Etre heureux, c'est une vertu et une des plus puissantes.
Cette effrayante santé morale que donne l'ambition !
C'est bien, le progrès, mais ça fait trop longtemps que ça dure.
La poursuite exclusive de la santé conduit toujours à quelque chose de morbide.
Les brefs étés ont souvent des printemps précoces.
Les hommes nous enseignent à penser comme des poules, bien que nous soyons des aigles. Etendez vos ailes et envolez-vous ! Et ne vous contentez jamais des grains que l'on vous jette.
La plupart d'entre nous, nous sommes pour la liberté de parole, mais seulement quand nous n'avons , sur le sujet traité, aucune réelle conviction.
Les pires sont les gens qui ne savent rien, même pas qu'ils ne savent rien.
Les économistes pensent que les pauvres ont besoin d'eux pour leur dire qu'ils sont pauvres.
Aucune femme d'écrivain ne comprendra jamais que son mari travaille quand il regarde par la fenêtre.
Une bonne vieille bouteille de vin est aussi rare, aussi miraculeuse qu'un vieux pas con. Ca arrive, mais mieux vaut ne pas trop y compter.
Pour le week-end, nous avons voulu faire les Châteaux de la Loire. Malheureusement, ils étaient déjà faits.
Je ne crois pas que ce soient les ordinateurs eux-mêmes qu'il faille redouter, mais bien plutôt la façon dont la culture digérera leur présence.
On ne refuse pas la pitié aux malheureux pourvu qu'ils n'en demandent pas d'avantage.
Qu'est-ce que le bonheur ? Un émerveillement qui se dit à lui-même adieu.
Le bonheur que l'on attend est plus beau que celui dont on jouit...
L'espace est l'ordre des choses qui coexistent.
Ce qui est bref et bon est deux fois bon.
L'informaticien moyen est un épatant spécimen de ceux qui célèbrent la nouvelle année en défragmentant leurs disques durs.
Celui qui n'a pas subi les sévérités d'un maître subira les sévérités de la vie.
Mais de quoi sont composés les affaires du monde ? Du bien d'autrui.
La médisance est encore le plus grand lien des sociétés.
Sur cent maris aveugles, on en trouverait bien quatre ou cinq qui sont en effet aveugles. Les autres trichent.
Depuis que Thomas a demandé à Jésus la possibilité de toucher, le doute est sérieusement déconsidéré.
L'ivresse est un phénomène à rapprocher de ces illuminations qui rendent les êtres humains totalement méconnaissables.
Pauvreté n'est pas vice. Parbleu ! Un vice est agréable.
Si l'on pose d'un côté ce qu'un hold-up rapporte en argent et de l'autre ce qu'il rapporte en années de prison, on s'aperçoit que le truand est bien le salarié le plus misérable du monde.
Il est possible que nous portions en nous, occultes, enterrées, certaines métaphores primordiales, et que toute quête verbale n'ait d'autre but que de déchiffrer ces images antérieures.
L'inconstance est souvent la marque d'une grande puissance de passions.
Le rêve est une allusion.
Le goût mûrit aux dépens du bonheur.
L'enfer, je l'ai toujours imaginé dans la continuation indéfinie de la sensation qui a plu d'abord et fini par devenir torture.
Nous sommes une matière qui épouse toujours la forme du premier monde venu.
Le monde, quelle riche école buissonnière quand on sait comment l'appréhender !
Il en est de la culture à la télévision comme des habitants des villes : rejetée à la périphérie.
Trahir les puissants est le devoir des pauvres, s'ils veulent vivre dignement.
Il est bon, j'en suis convaincu, que la main du poète, avant de se refermer sur le porte-plume, ait caressé longtemps, fut-ce seulement des yeux, les bêtes porte-plumes, porte-poils, porte-vie, porte-songes.
Les hommes, déformés par les abstractions, disposent de plus de moyens pour se haïr que pour s'aimer.
Effrayant et banal ! C'est une combinaison atroce, la pire de toutes.
Beaucoup de gens boivent, très peu savent être bourrés.
Les plus grands artistes sont ceux qui possèdent le don de simplification à l'usage des autres.
Les ambitieux ne croient jamais que les autres ne le sont pas.
Chacun sait qu'il y a, de nos jours, deux littératures : la mauvaise, qui est proprement illisible (on la lit beaucoup). Et la bonne qui ne se lit pas.
Un prince n'est sujet aux lois de sa province.
Les livres s'adressent rarement aux lecteurs aussi directement que peut le faire un interlocuteur de chair et de sang.
Il n'y a pas d'oeuvres populaires destinées à un public spécifique, peu ou moyennement cultivé. Les oeuvres populaires doivent s'adresser à tous les publics et être assez accessibles pour être reçues par tous.
L'homme, du fait qu'il écrit des livres, se change en univers et le propre d'un univers c'est justement d'être unique. L'existence d'un autre univers le menace dans son essence même.
Notre sénilité endormie se trouve à l'aise dans l'absurde.
Le véritable esprit consiste à en faire venir aux autres.
Il est malheureux, celui qui n'entre pas dans les illusions de son époque.