La certitude de n'être pas seul qui console même dans un cimetière.
Mais que sert le mérite où manque la fortune ?
L'amour, il faudrait l'écrémer. Si vous voulez boire jusqu'au fond du vase, vous risquez de trouver du petit-lait aigre.
L'avantage d'être un causeur brillant ne vaut pas celui d'être replié sur soi-même.
Donner sans aimer est une offense.
Pour savoir où on en est avec quelqu'un, il suffit d'écouter de la musique ensemble. Le moindre désaccord nerveux vient faire taches dans les intervalles, mais si le son passe sans rencontrer personne, c'est le signe que tout va bien.
Sera heureux celui ou celle pour qui tout est très important et, en même temps, sans aucune importance.
Celle qu'on aime, on la voit s'avancer toute nue.
L'amour est la pièce du monde où les actes sont les plus courts et les entractes les plus longs ; de quoi voulez-vous remplir les intermèdes, si ce n'est par les talents ?
La grande faiblesse des régimes de liberté, c'est que chacun y est libre de clamer qu'on ne l'est pas.
Il est contre l'ordre naturel que le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné.
Sous l'Ancien Régime, le Roi chiait devant la Cour. Pourquoi cette cérémonie s'était-elle perdue ? Si le Président de la République chiait chaque soir en direct à la télévision, nul doute qu'on le respecterait un peu plus.
Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres.
On a les qualités qu'on veut avoir.
Le goût de la vie l'emporte sur celui du meurtre, de beaucoup.
L'inconvénient de vivre longtemps est que la dernière image de soi que le monde ait vue est celle d'un vieillard.
Il est loin le temps où les spermatozoïdes allaient tranquillement se mettre ovaire...
Une partouze, c'est l'amour avec un grand tas.
Pour se sauver il n'y a qu'un moyen : sacrifier sa réputation.
Mourir est passivité, mais se tuer est acte.
L'homme n'invente l'éternité de son existence que dans les sentiments qu'il partage.
Photographier, c'est choisir d'entre ces images la plus pure, celle vers laquelle vont toutes les autres et dont toutes reviennent ensuite.
Travaillez, prenez de la peine : c'est le fonds qui manque le moins.
À tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s'asseoir. La place demeure vide mais le couvert est mis.
On n'entre pas dans le Paradis demain, ni après-demain, ni dans dix ans, on y entre aujourd'hui, quand on est pauvre et crucifié.
La vertu de la science qui l'empêche de sombrer dans le délire, c'est que sans arrêt des données nouvelles arrivent et l'aménent à modifier ses visions et ses idées.
Si l'on est convaincu de l' urgence comme de l'évidence, de changer de voie, alors, et alors seulement, se dessinera une voie. Et une espérance. On ne peut rien faire sans espoir, en se cantonnant dans la mélancolie, le dépit ou la résignation.
À la fin de sa vie, on peut évaluer sa vie à partir de six critères : le physique, la famille, l'époque, les amitiés, l'amour, la profession.
Attendre des autres ce qu'ils ne peuvent pas vous donner revient à entrer dans une prison.
Un chauffeur de taxi extrêmement méfiant. Il demande à être payé comptant, c'est-à-dire chaque fois que le compteur tourne.
Une grève est un mouvement organisé par des salariés pour réclamer le paiement des jours où ils n'ont pas travaillé.
Tout bonheur est une innocence.
Un grand auteur est celui dont on entend et reconnaît la voix dès qu'on ouvre l'un de ses livres. Il a réussi à fondre la parole et l'écriture.
Le flux et le reflux me font "marée".
Tous les hommes ne sont pas capables de grandes choses, mais tous sont sensibles aux grandes choses.
Inventer en toute chose, c'est vouloir mourir à petit feu ; copier, c'est vivre.
Le mot, c'est le verbe, et le verbe, c'est Dieu.
La raison humaine est si peu capable de démontrer par elle-même l'immortalité de l'âme que la religion a été obligée de nous la révéler.
Il n'y a que deux sortes d'hommes : les uns justes, qui se croient pécheurs : les autres pécheurs, qui se croient justes.
L'inaction morne de certains hommes rebelles à tout effort ne diffère pas sensiblement du repos de la tombe. Ces morts vivants n'ont de la vie que l'apparence.
C'est un travers de notre démocratie de courir aveuglément aux réformes. On demande une réforme... et elle n'est pas plus tôt votée qu'on s'en détourne, qu'on court à une autre.
Ce n'est pas parce que les choses sont impossibles qu'il faut les accepter.
Un homme passe pour volontaire ; mais au fond, il n'a que l'habitude de vouloir. Le vouloir lui est le plus facile.
La société étant divisée par tranches, comme un bambou, la grande affaire d'un homme est de monter dans la classe supérieure à la sienne et tout l'effort de cette classe est de l'empêcher de monter.
On guérit comme on se console : on n'a pas dans le coeur de quoi toujours pleurer et toujours aimer.
Le temps est notre supplice. L'homme ne cherche qu'à y échapper, c'est-à-dire échapper au passé et à l'avenir en s'enfonçant dans le présent, ou se fabriquer un passé ou un avenir à sa guise.
La volupté excessive agrandit le coeur, le dévaste et l'oblige à la dureté.
La société a besoin de transgresseurs. Elle établit des lois pour qu'elles soient dépassées. Si tout un chacun respecte les règles en vigueur et se plie aux normes, c'est toute la société qui se retrouve "normale" et qui stagne.
Toutes les inventions jolies et charmantes pour ceux qui ont les moyens d'en jouir valent-elles, vraiment, la somme de misère et de souffrance que nos civilisations produisent ?
On parle souvent du Nouveau Testament sans dire qui a hérité de l'Ancien.