On devrait bien enseigner aux enfants l'art d'être heureux quand les circonstances sont passables et que toute l'amertume de la vie se réduit à de petits ennuis et à de petits malaises.
Avoir trop de passé fait rêver à ne plus en avoir du tout. Mais quand on écrit et qu'on de la mémoire, la magie du roman consiste justement à vaincre cette difficulté : faire partager aux autres un souvenir somme toute très limité.
On ne peut pas parachuter des droits et des institutions comme on parachute des vivres ou des soldats.
Si on peut maintenant garantir la filiation entre parents et enfants, rien qu'à partir de la salive, l'expression "c'est son portrait tout craché" n'a jamais eu autant de sens !
Amitié ou amour, il ne faut pas s'entendre sur l'essentiel, soit qu'on craigne d'en venir aux mains, soit qu'on redoute de s'ennuyer.
Ca alors, dès qu'il se passe quelque chose de pas très ordinaire ou de profondément extraordinaire, on pense : "comme au cinéma".
Le mal du pays est avant tout un mal de soi et on se sent dépaysé justement à l'endroit où l'on ne se retrouve plus.
L'enfant ne fait pas grand cas en général de la tendresse de ses parents. C'est pour lui chose acquise. Il n'y pense même pas, il s'en lasse lorsqu'on le gâte.
Il y a deux choses auxquelles il faut s'habituer ou on trouvera la vie insupportable : les méfaits du temps et les injustices des hommes.
Si on veut savoir ce que je fais, on me rencontre, je suis là
La mort, ce serait le rêve si, de temps en temps, on pouvait ouvrir l'oeil.
C'est un supplice pour l'homme qu'on lui résiste. C'en est un bien plus grand pour la femme que de résister.
Lorsqu'on dit d'une personne qu'elle est estimable, on sous-entend qu'elle est méprisée de tous.
La guerre puise en elle-même sa propre énergie et sa propre justification. On se bat parce qu'on s'est battu.
Si l'amour n'était pas la plus noble des passions, on ne le donnerait pas pour excuse à toutes les autres.
Lorsque ni la discipline, ni la loi, ni l'esprit de parti ne font plus d'effet sur certaines gens, on doit penser à les dompter avec de petites faveurs.
Le théâtre est l'exercice d'un métier, inaccessible à l'esprit, dans lequel on ne peut rien comprendre que dans l'épisodique, le fragmentaire, le momentané, car la loi est "l'explicable" et "l'inconnaissable".
C'est en faisant semblant d'être écrivain qu'on le devient vraiment.
Les statistiques. Ca vous fait penser à des choses qu'on n'imaginerait jamais autrement.
On ne saurait mieux comparer l'absurdité des demi-mesures qu'à celles des mesures absolues.
Quand vous changerez 50 000 francs, on vous rendra 15 billets de 500 euros. Le bas de laine va se transformer en soquette... Plus besoin de matelas, un oreiller suffira. Plus d'argent dans des lessiveuses mais dans des vizirettes.
Si on savait ce que pensent et disent de nous nos meilleurs amis, nous serions horrifiés. Impression d'être trahis, dupés, rage sourde d'avoir trop livré de soi-même pour en arriver à ces misères.
Plus la difficulté est grande, plus l'on ressent de gloire en la surmontant.
Ce dont la jeunesse a besoin, c'est qu'on lui dise qu'il y a un bateau en construction dans sa propre cale sèche mentale, et que ce bateau est destiné à prendre la mer.
Quand on sait l'ignominie du poulet basquaise, on ne s'étonne plus de la virulence des exactions de l'ETA militaire.
Pourquoi se tuer au travail quand on peut mourir de plaisir ?
De la matière friable que peut-on retenir ? Rien, si ce n'est la beauté. Aussi doivent nous suffire les fleurs des cerisiers et les chrysanthèmes et la pleine lune.
La haine est certainement le plus durable des plaisirs : on se presse d'aimer, on se déteste à loisir.
Si on le brave, le destin abandonne la plus haute étoile.
Il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d'autrui ; mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c'est encore d'être heureux.
On blesse l'amour-propre, on ne le tue pas.
Tuer une oeuvre d'art est plus grave que de tuer des hommes. Des hommes, on en refait tant qu'on veut...
Quand on n'a plus de cheveux, on trouve les cheveux longs ridicules.
On répète les médisances, en citant leur auteur, pour s'en donner le plaisir sans danger.
On naît amant comme on naît musicien, peintre ou poète.
On n'aime jamais plus son pays que quand on s'en est éloigné et qu'on ne peut plus y revenir. C'est toujours l'éternel et irrésistible attrait du fruit défendu qu'il exerce sur nous.
La jeunesse s'instruit par intuition. Si l'on ne savait que ce qu'on apprend on ne saurait rien.
Toute libération trop facile est un leurre, parce qu'on recommence dès que l'échec précédent est oublié.
Il faut emprunter les idées du peuple si l'on veut le diriger.
Les femmes, me semble-t-il, aiment qu'on les capture dans un filet de phrases.
Quand on a aimé quelqu'un, ce n'est pas la durée de la liaison qui compte, c'est tout ce qu'on a ressenti ou fait, et qui ressort de là, intensifié.
Se sentir écrivain ne dispense pas d'écrire, cela s'éprouve, on ne peut pas se croire sur parole.
Vous êtes intelligents, la preuve vous êtes dans les affaires, nous on ne sait rien, la preuve on est dans la politique.
La petite chose niaise qu'est le symbole, qu'on nous cache avec tant de soin !
Lorsque les vents soufflants tiennent les flots, On ne peut les empêcher, toute la terre est A leur merci, toute la mer : ils abîment même les nuages du ciel Et remuent des feux rouges sous leurs coups sauvages.
Il arrive un moment où on a tout dit. Et puis j'ai 70 piges, j'ai bien le droit de me faire plaisir.
L'être humain qui crée sa solitude a besoin qu'on lui dise:Oui je t'aime malheureux.
On ne marche pas vers l'amour : on tombe la tête la première dedans.
Il faut vouloir quand on le peut, car ni la saison, ni le temps, n'attendent personne.
On écrit que l'amour se cultive mais on oublie de dire qu'il se nourrit...