Agir, c'est une création continue.
L'historien et le romancier font entre eux un échange de vérités, de fictions et de couleurs, l'un pour vivifier ce qui n'est plus, l'autre pour faire croire ce qui n'est pas.
Les maximes, bien entendu celles des autres, me font souvent l'effet des noisettes. Du dehors, toutes se ressemblent et, au-dedans, les trois quart sont creuses.
Les hommes n'ont pas toujours besoin de raisonner leur conduite pour la conformer à leurs intérêts.
La haine n'est pas moins volage que l'amitié.
La mort, c'est ce qui permet à un homme de se retirer subitement du monde pour aller définitivement se mettre aux vers.
Le jeune oiseau se laisse tirer deux ou trois fois, mais c'est en vain qu'on tend un filet ou qu'on tire l'arc devant ceux qui ont déjà des plumes.
Le discours politique vole bas, mais il n'atterrit jamais.
Nous avons vu l'âge de fer, l'âge de plomb... Nous voici arrivés à l'âge du caoutchouc, celui où les consciences sont élastiques.
On ne doit jamais avoir honte de ses lettres d'amour, mais parfois de l'adresse.
C'est encore un peu mentir que de dire même des choses vraies quand on ne les pense pas.
On n'a vraiment pas besoin de savoir pour aimer, et le temps que l'on dépense à tenter de connaître l'être qu'on aime, c'est tout le temps qu'il lui faut pour mourir.
Toutes les fresques paraissent bonnes quand elles commencent à peler et à s'écailler.
Rien n'est plus dangereux que ces consciences endormies, satisfaites ! Ces consciences raisonnables dont la vie se retire peu à peu.
Aucune garniture n'est aussi fascinante que les livres, même si vous ne les ouvrez jamais, même si vous n'en lisez jamais un simple mot.
Un Dieu existant - disait mon maître - serait quelque chose de terrible. Que Dieu nous en préserve !
Dieu ne s'offre que dans l'anéantissement de l'esprit. La nuit intérieure est préalable à toute contemplation de Dieu.
C'est le chant des galets qui enseigne la manière de bâtir un mur... Et quand un galet ne se trouve pas bien dans un mur, le mur ne se trouve pas bien debout.
Notre crainte des autres vient de ce qu'ils cherchent à nous transformer en objets pour assurer leur propre liberté.
Utilisez vos erreurs comme autant de pas vers une meilleure compréhension et de plus grands accomplissements.
Que peut-il nous arriver de pire que d'être ce que nous sommes.
Le remords est un sentiment de pauvre.
Le monde est notre cahier d'écolier, sur ses pages nous faisons nos exercices.
C'est là une des contradictions de la littérature, qu'il y a un temps pour vivre, et un temps pour écrire, et que, dans le temps où l'on écrit, on n'a guère celui de vivre.
Nos amis sont si exigeants pour nous qu'ils ont peine à se contenter de notre bonheur.
L'ennui qu'inspire un sot ne le quitte jamais.
En amour, c'est toujours le passé qui donne des ordres...
Un écrivain, c'est un inventeur. Il doit être capable de recréer totalement un univers à lui.
Que valent le silence, la contemplation ? Est-ce que ces valeurs peuvent encore être perçues ? Ou le silence et la contemplation sont-ils le fait de ceux qui se murent hors des souffrances d'autrui, de l'évolution du monde et de ses problèmes ?
L'Evangile parle à chacun de nous sa langue.
Manger est bon. Avoir mangé est meilleur.
Comme celui qui lance des flèches et des dards pour tuer un autre est coupable de sa mort, ainsi l'est celui qui use d'artifices pour nuire à son ami, et qui dit lorsqu'il est surpris : je ne l'ai fait qu'en jouant.
Les meilleures méthodes pour rendre compte restent à inventer.
Lorsqu'on veut empêcher les horreurs d'une révolution, il faut la vouloir et la faire soi-même.
Un mauvais style, c'est une pensée imparfaite.
Littérature : occupation des oisifs.
Les femmes ne font que des bêtises quand elles réfléchissent !
A la mi-temps des rencontres sportives, devant les pissotières, il y a beaucoup de cons, mais c'est tout de même devant les toilettes des dames qu'il y a le plus de queues.
Après tout, espérer n'a jamais été un crime.
Le journal télévisé n'est plus qu'un film du monde en accéléré.
C'est des malentendus que naissent nos disputes.
Les conversations ressemblent aux voyages qu'on fait sur l'eau : on s'écarte de la terre sans presque le sentir, et l'on s'aperçoit qu'on a quitté le bord et que quand on est déjà bien loin.
A égalité d'esprit et de lumière, l'homme né riche ne doit jamais connaître, aussi bien que le pauvre, la nature, le coeur humain et la société. C'est que dans le moment où l'autre plaçait une jouissance, l'autre se consolait par une réflexion.
Il faut regarder la vérité en poète.
Il ne faut pas sournoisement respecter les morts. Il faut traiter leurs images en amies et aimer tous les souvenirs qui nous viennent d'eux. Il faut les aimer pour eux-mêmes et pour nous, dût-on déplaire aux autres.
L'amour est aussi imprécis que Windows : dans les deux cas, on ne sait pas où on va.
Tous les jours, je consulte la liste des Américains les plus riches. Si je n'y suis pas, je vais travailler.
Il est très rare que les gens qui font tant d'affaires aient de l'argent. S'ils en avaient, ils seraient plus méfiants.
L'accouplement passe pour être un comportement universel : il n'est qu'une occupation partagée par une majorité.
Le monde, tel que nous le connaissons, est ce lieu où les grands affrontent les petits, sans que les uns ou les autres soient jamais sûrs de leurs tailles respectives, et d'ailleurs tous se trompent.