La seule signature au bas de la vie blanche, c'est la poésie qui la dessine.
Que fait-on dans la rue, le plus souvent ? On rêve. C'est un des lieux les plus méditatifs de notre époque, c'est notre sanctuaire moderne, la Rue.
On ne tombe jamais que du côté où l'on penche.
Le souvenir des peines passées est agréable.
On n'est jamais aussi vainqueur ni aussi vaincu qu'on se l'imagine.
On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu'on n'oserait confier à personne.
Lorsque la volonté se tait, l'instinct parle ; en l'absence de l'âme, le corps va son chemin.
L'homme n'a pas pour but le plaisir, mais la connaissance.
Certains esprits sont des trains qui vont si vite qu'on n'a pas le temps de s'apercevoir qu'ils sont vides.
Autrefois, quand elle était gênée, une jeune fille rougissait. Aujourd'hui quand une jeune fille rougit, elle est gênée.
Le défaut fondamental des pères est de vouloir que leurs rejetons leur fassent honneur.
L'égoïsme, ce gros ventru, cette citrouille qui prend toute la plate-bande.
Ne dis pas que tu veux donner : donne. Jamais tu ne satisferas une attente.
La société étant divisée par tranches, comme un bambou, la grande affaire d'un homme est de monter dans la classe supérieure à la sienne et tout l'effort de cette classe est de l'empêcher de monter.
Oui et non sont bien courts à dire : mais avant de les dire, il faut penser longtemps.
Les traducteurs sont comme les peintres de portraits ; ils peuvent embellir la copie, mais elle doit toujours ressembler à l'original.
Les hommes qui passent pour être durs sont de fait beaucoup plus sensibles que ceux dont on vante la sensibilité expansive. Ils se font durs parce que leur sensibilité, étant vraie, les fait souffrir.
Portez votre culture, comme votre montre, avec discrétion, et gardez-vous de la tirez de votre gousset et de la faire tinter pour le seul plaisir de montrer que vous n'en êtes pas dépourvu.
Rien n'est plus durable qu'un programme gouvernementale temporaire.
Le meilleur ciment d'un peuple est la bêtise de ceux qui en font partie.
Ce n'est pas parce que je rêve de Dieu qu'il est, c'est parce qu'il est que je rêve de lui.
Le mâle humain croyant à tort n'avoir point reçu la beauté en partage, s'est fait la conviction naïve que c'était l'intelligence qui lui avait été dévolue... en exclusivité !
La politique abaisse tout ce qu'elle touche, l'Eglise comme le reste.
La paresse est nécessaire. Il faut la mêler à sa vie pour prendre conscience de la vie.
Les sentiments que nous feignons, nous finissons par les éprouver.
Pour la plupart des gens, aimer est un détail de l'existence, au même titre que le sport, les vacances, les spectacles. L'amour a intérêt à être pratique, à cadrer avec la vie que l'on s'est choisie.
C'est un grave défaut d'être équitable quand votre tempérament vous oblige à travailler dans la satire.
La beauté gît dans tout ce qui est l'indéfini et l'indéfinition ; voilà pourquoi les enfants, qui sont toujours imprécis, toujours sont si beaux. La beauté est dans tout inachevé.
Le couple, c'est autrui à bout portant. Choisir c'est se livrer.
Solitude et écriture sont du même sang. On ne nous aime que quand on n'en a plus besoin...
Comme je ne suis pas payé en fonction de ce que je fais, je fais en fonction de ce que je suis payé.
Celui qui promène son chien est au bout de la laisse.
Les malheurs humains ont des teintes multiples : jamais ne se retrouve même nuance de douleurs.
Il n'y a que ceux qui rêvent qui peuvent espérer se réveiller.
Les plus intenses moments de l'amour sont ceux qu'on passe avec quelqu'un qu'on ne revoit jamais.
Ce n'est pas un pêché que d'être heureux.
Lorsque vous êtes éveillé Les choses auxquelles vous songez Viennent de celles que vous avez rêvées.
Les préjugés sont comme un cheveu sur la joue. Vous ne pouvez le voir, vous ne pouvez le toucher, mais vous essayez toujours de l'enlever car c'est une sensation irritante.
C'est très mystérieux, la mort. On la porte en soi, on se l'imagine, on la caresse, puis subitement, quand elle est là, on ne la reconnaît plus.
Si l'on savait ce que rapporte la maternité, on hésiterait davantage à mettre des enfants au monde !
Pourquoi faut-il que la seule chose qui soit de meilleur en nous s'effrite avec le temps ?
Quand je réveille mon chat, il a l'air reconnaissant de celui à qui l'on donne l'occasion de se rendormir.
La plupart des biscuits aux pépites de chocolat ne renferment pas assez de pépites de chocolat.
Le monde ne se révèle plus au zappeur qu'en pointillés. Il fabrique chaque soir des puzzles dont il ne pourra jamais ordonner les pièces.
C'est le malheureux avantage de ceux qui n'ont rien à perdre de pouvoir beaucoup hasarder.
A quand le slogan : Il est interdit de ne pas interdire ?
Les Anglais n'ont qu'une idée : paraître. Ils blanchissent les marches de leur perron, badigeonnent la façade de leur cottage, lavent leurs vitres, mettent des rideaux brodés à leurs fenêtres et ont des draps sales.
Ce qui compte, c'est d'être ému comme les personnages ; ne pas être ému par les personnages. La sentimentalité est à rayer du vocabulaire de l'acteur.
Lire une pièce, c'est la mettre en scène dans sa tête.
Quel beau rêve dans l'époque, et au théâtre : n'être comme rien sauf soi.