La tragédie : la collaboration du glaive et du rasoir.
C'est sur les vitres qu'on grave les mots ineffaçables.
Pour aller au bout du plaisir, il faut aimer plus que le plaisir.
Avec une femme le meilleur moyen de ne pas obtenir une chose c'est de la demander.
L'homme qui se croit Dieu tue le dieu qu'il porte en lui. L'homme qui ne pense plus aussi loin que Dieu tue la création qu'il porte en lui. L'homme qui ne se soucie plus de sa divinité ferme la porte à sa félicité.
Il y a des êtres qui deviennent si proches de nous qu'on les dirait intégrés à nous-mêmes. En épousant leurs sentiments les plus intimes, en scrutant le mystère de leur âme, nous assimilons une part de leur être.
On ne peut pas aimer l'humanité. On ne peut aimer que des gens.
Cela prend parfois beaucoup d'hommes pour en remplacer un seul.
Toutes les forêts du monde n'auraient pu fournir le papier nécessaire à l'encyclopédie de l'ignorance.
Il est, dans la vie des hommes, des heures où la tension des événements semble répondre à celle de notre âme.
L'homme moderne communique souvent mieux avec sa souris qu'avec sa langue.
Pour quoi faire, l'amour, si ce n'est pas pour donner de la beauté à penser ?
Il n'y a pas de simplicité véritable. Il n'y a que des simplifications.
Les vieillards sont assez enclins à doter de leurs chagrins l'avenir des jeunes gens.
Il n'y a de communautaire que l'illusion d'être ensemble.
L'énergie amoureuse dépensée, c'est la sérénité de l'état de faiblesse.
L'existence de l'homme porte la vieillesse du monde.
Il n'y a que deux attitudes : se résigner ou se révolter. Toutes deux exigent la même liberté et la même lucidité. Malheureusement, nos révoltés sont encore et toujours beaucoup trop résignés, et nos résignés beaucoup trop révoltés.
Il y a des livres si audacieux, qu'on ne devrait les publier qu'avec un cache-texte.
La nature connaît mieux son affaire que le hasard.
La mort nous trouvera bien partout où nous irons. La mort, c'est lorsqu'on la fuit qu'elle s'attache à nos pas ! Il est bien rare que ceux qui la désirent la voient venir.
Le mal n'est jamais dans l'amour.
Un homme qui a vécu sait que la vérité n'existe peut-être pas...
Il ne se fait pas plus long récit que ce qu'on nomme un résumé.
On n'est jamais vraiment vaincu que le jour où l'on croit l'être.
La conquête d'un pays se fait aussi par les mots.
Beaucoup du charme des hommes est fait de l'ennui des femmes.
Toutes les doctrines d'action et de combat, avec leur appareil et leurs schémas, ne furent inventées que pour donner aux hommes bonne conscience, en leur permettant de se haïr... noblement, sans gêne ni remords.
Aucun animal n'a rien inventé d'aussi mauvais que l'ivrognerie - ni d'aussi bien que la boisson.
Un effronté de bouc vint voir une vipère cornue couchée sous un arbre et lui demande : "De quoi vis-tu toi qui est toujours à la même place ?" - "Je vis de ce qui passe à ma portée et surtout de patience."
Les remords sont les plaisirs sadiques du christianisme.
Le chien rit avec sa queue.
Le théâtre est toujours polémique, et l'artiste intolérant.
Les photographes : ils ne font que leur boulot mais parfois ils devraient s'en abstenir.
D'emblée dans la vie la fatigue touche aux deux portes sacrées : l'amour, le sommeil. L'amour qu'elle use comme de l'eau sur la pierre. Le sommeil qu'elle entasse comme de l'eau sur de l'eau.
Ce qui est trop clair n'est pas intéressant.
On ne pense pas à tous les frais que nous avons, nous autres bigames. Deux mariages, vous savez, ça vaut un incendie.
De profession à profession, on se devine, et de vice à vice aussi.
Ca n'existe pas les genres de femme, il n'existe que le genre des femmes, il me semble.
Il n'y a rien au monde qui n'ait un moment décisif.
Le mariage est une vie, le voile est une mort.
Les meilleures méthodes pour rendre compte restent à inventer.
Ce dont nous nous glorifions devient infâme quand c'est l'ennemi qui le fait.
Ne jamais être content : tout l'art est là.
Qui cherche plus que le nécessaire se livre à l'erreur.
A quoi arrive-t-on, si l'on arrive : pour le peu de temps qu'on y passera.
Ceux qui bénéficient du système le déplorent moins que ceux qui en pâtissent.
Si j'ai peur de la mort, c'est pour faire comme tout le monde.
Tout comme certaines sciences occultes, les statistiques possèdent leur propre jargon, volontairement mis au point pour dérouter les non-initiés.
Pour ce qui est de dire, rien de tel qu'un homme. Pour ce qui est de faire, rien de tel qu'une femme.