On n'a tant d'indulgence que quand on n'a plus d'amour.
Quand on n'a plus à compter sur rien, il faut compter sur tout.
La femme ne voit jamais ce que l'on fait pour elle : elle ne voit que ce que l'on ne fait pas.
La mariage est comme le restaurant : à peine est-on servi qu'on regarde dans l'assiette du voisin.
On prend un croissant dans le sac. La pâte est tiède, presque molle. Cette petite gourmandise dans le froid, tout en marchant : c'est comme si le matin d'hiver se faisait croissant de l'intérieur, comme si l'on devenait soi-même four, maison, refuge.
On souffre davantage des déceptions que l'on inflige à ceux qu'on aime que de celles qu'on subit.
Les buveurs de bière solitaires sont redoutables : on ne sait jamais combien de chopes ils ont déjà ingurgitées.
On obtient le bonheur dans la mesure où on ne l'attend que de soi.
On gagne l'amour par la conscience d'abord, et par la force de l'amour après.
En général, il faut se redresser pour être grand : il n'y a qu'à rester comme on est pour être petit.
Quand on fait ce qu'on peut, on fait ce qu'on doit.
On a du mal à imaginer que ceux qui ne sont pas encore au monde ont une existence terrestre. Alors pourquoi ceux qui quittent la vie en auraient-ils une ?
On se donne des souvenirs quand on se quitte.
Nous savourons la moindre joie, ainsi qu'un dessert dont on est privé.
Un style mort, c'est un style qu'on définit seulement par ce qu'il n'est pas, un style qui n'est plus ressenti que négativement.
Pourquoi se mettre à écrire quand on sait son intérieur intraduisible.
On parle tant du langage, alors qu'il n'y a personne pour entendre.
Il n'y a qu'avec les gens avec qui nous créons la vie qu'on peut parler de la mort et anéantir les visions de destruction. Jusqu'à leurs souvenirs même.
Qu'est-ce que l'on est quand on ne peut plus être soi-même ?
Poser sa candidature à l'Académie Française. Il faut beaucoup de modestie pour solliciter un suffrage et beaucoup d'outrecuidance pour considérer qu'on le mérite. C'est trop ou trop peu.
La véritable prière n'est pas celle que l'on fait dans l'église, mais celle que l'on fait pour l'Église.
Tant qu'on n'aura pas trouvé de moyen de photographier la gloire, l'artiste ne sera pas content. Et il lui restera de se plaindre que ce n'est pas bien venu.
On ne mordra jamais assez dans son propre cerveau.
Les lois de l'humour sont très sévères : on ne peut pas se moquer des victimes, des noirs, des homos, des musulmans, des juifs, des handicapés... moi je dis : de qui se moque t-on ?
On juge souvent de la fin par le commencement.
On croit comprendre les règles quand on devient adulte, alors que tout ce que nous faisons est brimer notre imagination.
On éperonne toujours le cheval qui galope.
On ne pardonne pas à un homme les idées qu'il défend, à une idée les hommes qui la défendent.
Tout le monde est contre la guerre, mais les forts ont besoin d'elle pour prouver aux faibles qu'ils sont forts. Si bien qu'on ne s'en débarrassera jamais, parce qu'il y aura toujours des faibles.
On ne se suicide pas parce que la vie est absurde, ou parce qu'on est abandonné. Ces raisons-là viennent après.
On concède la liberté en gros pour la contraindre dans le détail.
W.C. : après avoir tiré la chasse, on perd sa place.
L'avenir nous appartient tant qu'on l'ignore.
Ce n'est pas en remettant au lendemain que l'on remplit sa grange.
Si le premier acte est vraiment bon, on ne le sait qu'à la fin de la pièce.
Ce n'est qu'en pardonnant qu'on ne se trompe pas.
Quand on a une voiture sale, c'est difficile de rentrer par ses propres moyens.
On comprend les gens qui nous ressemblent.
Les pauvres ont un penchant à donner à de plus pauvres qu'eux... Quand on vit au jour le jour, ce n'est pas changer son état que de se démunir... Donner quand on possède, voilà qui est difficile.
Si les singes avaient le talent des perroquets, on en ferait volontiers des ministres.
On meurt en détail.
Il n'y a pas de courage quand on veut quelque chose plus que tout.
Si l'on est convaincu par l'idée qu'il n'existe qu'une seule possibilité, les autres s'évanouissent.
Les mystères du christianisme forment un tout indivisible. Si l'on se plonge dans l'un, on est conduit à tous les autres. C'est ainsi que le chemin qui commence à Bethléem mène immanquablement au Golgotha, de la crèche à la croix.
Je n'ai pas un tempérament comique. Je veux dire que, naturellement, on m'imagine plus dans des personnages tragiques ou graves.
Ce n'est pas de la bigoterie qu'être certain d'avoir raison ; mais cela l'est d'être incapable d'imaginer que l'on puisse se tromper.
Chaque homme a des mots qu'on doit éviter de lui dire tout haut.
J'aime bien que l'on m'invente des mots d'esprit. Cela permet au mien de se reposer.
Il n'y a rien de plus sot qu'un journal, tout ce qu'on écrit de sincère est niais.
Que faire dans la confusion et l'inquiétude? C'est simple, dire ce qu'on croit.