J'aime mieux être de ces écrivains dont on se demande pourquoi ils ne sont pas de L'Académie, qu'un de ceux dont on se demande pourquoi ils en sont.
Les poètes tentent de greffer aux hommes d'autres yeux et de transformer ainsi le réel. Aussi sont-ils des éléments dangereux pour l'Etat, puisqu'ils veulent transformer. Or l'Etat et ses dévoués serviteurs n'aspirent, eux, qu'à durer.
N'est-ce donc rien qu' une existence imaginaire ? Et les personnages mythiques ne sont-ils donc pas capables d'agir sur les hommes ?
C'est assez facile de se perdre. Avoir des enfants est vraiment utile. Ils vous désabusent assez rapidement de la notion de votre grandeur.
Le problème est que tout le monde traite les adolescents comme s'ils étaient stupides.
- Vite ! Embrasse-moi. - Ils nous regardent encore. - Qui ne tente rien n'a rien.
Les hommes ne vivraient pas longtemps en société s'ils n'étaient les dupes les uns des autres.
On appelle danse l'ensemble des mouvements qu'exécutent l'un vis-à-vis de l'autre deux anthropophages de sexe différent pour exprimer qu'ils voudraient bien goûter l'un à l'autre.
Les vieillards sont dangereux : ils se moquent bien de ce qui peut arriver après eux.
Est-ce que vous voyez maintenant d'où viennent la haine et la peur des livres ? Ils montrent les pores sur le visage de la vie. Les gens installés dans leur tranquillité ne veulent que des faces de lune bien lisses, sans pores, sans poils, sans expression.
Adam et Eve étaient soviétiques : ils étaient nus, le fruit qu'ils mangeaient était défendu et, néanmoins, ils s'imaginaient être au Paradis.
Les sorciers, lorsqu'ils font de terrifiantes conneries, on accuse toujours l'apprenti.
Les grands poètes sont obscurs pour deux raisons opposées : tantôt parce qu'ils parlent de choses trop grandes pour que n'importe qui les comprenne, tantôt parce qu'ils parlent de choses trop petites pour que n'importe qui les voie.
Lorsque les livres sont prêtés, ils sont si vexés qu'ils ne reviennent jamais chez vous.
J'admire ceux qui accueillent tous les événements avec calme, mais je les plains de ce qu'ils sont privés de tant de moments exaltants.
Bénis soient ceux qui s'attendent toujours au pire, car ils seront exaucés !
C'est drôle, les familles. Elles se veulent éternelles, et dans un sens elles le sont : on n'y change plus jamais de la vue qu'on y a des enfants, même quand ils grandissent.
La meilleure preuve que les célibataires connaissent beaucoup mieux les enfants (et les femmes) que les pères de famille, c'est qu'ils ne se marient pas.
Ce que c'est vraiment et ce que j'ai maintenant vécu, c'est que les gens qui sont extrêmement fiers de ce qu'ils font - pas de leur personne - que leur éthique de travail est aussi élevée que nulle part ailleurs. [...] ► Lire la suite
Les gens ont peur de changer; qu'ils perdent quelque chose. Ils ne comprennent pas qu'ils gagnent aussi quelque chose.
Les héros doivent mourir jeunes, les grandes passions aussi, sinon le temps les corrompt, comme il corrompt tout ce qu'il touche. Paradoxalement, c'est par la mort qu'ils atteignent l'immortalité.
Les hommes sont ainsi qu'ils aiment mieux être dupes qu'humiliés.
Si un couple marié mettait un centime dans un pot chaque fois qu'ils faisaient l'amour la première année, et puis retiraient un centime pour chaque fois après ça, ils ne parviendraient jamais à épuiser tous les centimes amassés.
Cela ne vaut pas la peine d'essayer de faire plaisir aux gens en se taisant ou en racontant ce qu'ils veulent entendre.
Est-il possible que deux êtres soient faits l'un pour l'autre, qu'ils s'aiment profondément, et que toujours la vie les sépare ?
Les Français sont si fiers de leurs vins qu'ils ont donné à certaines de leurs villes le nom d'un grand cru.
Même chez les jaloux, l'instinct de conservation est tel qu'il leur fait préférer, en fin de compte, l'image de la réalité qu'on leur présente à celle qu'ils devinent et redoutent de voir confirmer.
Les changements servent-ils à quelque chose ? A rien, si ce n'est à conserver l'immuable.
Les hommes sont libres dans la mesure où ils forgent eux-mêmes leurs propres opinions.
Mais aujourd'hui encore je pardonne difficilement, aux intellectuels surtout, la complaisance, sinon la complicité devant l'erreur. Ils ont le droit de se tromper, pas de tromper les autres, même par prudence ou tactique, par solidarité ou par discipline. Par discipline ! Un intellectuel discipliné est-il un intellectuel ?
Réfléchis, réfléchis juste deux minutes ! Qu'est ce que tu ferais toi d'une petite île malade ?! Ils nous ont mis en quarantaine, il y'a aucune contamination ! C'est juste des humains tuant des humains !
Les égoïstes ne savent pas converser ; ils ne parlent qu'à eux-mêmes.
Les hommes se marient parce qu'ils sont fatigués. Les femmes parce qu'elles sont curieuses. Les uns et les autres sont déçus.
Combien de coeurs ont eu mal simplement parce qu'ils ne surent pas se rassasier de ce qui en aurait fait déborder d'autres.
Nos amis sont si exigeants pour nous qu'ils ont peine à se contenter de notre bonheur.
Notre société produit des schizos comme du shampoing Dop ou des autos Renault, à la seule différence qu'ils ne sont pas vendables.
Tous les gens qui s'inquiètent pour les autres ne devraient pas. Ils feraient mieux de s'inquiéter pour eux-mêmes.
Les acteurs n'ont qu'un défaut : ils considèrent la réalité comme une fiction et inversement.
Allah fait ce qu'il veut ; il n'est pas obligé d'accéder à toutes les prières des pauvres humains. Les mânes font ce qu'ils veulent ; ils ne sont pas obligés d'accéder à toutes les chiaderies des prieurs.
Dieu que les Français aiment donc les règlements ! Ils en mettent partout, même là où ils n'ont rien à faire : dans la littérature.
Les prêtres sont comme les politiciens : ils continuent à traiter les fidèles comme des enfants ou comme des irresponsables.
Qu'ils sont beaux les mots auréolés par le souvenir de leur long usage.
Les gens renaissent de leurs cendres parce qu'à un moment donné, ils sont investis d'une croyance en la possibilité de triompher de chances apparemment impossibles.
Que d'hommes se croient vertueux parce qu'ils sont austères, et raisonnables, parce qu'ils sont ennuyeux.
Ceux qui semblent légiférer selon la justice ne s'en tiennent pas eux-mêmes aux lois qu'ils établissent et décrètent.
Les mots sont pareils aux feuilles : quand ils abondent, l'esprit a peu de fruits à cueillir à la ronde.
Souris-tu ? Le bonheur me vient illuminer.Hais-tu ? Vers l'ennemi je pointe mon épée.Des pleurs te viennent-ils ? Mon âme est endeuillée,Et dans mon coeur s'agite un démon révolté.
Tant que les mots restent en toi, ils sont à toi, sitôt prononcés, ils sont à tout le monde.
Laissez-leur prendre un pied chez vous, Ils en auront bientôt pris quatre.
Défiez-vous des gens qui disent qu'il faut renouveler la langue ; c'est qu'ils cherchent à produire avec des mots, des effets qu'ils ne savent pas produire avec des idées.