La lune serait habitée, on n'oserait plus bronzer à poil sur les balcons.
Où l'on travaille beaucoup, là est l'abondance ; mais où l'on parle beaucoup, l'indigence se trouve souvent.
Elever son âme de temps en temps comme on fait des haltères, par récréation et par hygiène.
L'homme est une créature prédestinée à exister dans son époque, même si ce n'est pas là qu'on rigole le plus.
Si la raison gouvernait les hommes, si elle avait sur les chefs des nations l'empire qui lui est dû, on ne les verrait point se livrer inconsidérément aux fureurs de la guerre.
Le processus de maturation pour devenir écrivain s'apparente à celui d'une prostituée. On le fait d'abord par amour, puis pour quelques amis, et enfin uniquement pour l'argent.
Le plus souvent, on cherche son bonheur comme on cherche ses lunettes : quand on les a sur le nez.
On ne devient pas geisha pour s'épanouir ou se réaliser. Si on fait ce métier avant tout, c'est parce qu'on n'a pas le choix.
Quand on marche lentement, on marche plus longtemps et on va donc plus loin.
On ne peut être normal et vivant à la fois.
On dit que l'argent n'a pas d'odeur : le pétrole est là pour le démentir.
Le Noir a été un homme sans histoire parce qu'on l'a considéré comme dépourvu de culture digne d'intérêt.
Pessimisme, signe d'impuissance : on est pessimiste parce qu'on se sent incapable de dominer la vie.
Sait-on jamais qui, de celui qui part ou de celui qui reste, ira le plus loin ?
Peut-on se montrer sans être nu ?
L'expérience n'existe pas au cinéma. On est débutant à chaque fois.
Pas besoin d'être penseur, génie, ni grand pour dessiner ces chemins de lumière (...) Nous sommes tous des éclaireurs les uns pour les autres. Au fil d'une conversation, d'un geste ou d'un regard, ce que l'on voit briller, c'est la lumière que l'on a semée. Celle qui reste quand chacun a repris sa route.
Mourir, c'est facile, mais vivre on ne s'en sort pas.
On attache les hommes avec la parole, les boeufs avec de la corde.
La meilleure chose qu'on puisse faire pour améliorer le monde, c'est s'améliorer soi-même.
"France, mère des arts, des armes et des lois...", pourquoi veut-on toujours y brouiller les premiers avec les derniers?
Il existe toujours une «magie» en amour. Sans quoi on tombe dans la friction pure, avec ses deux aspects de jouissance à l'état brut et de location de services.
On voyagera tellement vite qu'il vaudra mieux rester chez soi.
Les conducteurs de taxi parfois se mettent en grève. Ce sont des moments difficiles où l'on n'en trouve pas. Comme d'habitude.
On ne recommence plus, mais se souvenir, c'est presque recommencer.
Il n'y a point au monde un si pénible métier que celui de se faire un grand nom : la vie s'achève que l'on a à peine ébauché son ouvrage.
On ne fait pas de nouvelles découvertes dans le coeur humain.
La douceur de la gloire est si grande, qu'à quelque chose qu'on l'attache, même à la mort, on l'aime.
Les choses dont on parle le plus souvent en plaisantant sont généralement celles qui ennuient, mais dont on ne veut pas avoir l'air ennuyé.
On peut choisir son régiment, mais partout il faut marcher au pas.
Lorsqu'on ne choisit pas, on ne peut aimer ni les choses ni les êtres. Au mieux peut-on les voir avec indifférence.
Une bataille est un drame en trois actes. On commence par s'ennuyer ferme, puis on est terrifié et pour finir on est mort.
Quand un peuple refuse un progrès facile à mettre en oeuvre, quand un véhicule poussé par dix hommes reste sur place, quand un enfant s'avachit devant la télévision pendant des heures, on découvre, médusé, l'effroyable emprise de l'immobile.
La vie mérite-t-elle tant de soins, vaut-elle tout le mal qu'on se donne pour la vivre ?
La mort se débite dans le monde à la machine. On fabrique des cadavres comme on fabrique des boulons.
Parfois je pense que tous les gens (même ceux qui collectionnent des papillons) ont envie de mourir et que si on nous apprenait à voler nous partirions illico vers n'importe quel autre pays.
On achète les bons chevaux à l'écurie.
L'une des leçons que l'on peut tirer du siècle dernier est que toutes les utopies finissent par établir leur propre goulag.
Parfois l'amour et le désir dorment ensemble. Et ces nuits-là on voit la lune et le soleil.
Quand on refuse de se mentir, on se condamne fatalement à la déception.
On est démocrate quand ça vous arrange... le reste du temps on est fasciste pour les autres et anarchiste pour soi.
Tout est raciste, c'est pas possible. On ne peut plus rien dire sans se faire insulter de raciste, j'en sais quelque chose. Il faut arrêter avec ça. Il faut arrêter.
Rappelle-toi des promesses qu'on s'était faîtes mais qu'on a foiré.
On se persuade mieux, pour l'ordinaire, par les raisons qu'on a soi-même trouvées, que par celles qui sont venues dans l'esprit des autres.
Les personnes qui ne connaissent pas encore ma grand-mère sont priées de se dépêcher. On ferme le cercueil à 14 heures.
On prend les boeufs par les cornes et les hommes par les paroles.
Quand on prend plaisir à entendre médire, on est du nombre des médisants.
On demande volontiers au polyglotte : "En quelle langue pensez-vous ?" Je lui pose plutôt cette question : "En quelle langue souffrez-vous ?" Celle-là, c'est la vraie, la maternelle.
Il nous est difficile de parler de bêtise, sachant bien qu'on est, ou deviendra, toujours l'imbécile de quelqu'un.
A-t-on le droit de se considérer comme l'auteur de pensées qu'on n'a pas souhaitées ?