Un écrivain n'a pas plus de légitimité que quiconque à analyser à chaud les drames qui laissent la société sidérée. Il peut en revanche s'intéresser au sens des mots qui prétendent dire les événements.
La culture anglaise a toujours laissé la place belle aux provocateurs, jusqu'à les folkloriser pour mieux les contrôler.
Nietzsche avait bien perçu comment la civilisation allait aboutir au dernier homme, une créature apathique sans passion.
Je crois que les gens devraient rester ensemble toute leur vie, comme les pigeons. Ou les catholiques.
Les asperges ressemblent aux épigrammes en ce sens que c'est la pointe qui en fait le mérite.
Il faut tenir à une résolution parce qu'elle est bonne, et non parce qu'on l'a prise.
L'hésitation est le propre de l'intelligence.
Les tyrans s'éteindront comme des météores.
Plus on est avide, plus il est indispensable de reculer coûte que coûte les bornes du merveilleux.
L'homme dissipe son angoisse en inventant ou en adaptant des malheurs imaginaires.
Presque tous nous fauchons en herbe les biens qui nous auraient été de riches moissons.
Ceux qui parlent sont payés de l'applaudissement qu'on donne à ce qu'ils disent ; et ceux qui écoutent, du profit qu'ils en reçoivent.
Ils sont si rares les beaux silences, n'est-il pas vrai ?
La vieillesse, c'est quand on commence à se dire : "Jamais je ne me suis senti aussi jeune".
Rien ne concourt davantage à la paix de l'âme que de n'avoir point d'opinion.
Tout ce que réalise l'homme tourne autour d'un seul axe : l'homme lui-même.
Plus le corps est faible, plus la pensée agit fortement.
L'indifférence donne un faux air de supériorité.
On a beau être sage, l'estomac sait voiler les yeux.
Le journaliste : un type qui travaille plus dur qu'aucun autre fainéant dans ce monde.
Journal : institution incapable de faire une différence entre un accident de bicyclette et l'effondrement de la civilisation.
Quand je suis dans l'eau, j'ai des idées. Quand j'en suis sorti, je sèche.
Un Picasso étudie un objet comme un chirurgien dissèque un cadavre.
Celui qui ne meurt pas une fois par jour ignore la vie.
Une loi timide est ordinairement une mauvaise loi.
Le plaisir, c'est encore la seule chose qui oblige les hommes à un peu de précision.
Nous naissons dans l'esclavage. Et de là, si nous avons suffisamment la grâce, si nous sommes assez fous ou assez courageux, nous nous libérons.
Avec cette façon universelle de se farder, toutes les femmes qui ne sont pas trop laides se ressemblent, en fin de compte.
La vraie séduction de l'acteur, c'est faire admettre au public qu'il est vraiment le personnage.
La politique, fille de la diplomatie et de l'escroquerie courtoise.
On ne découvre jamais mieux son caractère qu'en parlant de celui d'autrui.
Les plaisirs pris sans modération abrègent plus les jours des hommes que les remèdes ne peuvent les prolonger.
Nous ne nous sommes jamais cherchés - comment donc se pourrait-il que nous nous découvrions un jour?
Si vous voulez faire enrager votre femme, évitez de la contredire.
Les curés sont consolés de ne pas s'être mariés quand ils entendent les femmes se confesser.
S'il y a encore des vierges c'est uniquement parce qu'il faut bien, pour une femme, débuter par là.
La mort, c'est la fin d'un monologue.
Le style doit être la pensée comme les barreaux au montant d'une échelle.
Presque tous les morts sont bons.
Politiciens, demandez conseil aux gastro-entérologues : que peut-on encore faire avaler aux citoyens ?
La plupart des gens sont troublés par les passages des Ecritures qu'ils ne comprennent pas. Pour ma part, je remarque que les passages qui me perturbent toujours sont ceux que je comprends.
Ce sont les oiseaux les plus mal bigarrés qui chantent le plus mal.
Les pensées métamorphosent le cerveau lui-même.
L'usage est de louer les saints morts et de persécuter les vivants.
Pour un acteur, la caméra est l'oeil du public.
Le propre des questions insolubles est d'être usées par la parole.
Le monde meurt un peu à chaque fois qu'un écrivain disparaît.
Sommes-nous donc si seuls, et même lorsque nous sommes aimés, que la moindre des complicités galantes nous éclaire et nous comble ?
Et croyez-vous, parce que nous sommes partis, que nous sommes certains d'arriver ?
Quand on donne le Goncourt à un écrivain, est-ce qu'il est obligé de le lire ?