Dans ce pays-ci il est bon de tuer de temps en temps un amiral pour encourager les autres.
Quelques générations encore, et le rire, réservé aux initiés, sera aussi impraticable que l'extase.
Dieu ne saurait être déifié sans ridicule. Il aime être vécu.
Les mathématiciens sont comme les français : quoique vous leur dites ils le traduisent dans leur propre langue et le transforme en quelque chose de totalement différent.
On aura bien assez de temps dans la tombe pour dormir.
L'expérience de chacun est le trésor de tous.
Sans l'âme, le corps n'aurait pas de sentiment ; et sans le corps, l'âme n'aurait pas de sensations.
Le mariage est une pièce à deux personnages dont chacun n'étudie qu'un rôle : celui de l'autre.
Les riches sans sagesse sont-ils autre chose que porcs engraissés par le son ? Les pauvres qui ne comprennent rien, que sont-ils, sinon des ânes malheureux condamnés à porter la charge ?
Je déteste les discussions, elles vous font parfois changer d'avis.
Je n'écris pas des romans pour les vendre, mais pour obtenir une unité dans ma vie ; l'écriture est pour moi une colonne vertébrale.
On n'écrit pas un roman d'amour pendant qu'on fait l'amour.
Le bien perdu rend l'homme avare.
Le monde est un chaos, et son désordre excède tout ce qu'on y voudrait apporter de remède.
Il y a deux façons de ne pas aimer l'art. L'une est de ne pas l'aimer. L'autre est de l'aimer de façon rationnelle.
C'est bien plus souvent dans les petites choses que dans les grandes que l'on connaît les gens courageux.
L'espoir est un cochon qui mange le pain de l'âme.
Quand il nous faut changer d'opinion au sujet de quelqu'un, nous lui comptons cher l'embarras qu'il nous cause.
La noblesse est une propriété mystique de la liqueur séminale.
La religion est une fatigante solution de paresse.
Une injustice dont nous profitons s'appelle la chance ; une injustice dont un autre profite s'appelle un scandale.
Le secret de tout art d'exprimer consiste à dire la même chose trois fois : on dit qu'on va le dire, on la dit, on dit qu'on la dite.
La liberté, c'est l'homme. Même pour se soumettre, il faut être libre ; pour se donner, il faut être à soi.
L'Ancien Testament vous promet la prospérité et le Nouveau l'adversité.
Une femme peut aisément se déguiser en monstre lorsque la passion l'aveugle.
Les plus grandes faveurs d'une femme ne peuvent pas payer le plus petit abaissement d'un homme.
Si l'intelligence ne suffit point à l'action, il va de soi qu'elle y prend part.
Les lois rencontrent toujours les passions et les préjugés du législateur. Quelquefois elles passent au travers, et s'y teignent ; quelquefois elles y restent, et s'y incorporent.
Le plus grand service qu'on puisse rendre à un être : lui apprendre de très bonne heure à savoir user de la vie.
La pitié, plus que toute autre sentiment, est une émotion cultivée ; c'est un enfant qui en aura le moins.
Le but est toujours marqué quand vous allez chercher à boire.
L'homme vulgaire aime ceux qui lui paraissent bons ; le sage étend sa plus grande sympathie à ceux qu'il voit être méchants parce qu'il a sondé leur misère.
Rien en France n'est plus fort qu'un principe. A condition, bien entendu, d'en user avec modération.
La guerre des autres est une bonne excuse pour fermer les yeux sur ce qui va mal dans sa propre maison.
Si les bonnes choses devaient durer longtemps, elles seraient moins bonnes...
Ce ne sont pas toujours ceux qui parlent le mieux qui ont le plus souvent raison ; rien ne ressemble plus à un honnête homme qu'un fripon éloquent.
La femme tout entière est modelée et préparée de loin pour cet auguste office de la maternité, qui est le but suprême de sa vie terrestre.
Le philosophe n'obéit ni ne commande. Il cherche à sympathiser.
Ce qui distingue l'homme de la bête, c'est que la bête n'est pas toujours obligée de lutter pour ne pas se comporter comme un homme.
C'est comme un animal, l'âge. C'est un animal qui grandit, qui grandit, qui grandit encore et qui finit par vous dévorer tout vivant.
Pourquoi les architectes ne songent-ils pas, pour diminuer la fatigue, à limiter la hauteur des marches au fur et à mesure qu'on monte un escalier ?
Nul ne veut le bien public que quand il s'accorde avec le sien.
La conscience, c'est la vie. L'inconscience, c'est la mort. Entre les deux, c'est la souffrance.
On est puceau de l'horreur comme on l'est de la volupté.
Une forme inférieure du respect, la peur. C'est tout le respect qu'on peut inspirer à la bête.
Il n'est pas bon de suspendre le cours d'un rêve ; on risque de brouiller le message.
Ce sont des voix qui restent en dernier, tout comme c'est la voix souvent qui, comme un parfum, précède et annonce l'entrée physique de quelqu'un dans votre vie.
Le néologisme, c'est la langue qui fait ses besoins.
Je crois parce que c'est absurde.
Si les larmes des enfants sont indispensables pour parfaire la somme de douleur qui sert de rançon à la vérité, j'affirme catégoriquement que celle-ci ne mérite pas d'être payée d'un tel prix.