ceinture, et on est toujours en dessous de la vérité.
Je me protège de trop d'exposition, parce qu'on m'expose malgré moi, et ça, je trouve ça insupportable.
Ce n'est pas parce qu'on écrit sur du papier recyclé que les textes sont bons.
Les médias ont leur part de maltraitance, d'agressivité, de création de monstre comme mon frère... Où on l'invite pour faire le buzz, ou on le laisse déraper sans lui donner des limites, où du coup il s'enferme dans un personnage provocateur. Et ensuite on le met au rébus.
Ça y est, j'ai survécu à ma première garde. On a tous survécu. Les autres internes sont tous des gens bien. Ils te plairaient, je crois, j'en sais rien, peut-être. En tout cas moi ils me plaisent.
Si nous sommes livrés à nos propres forces, il y a toutes les raisons d'être pessimiste. Mais si on croit à des forces supérieures à l'homme, alors on peut être optimiste.
On finit toujours par se mouler dans les costumes que les autres nous taillent.
Le silence est parfois le plus orgueil que l'on puisse montrer.
Pourvu que l'on ait une auge, on trouvera les cochons.
Quand on aime, on est toujours soûl, ou bien c'est de trop ou bien c'est de manque !
On ne peut être juste si l'on n'est humain.
On est seul dans la mort.
On a peu d'estime pour soi-même quand on la refuse aux autres.
On embaume les hommes, pas les régimes. On ne peut pas les conserver sous des mausolées.
Il avait des yeux si bleus qu'on avait l'impression de regarder un ciel azuré à travers une tête de mort.
Avant, on parlait de malade ; le terme de patient n'est venu que dans les années 80. "De l'homme à l'homme vrai, le chemin passe par l'homme fou".
Notre coeur a soif de lumière. Si celle dont on nous inonde n'assouvit pas notre soif d'authenticité, à l'inverse, la lueur fragile de nos plus grands espoirs a besoin de la pénombre pour rester perceptible...
Les dents des femmes sont des objets si charmants qu'on ne devrait les voir qu'en rêve ou à l'instant de la mort.
C'est être plus politique qu'on ne pense que de savoir passer aisément du badinage au sérieux et du sérieux au badinage.
C'est ce que nous faisons de ce que nous avons, et non ce qu'on nous donne, qui sépare une personne d'une autre.
- Allo Maman? Oui je suis avec une amie là, hein qu'est ce qu'on va faire ? Euh j'sais pas... Effy on va faire quoi ? - Approvisionnements. - En quoi ? demande ma mère... - Drogues. - Salade !
Ce n'est pas en mangeant que l'on devient forgeron. Même si on ne veut pas devenir forgeron.
Dans l'homme aimé, il arrive plus ordinairement qu'on ne s'est épris que de l'amour.
On apprend à se faire à tout dans le monde, à la misère comme à la jouissance.
On recommence pas sa vie... On peut commencer à la remplir.
Toute parole est en trop quand on a du désir, d'ailleurs parler l'annule - il n'y a pas de mots pour dire le désir, pas de mots courants qui ne servent à le trafiquer, à le masquer, à l'apaiser ou à le détruire.
La violence avec laquelle s'est affirmée la suprématie des valeurs blanches, l'agressivité qui a imprégné la confrontation victorieuse de ces valeurs avec les modes de vie ou de pensées des colonisés font que, par un juste retour des choses, le colonisé ricane quand on évoque devant lui ces valeurs.
On ne dévore pas un bon livre, c'est plutôt dans son ventre que vous risquez de finir. Comment reconnaître un bon lecteur ?
Ce n'est pas parce que l'on a mangé une fois du caviar que l'on a traversé la Volga à la nage.
La poésie suggère. En cela, elle est plus proche qu'on ne pense de la vie, qui est toujours en deçà de l'instant qui frappe.
À un certain moment, un lourd portail se ferme derrière nous, il se ferme et est verrouillé avec la rapidité de l'éclair, et l'on n'a pas le temps de revenir en arrière.
Vivre vaut la peine si l'on peut contribuer d'une petite manière à cette chaîne sans fin de progrès.
On croit que si rien ne se passe, on disparaît. Ce n'est pas vrai.