A trente ans, tout est joué : oeuvre, carrière, amour, destinée. Après, il suffit de suivre les rails - chemin de velours ou mauvaise glissade, peu importe - on "suit" sa pente. Entre vingt et trente ans, on la "fait".
Le théâtre n'est pas le lieu des apparences, il est le lieu des apparitions.
Evitez l'assassinat, il conduit au vol et ce dernier est presque toujours le chemin de la dissimulation.
On peut traire les poules. C'est possible. Mais auparavant, il faut chasser les poussins.
Comme de toute chose, il y a un secret du vin ; mais c'est un secret qu'il ne garde pas. On peut le lui faire dire : il suffit de l'aimer, de le boire, de le placer à l'intérieur de soi-même. Alors il parle. En toute confiance, il parle.
Pour la grande, l'immense majorité des créateurs, il y a une volonté évidente de se survivre, ou de faire survivre ce que l'on a devant soi.
Dès que l'amour est partagé, il devient chiant : aimer, c'est beau ; être aimé, c'est pénible.
Il y a des femmes qui passent leur vie à rembourrer le fossé où leur vertu comptait choir, et qui, furieuses de rester sur le bord à attendre qu'on les pousse, jettent des pierres aux femmes qui passent.
Il faut vivre pour écrire, et non pas écrire pour vivre.
Il est bien assez temps de penser à l'avenir quand il n'y a plus d'avenir.
On ne peut jamais raconter un bon dessin, encore moins quand il est drôle.
Ce ne sont pas les biens qui rendent l'homme riche, mais le bon usage qu'il en fait.
Amitié ou amour, il ne faut pas s'entendre sur l'essentiel, soit qu'on craigne d'en venir aux mains, soit qu'on redoute de s'ennuyer.
Comment se fait-il que depuis des années qu'on a les 35 heures, pas un seul pays au monde ne nous a imité ? Alors soit on est des génies, soit ce n'est pas sûr qu'on ait raison.
Quand la noix est bien mûre, il la faut cueillir.
Il est triste d'avoir faim et ennuyeux d'être rassasié.
Si nous perdons la liberté ici, il n'y a pas d'endroit où s'échapper. C'est le dernier combat sur terre.
Il faut avoir peur seulement de ces choses qui ont pouvoir de causer du mal à autrui ; des autres non, car elles ne sont pas redoutables.
La foi, c'est prier un doute pour qu'il protège des réalités.
Certains croient parfaitement connaître l'oiseau pour avoir vu l'oeuf d'où il est sorti.
Il me paraît plus aisé de se croire Dieu que de croire en Dieu.
La leçon la plus importante que l'homme puisse apprendre dans sa vie n'est pas que la douleur existe dans le monde, mais qu'il dépend de nous d'en tirer profit, qu'il nous est loisible de la transmuer en joie.
Dans toute magistrature, il faut compenser la grandeur de la puissance par la brièveté de sa durée.
Il y a des choses communes qu'il ne faut pas dédaigner : rien n'est aussi commun que le soleil, si ce n'est l'amour.
Partout où il y a de l'esclavage, il ne peut y avoir éducation.
Nous ne maîtrisons que ce que nous trouvons finalement ridicule, c'est seulement lorsque nous trouvons le monde et la vie qu'on y mène ridicules que nous avançons, il n'y a pas d'autre, pas de meilleure méthode.
Il n'y a pas d'oiseau qui chante toute une journée sans s'arrêter.
Tout individu ne développe-t-il pas son identité personnelle et la vision qu'il a de lui-même d'abord en fonction de la situation dans laquelle il vit, et ensuite seulement en fonction de la conscience historique de son entourage ?
Ménagères ! Ne faites plus blanchir votre linge : faites-le noircir ; il ne se salira plus !
Le passé n'est plus, il est irrévocable, et c'est assez que de penser au présent et à l'avenir.
De la parole à l'acte il y a un long chemin.
Notre culture deviendra comme au temps médiéval où il y avait vraiment une élite culturelle. Le reste du monde ne fera que regarder la télévision, qui sera leur seul cadre de référence.
C'est génial quand tu connais quelqu'un et qu'il arrive toujours à te surprendre.
Quand vous jouez un personnage cruel, cherchez les endroits où il est gentil. Lorsque vous jouez un personnage qui est malheureux, cherchez les endroits où il a un brin de joie.
Aujourd'hui, il vaut mieux présenter la météo à la télévision qu'être sociétaire de la Comédie-Française.
Nous avons tant de raisons secrètes d'être indulgents, qu'il faut être parfait ou bien méchant pour oser condamner.
Fais rire le public. Dissipe son ennui. Et s'il te méprise et t'oublie sitôt qu'il a passé la porte, ça ne fait rien. On oublie toujours ceux qui vous ont fait du bien.
Il y a beaucoup de mystère dans le choix de ce qui nous paraît digne d'être noté.
Le roman ce n'est jamais qu'une maquette d'après laquelle il nous est proposé d'imaginer la même chose grandeur nature.
Les hommes ne haïssent l'avare que parce qu'il n'y a rien à gagner avec lui.
Qu'il est difficile d'être courageux sans se faire méchant !
Si l'on est blessé par une flèche empoisonnée, l'important est d'abord de la retirer, ce n'est pas le moment de s'interroger d'où elle vient, qui l'a tirée, de quel poison s'agit-il.
Il y a loin de la coupe aux lèvres.
Il n'y a qu'une seule chose au monde qui puisse véritablement bien dormir - c'est un cadavre.
L'égoïste s'attendrit à l'aspect d'un naufrage en songeant qu'il aurait pu se trouver sur le navire.
Nous voulons tout ce que Dieu veut, mais nous ne savons pas que nous le voulons, nous ne nous connaissons pas, nous ne rentrons en nous que pour mourir, et c'est là qu'il nous attend.
Pour étudier l'ordre, il ne faut pas étudier le désordre.
Lire est une forme de paresse dans la mesure où on laisse le livre penser à la place du lecteur. Le lecteur lit et se figure qu'il pense ; de là ce plaisir qui flatte l'amour-propre d'une illusion délicate.
Si un écrivain ne se forçait pas, il n'écrirait que lorsqu'il est malheureux.
Il n'y a rien de meilleur que de ne se faire jamais trop comprendre.