Il n'y a au monde que deux classes d'hommes : ceux qui ont et ceux qui gagnent. Les premiers se couchent, les autres se remuent.
On ne doit pas plus exhiber sa culture que ses biceps. Il faut qu'elle saille sous la phrase comme les muscles sous le vêtement.
Pour le diplomate, le dernier mot de l'astuce est de dire la vérité quand on croit qu'il ne la dit pas, et de ne pas la dire quand on croit qu'il l'a dit.
Il semble qu'il y ait, dans toute destinée, comme un rythme régulateur des événements, et qu'à chaque période de violence et de tumulte succède inévitablement une période de détente et de stagnation.
Il n'y a qu'un précepte : s'aimer. Aimer les autres est un a posteriori.
Il n'y a pas de désir que la puissance de l'analyse ne parvienne à dissoudre.
Pour être ambitieux, il faut haïr ceux qui se mettent en travers de notre chemin.
Le paradis est plein d'imbéciles qui croient qu'il existe.
La mort nous trouvera bien partout où nous irons. La mort, c'est lorsqu'on la fuit qu'elle s'attache à nos pas ! Il est bien rare que ceux qui la désirent la voient venir.
L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre.
On ne définit pas le succès une fois pour toutes, dans l'abstrait. Il se mesure aux servitudes particulières surmontées.
La seule supériorité réelle de l'homme jaillit du sens de l'absurde qui le saisit quand il se réfléchit, quand il se demande ce qu'il est venu faire en ce monde.
Il faut courber le rameau quand il est jeune.
Mais où le théâtre prendrait-il son impulsion décisive sinon dans le royaume de la liberté ?
Il y a deux sortes d'écrivains comme il y a deux sortes de chasseurs, ceux qui vont acheter leur gibier chez le marchand de comestibles, et ceux qui le rapportent de la chasse.
Le réel, au fond, n'existe qu'en soi. Il est foisonnant mais il foisonne pour rien si vous n'allez pas vous frotter à lui de la manière la plus violente ou la plus amoureuse, ce qui revient au même.
L'écriture, c'est comme un iceberg, avec un dixième émergé. La partie émergée, c'est le premier roman. Ensuite, il y a le deuxième, le troisième... A chaque roman, on va plus profond.
Le nouvel Européen, surtout s'il habite en France, a d'abord besoin d'un bain de vérité.
Là où il y a du monde, les Parisiens viennent en foule. Ce qui fait le succès d'un endroit, c'est qu'il a du succès...
Il en est de la bohème comme il en est de l'alcool, comme il en est du tabac et des femmes ; il ne faut pas en pousser la pratique à l'excès.
Il est presque impossible de porter le flambeau de la vérité à travers une foule sans roussir la barbe de quelqu'un.
L'eau est un songe, et le ciel et tout ce qu'il contient matin et soir d'astres, de vents, d'oiseaux et de fumées est un leurre qui trompe sur la fuite du temps. Il y a des hommes de chez nous qui sautent par-dessus bord pour aller chercher une étoile dans l'eau.
Le Christianisme a été inventé car il est techniquement difficile de crucifier quelqu'un sur une étoile de David.
Il n'y a pas besoin d'enseignant pour ceux qui savent penser.
N'est-il pas clair que les tyrans, pour s'affermir, se sont efforcés d'habituer le peuple, non seulement à l'obéissance et à la servitude mais encore à leur dévotion ?
Il faut prendre la naissance de l'amour au sérieux pour n'avoir pas un jour à prendre son échec au tragique.
Au commencement il y avait le Verbe et à la fin le bla-bla-bla.
Il est des morts qu'il faut qu'on tue !
Il n'est pire servitude que l'espoir d'être heureux.
Il en est des défauts comme des phares des automobiles: seuls ceux des autres nous aveuglent.
Le mot "concret" a ceci de particulier que plus on l'évoque, plus il est "abstrait".
Je crois en définitive, que l'homme est un être si libre que l'on ne peut lui contester le droit d'être ce qu'il croit qu'il est.
Il n'y a rien comme la misère des autres pour nous sortir de la nôtre.
Il y a des bêtises qu'un homme d'esprit achèterait.
Il faut se garder de considérer un livre moins important que son auteur.
Nous sommes tous plus ou moins amochés, il faut apprendre à se panser soi-même.
Un homme c'est comme un meuble : il a un mode d'emploi, différent selon les modèles.
Il semble absurde au possible, je le reconnais, de supposer que la sélection naturelle ait pu former l'oeil avec toutes les inimitables dispositions qui permettent d'ajuster le foyer à diverses distances, d'admettre une quantité variable de lumière et de corriger les aberrations sphériques et chromatiques.
Il n'est point de cordeau pour amarrer le temps.
S'il peut être écrit ou pensé, il peut être filmé.
On soigne un corps qui abrite une âme. Quand celle-ci est torturée par des pensées, comment le corps peut-il être pansé ?
Une destinée ne vaut pas plus qu'une autre, mais tout homme doit respecter celle qu'il porte en lui.
Il est plus important de paraître bien que de se sentir bien.
Il y a toujours une bagarre à la clé quand on cause religion.
Jupiter nous a chargé de deux besaces : l'une, remplie de nos fautes, qu'il a placée sur le dos ; l'autre contenant celles d'autrui, qu'il a pendue devant.
Le repentir vient trop tard, quand il ne peut remédier au mal.
La concupiscence nous est devenue naturelle et a fait notre seconde nature. Ainsi il y a deux natures en nous : l'une bonne, l'autre mauvaise. Où est Dieu ? Où vous n'êtes pas.
Il y a plus d'honnêtes femmes qu'on le croit, mais pas tant qu'on le dit.
Il faut bien donner un nom à ce qui n'a pas de nom, à ce qui est impalpable... Tout compte fait, c'est là le métier des philosophes et de la philosophie.
En vérité, quel homme, à condition qu'il réfléchisse un peu, ne se dira pas, lorsqu'il approche d'une femme, qu'il met le doigt dans un engrenage de malheurs, ou tout au moins un engrenage de risques, et qu'il provoque le destin ?