Les amitiés procurent autant de plaisir à ses amis qu'à soi-même.
Cette puissance magique du langage, qui consiste à se substituer à la réalité en faisant exister ce qu'elle nomme, est également le fondement de toute calomnie comme de toute flatterie.
Plus on étudie, plus on sait. Plus on sait, plus on oublie. Plus on oublie, moins on sait. Moins on sait, moins on oublie. Moins on oublie, plus on sait. Alors, à quoi bon étudier ?
En France, quand un homme explique longuement quelque chose à une femme, c'est d'abord pour coucher avec elle.
Si tu rends le bien pour le mal, que rendras-tu pour le bien ?
Le plus difficile pour un acteur, c'est d'être avec un metteur en scène qui n'a pas compris l'histoire comme vous.
Si ce que tu manges ne te grise pas, c'est que tu n'avais pas assez faim.
Etant philosophe, j'ai un problème pour chaque solution.
L'auteur dramatique fait des pièces comme un figuier fait des figues, c'est-à-dire sans rien y comprendre.
Une injure est plus vite oubliée qu'une insulte.
Ce qu'on aime dans un autre, c'est soi, c'est son plaisir, c'est le plaisir qu'on lui donne et qui est encore une forme du nôtre.
On peut comparer la société à une salle de spectacle ; on n'y est aux loges que parce qu'on paie davantage.
Les ânes préféreraient la paille à l'or.
Je me demande si la guerre n'éclate pas dans le seul but de permettre à l'adulte de faire l'enfant, de régresser avec soulagement jusqu'à l'âge des panoplies et des soldats de plomb.
La force qui ne connaît que la révolte s'y use.
L'humanité n'est parfaite dans aucun genre, pas plus dans le mal que dans le bien.
Il en va toujours de même : chacun ne travaille que pour soi.
Un film doit être comme un caillou dans une chaussure.
Il est mal de violer sa parole sans raison ; mais on trouve toujours une raison.
Avec ce mot devoir, on fait danser le citoyen comme un ours avec une musette.
Si vous achetez ce qui est superflu, vous vendrez bientôt ce qui est nécessaire.
Le seul conseiller qui plaise, c'est le temps.
La paix, si jamais elle existe, ne reposera pas sur la crainte de la guerre mais sur l'amour de la paix.
Il n'y a guère de gens qui ne soient honteux de s'être aimés, quand ils ne s'aiment plus.
Les acteurs rateraient très souvent, presque toujours, leurs entrées en scène, s'ils n'avaient pas, étant en coulisse, cette pensée constante : Il me semble qu'il y a bien longtemps qu'on ne m'a vu !
De nos jours, l'homme du monde est celui qui a assez d'argent pour faire ce que feraient tous les sots, s'ils en avaient les moyens : c'est-à-dire consommer sans produire.
L'homme doit s'applaudir d'être frivole ; s'il ne l'était pas, il sécherait de douleur en pensant qu'il est né pour un jour, entre deux éternités, et pour souffrir onze heures au moins sur douze.
Le mouchoir est utile aux enterrements pour cacher l'absence de larmes.
On cloue les cercueils comme si on avait peur que les morts s'envolent.
Ce n'est pas Dieu que je repousse, mais la création.
Il faut que les hommes fassent du bruit, à quelque prix que ce soit - peu importe le danger d'une opinion, si elle rend son auteur célèbre ; et l'on aime mieux passer pour un fripon que pour un sot.
Il n'y a nul héroïsme à exécuter ce qu'on ne peut refuser. Surtout si c'est une tâche facile.
L'opinion publique est une juridiction que l'honnête homme ne doit jamais reconnaître parfaitement et qu'il ne doit jamais décliner.
On ne triomphe bien que de ce que l'on assimile.
Le temps détruit ce qui n'est que réel.
De tous les sorts, l'amitié est bien le pire.
Il n'existe pas d'homme, si médiocre soit-il, qui n'ait connu, au moins durant une heure, le vertige d'être au-dessus de lui-même. La passion, comme les cyclones, fait voler indistinctement les branches saines et les feuilles sèches.
Il n'y a rien comme un étalage de livres pour prendre conscience de la brièveté de la vie.
Les serments qu'échangent deux amants sont aussi raisonnables que le seraient ceux qu'échangeraient un gigot et l'homme qui l'entame.
La pensée est une rature indéfinie.
Fort peu de femmes aiment leurs maris ; il n'y a point de maris qui, malgré leurs distractions, ne soient attachés à leurs femmes.
Les défauts des autres ressemblent trop aux nôtres.
Pourquoi ne pas chercher la vérité de la vie, même si vous ne la trouverez jamais, au lieu de chercher quelqu'un à qui crier votre désespoir de trouver le monde si stupéfiant.
Il est difficile à supporter le langage de l'homme qui dit ce que pensent les autres.
Si on pouvait se nommer, si on savait se présenter dans l'évidence de son sexe, dans la certitude de son être, on n'écrirait pas, il n'y aurait pas d'histoire, pas de sujet, pas d'objet.
L'allégorie, la ressource ordinaire des esprits stériles.
Ce qu'il y a de plus impressionnant chez l'homme, probablement la seule chose qui excuse sa folie ou sa brutalité, est le fait qu'il ait inventé le concept de ce qui n'existe pas.
Il faut plonger dans une trouble ressemblance, c'est à force d'oubli que vient la connaissance.
L'effet du théâtre consiste en impressions, et non en enseignements.
La meilleure anthologie est celle que l'on fait pour soi-même.