On ne doit pas pratiquer la vivisection sur la poésie, sous peine de tuer l'émotion.
On ne veut point perdre la vie, et on veut acquérir de la gloire.
Les vengeances tardives n'ont pas la saveur qu'on leur imagine, parce qu'elles ont moisi.
Pour celui qui bosse sur un chantier, le troquet est un havre, une gourmandise, un endroit où l'on se réchauffe et où l'on discute.
La névrose n'est pas une maladie mais une souffrance, qui peut se transmettre de génération en génération tant qu'on n'a pas compris de quoi il s'agissait. Un petit événement caché, honteux, dans la vie de quelqu'un peut aussi gâcher la vie de ses descendants.
Il arrive toujours ce moment où l'on ne se reconnaît plus dans le miroir à force de vivre sans reflet.
La beauté n'était pas simplement quelque chose à voir; c'était quelque chose que l'on pouvait faire.
On ne choisit pas d'être écrivain, ça arrive un jour, comme ça.
Dédaigner ce qu'on n'a pas est du dépit ; ce qu'on a, de l'orgueil.
L'amour vrai suscite la haine. On le reconnaît à cela.
Que faire dans la confusion et l'inquiétude? C'est simple, dire ce qu'on croit.
Comme on connaît ses seins, on met un soutien-gorge.
On ne devient grand qu'en mesurant la petitesse de sa douleur.
C'est surtout en prison qu'on croit à ce qu'on espère !
L'espérance est le bien qu'on dépense le plus et qu'on épuise le moins.
On blâme la frisure quand on n'a plus de cheveux et on médit les pommes quand on n'a plus de dents.
Avec les insomnies, on peut faire des bouquets noirs de grandes fleurs friables et crissantes comme le sable sous les dents.
On écrit souvent son premier livre comme un testament.
Lorsqu'on vit pleinement, on n'a pas besoin de qualifier sa vie.
On dit beaucoup qu'en politique, il ne faut pas faire de querelles de personnes. Mais alors, quoi d'autre ?
Et pour la fête, comme pour les enterrements, les commémorations, on sort les "habits du dimanche", ceux que l'on achète un peu trop grands et qui deviennent très vite un peu trop courts.
C'est drôle, les familles. Elles se veulent éternelles, et dans un sens elles le sont : on n'y change plus jamais de la vue qu'on y a des enfants, même quand ils grandissent.
Grue : Femme de mauvaise vie qu'on trouve principalement sur les ports.
Du mal à s'accorder, on joue pas les mêmes partitions. On marche seuls ensemble, chacun campé sur sa vision.
Les femmes, toutes les femmes ont fait leurs valises pour rien une fois dans leur vie. On le fait pour qu'on vous retienne.
Je veux juste être heureux et paisible. Et ce n'est pas toujours le cas quand on est marié.
On dirait un chat qui chie dans sa caisse.
On aura beau informatiser, normaliser; chaque bibliothèque conservera son odeur spécifique, sa stratégie, ses sésames et ses secrets.
On m'a souvent demandé de quel pays je viens, mais je suis né en France, j'écris en français, je rêve en français.
C'est agréable d'avoir de l'esprit ; on a toujours quelque bêtise à dire.
Être, c'est être la somme de tout ce qu'on a été.
On ne peut expliquer un paradoxe, non plus qu'un éternuement. D'ailleurs, le paradoxe n'est-il pas un éternuement de l'esprit ?
On ne se suicide pas parce que la vie est absurde, ou parce qu'on est abandonné. Ces raisons-là viennent après.
Les poèmes se font à peu près comme les canons : on prend un trou, et on met quelque chose autour.
Lorsque l'on se défait d'un vice, on s'éprend d'un autre.
La couche nuptiale est l'asile des soucis ; c'est le lit où l'on dort le moins.
Le véritable exhibitionnisme consiste à montrer ce qu'on n'a pas.
Le premier de l'an : jour navrant quand on n'a pas de famille, odieux lorsqu'on en a.
Quand on met le pied dans les idées générales, on glisse.
On tue les autres, tous, un petit peu. Sur terre, c'est ce qu'on fait ; on tue le coeur des autres...
On fait des promesses quand on sent le besoin d'affirmer, de solidifier des sentiments que l'on craint de perdre.
C'est leur apanage aux guerres d'amener sur le devant de la scène ce qui se tenait caché en coulisses, qu'on ne voit pas d'ordinaire, le mettre sous les projecteurs.
L'âme et la vie intérieure, c'est ce qu'il y a de plus profond et donc de plus difficile à exprimer. C'est inépuisable. On ne se voit pas tel que Dieu nous voit.
Les jeunes gens surtout devraient se mettre en tête cette maxime véritable que plus on lit, plus on a d'esprit.
Eviter par dessous tout la platitude, les combinaisons de mots que l'on a déjà vues des milliers de fois.
Les heures de bonheur, on les a pour la vie, mais les heures perdues ne se rattrapent jamais.
Pleurer et gémir sur ses malheurs, quand on doit tirer des larmes de ceux qui vous écoutent, mérite qu'on s'y arrête.
On est libre de jouir d'une beauté humaine comme d'une oeuvre d'art.
Si franc qu'on le suppose, le rire cache une arrière-pensée d'entente, je dirais presque de complicité, avec d'autres rieurs, réels ou imaginaires.
Personne ne vous oblige à voir ce que vous ne voulez pas voir, on filtre suffisamment de choses comme ça, de nos jours.