Créer ce que jamais nous ne verrons, c'est cela la poésie.
Il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d'autrui ; mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c'est encore d'être heureux.
Que ce soit la révolution ou la paëlla, rien de ce qui est espagnol n'est simple.
Nous passons notre temps à envier des gens que nous ne voudrions pas être.
Quand on n'a plus de cheveux, on trouve les cheveux longs ridicules.
Une vache, c'est rien qu'un tas d'ennuis dans un sac de cuir.
Nous nous sommes souvent demandé pour quelle raison nous nous battions, mais jamais, ou pas assez souvent, ou pas assez longtemps, pourquoi nous faisons la guerre.
Il n'est pire misère, parce qu'on veut faire le bonheur d'un peuple, que de croire en lui.
La logique mène quelque part. Rigoureuse, elle a conduit assez souvent la politique à améliorer le sort des hommes en les faisant mourir.
La mort, ce serait le rêve si, de temps en temps, on pouvait ouvrir l'oeil.
Faites de moi tout ce qu'il vous plaira, pourvu que je m'instruise.
L'art de plaire consiste simplement en deux choses : ne point parler de soi aux autres et leur parler toujours d'eux-mêmes.
L'histoire n'est pas faite de victoires ou de défaites momentanées, mais bien des grands mouvements qui entraînent des peuples entiers vers la gloire ou la destruction.
La perversité commence là où s'achève le plaisir.
On a mécontenté tout le monde ? Il y a des chances pour que l'on ait dit la vérité.
On s'habitue à tout, même à ce que l'on n'acceptera jamais.
Défier le but fixé n'est-ce pas la raison de vivre ?
Certains êtres sont comme des sables mouvants ; n'entrez pas dans leur intimité de peur d'être engloutis.
Sur la route des hypothèses on ne doute jamais de rien.
La vie, dans la plupart des cas, n'est jamais qu'une quête de chèques et une conquête de l'échec.
Apprendre la musique en lisant des ouvrages s'y rapportant est comme faire l'amour par courrier.
C'est bien connu, les bourgeois ont toujours eu la conscience étroite. Ils s'accommodent de la morale individuelle conventionnelle pour mieux refuser la morale sociale et politique.
Nous ne savons pas ressusciter les corps, mais nous commençons à savoir ressusciter les rêves.
La nature peint avec l'élan de sa force même, tandis que le peintre marie son imagination aux hésitations de sa main et de son esprit.
Si tous les ménages qui sont malheureux avaient une clochette au cou on ne s'entendrait pas parler.
La vie n'aime pas que l'on désespère d'elle.
Tout le monde ment, mais personne ne dit : "je mens" ; tout le monde se réclame de la vérité, alors que dire "je mens" est la seule chose vraie que l'on puisse dire.
L'orgueil que nous inspirent les enfants ne vient jamais du coeur, et se paie souvent cher.
L'amour doit sûrement exister puisqu'il parvient à nous faire si mal.
Il n'est pas utile de voyager beaucoup pour trouver l'exil.
Quand on est connu, aujourd'hui, le simple fait de se promener en public sans lunettes noires constitue presque un attentat à la pudeur.
On est toujours maladroit quand on a pitié des autres.
Toute libération trop facile est un leurre, parce qu'on recommence dès que l'échec précédent est oublié.
La liberté n'est qu'un mauvais moment à passer.
Il faudrait écrire sans jamais penser qu'on sera lue ou alors par des êtres dotés d'une immense compassion et qui vous pardonneront d'user votre vie à restituer l'impalpable traversée des heures, des minutes, des secondes. Autant dire rien.
Aller vers la solitude des grandes villes, c'est aussi aller vers la mort.
La tentation est un mal que la présence du péché ne peut guérir.
L'histoire n'a pas la forme d'un convoi dont les wagons en mouvement éloigneraient toujours davantage la gare, mais celle d'un conte de bonne femme où l'on pourrait, sans avoir même à traverser des forêts épaisses, retrouver endormi l'homme aimé.
Le public qui aime les livres est restreint, mais ferme dans ses choix, et courageux dans ses curiosités.
Il n'y a que les mauvais coeurs qui médisent à table, car rien ne rend plus indulgent que la bonne chère.
La rigueur, c'est l'austérité plus l'espoir.
Une pièce n'est jamais faite, et quand elle ne se défait pas toute le soir de la première, c'est déjà bien gentil de sa part.
On a toujours l'art de mentir quand on parle à des gendarmes.
On peut ne pas aimer les carottes, les salsifis, la peau du lait cuit. Mais le vin ! Autant voudrait-on détester l'air qu'on respire, puisque l'un et l'autre sont également indispensables.
L'homme révolté ne veut pas nécessairement le mal de l'autre. Son désir de vengeance peut être une protestation contre un désordre, une excitation pour le maintien de la justice du bien.
En matière sentimentale, il ne faut jamais offrir ni conseils ni solutions... Seulement un mouchoir propre au moment opportun.
Citer peu et fondre toujours la citation dans le discours, de peur d'en couper le fil et de le refroidir.
Les grands artistes et les grands écrivains d'autrefois (d'hier encore) ont toujours pris leur point d'appui, leur modèle, leur référence, dans le passé. Ce sont les ignorants et les primaires qui ont fait courir le bruit que le passé était l'ennemi de la
Léger, l'enfant se plaît dans la mobilité ; Le vieillard, dans la gravité.
On ne peut pas parachuter des droits et des institutions comme on parachute des vivres ou des soldats.