L'homme de la terre sait qu'il n'est que le maillon d'un ensemble régi par des lois simples, et que, pour le reste, c'est se martyriser que de vouloir en savoir plus. Les gens des villes sont le centre d'un monde qu'ils ont fait eux-même. Ils en crèvent, rongés de l'intérieur par le doute.
Les Anglais conduisent à gauche ; les Allemands conduisent à droite ; les Français conduisent au milieu ; les Belges conduisent... mal !
Si le monde entier est une scène et si nous ne sommes que les comédiens, à quand, diable, l'entracte ?
Le théâtre, c'est l'effervescence des sources avec la sagesse des estuaires.
Rien, heureusement, n'est moins prévisible que la démocratie.
Il n'y a pas de gens modestes. Il y a des ratés qui ont la prétention d'être modestes - et qui font les modestes pour faire croire qu'ils ne sont pas des ratés.
Le bonheur aurait plus de succès, s'il n'avait pas les gens heureux pour le présenter.
Le bonheur n'est peut-être qu'un malheur mieux supporté.
J'ai toujours commencé par le désir, le sentiment n'est venu qu'ensuite.
Dos. Partie de votre ami que vous avez le privilège de contempler quand vous êtes dans l'ennui.
Quand les éclairs transpercent la nuit, c'est que le ciel est en train de rêver...
Jusqu'au jour où les maris pourront, eux aussi, gagner les faveurs du juge en croisant haut les jambes, pas d'égalité des sexes !
Les mystères sont excitants, et ils contribuent à rendre la vie amusante. Personne n'apprécie le gâcheur qui donne la clef de l'énigme à ceux qui font la queue pour aller voir un film.
Moins on a d'idées, plus on se massacre pour elles.
Ce qu'on nomme culture consiste, pour une partie des intellectuels, à persécuter l'autre partie.
Une pensée ? Un aspect de la vérité qui étincelle.
Il y a peut-être plus d'hommes qui ont manqué aux occasions, qu'il n'y en a à qui les occasions ont manqué.
La moitié du monde n'apprécie pas ce qui amuse l'autre moitié.
Ce qui a de la valeur n'est pas neuf, et ce qui est neuf n'a pas de valeur.
Tout système religieux qui contient de quoi choquer l'esprit d'un enfant ne saurait être juste.
Un dépravé sait mieux porter le masque d'un saint.
Je parle beaucoup au hasard : c'est mon plus cher confident.
Est-il dans la création un être plus esclave que n'est l'homme ?
Dieu est le poète et les hommes ne sont que les acteurs ; ces grandes pièces qui se jouent sur la terre ont été composées dans le ciel.
Le prudent se fait du bien, le vertueux en fait aux autres.
Qui ne vit que pour soi n'est pas digne de vivre.
Adressez-vous aux jeunes gens : ils savent tout !
Les pensées, comme les puces, sautent d'un être humain à l'autre. Mais elles ne les piquent pas tous.
On n'apprend pas à mourir en tuant les autres.
La philosophie, pour quoi faire ? Pour nous faire.
Les foyers qui tiennent sont ceux qui cultivent l'égoïsme.
Ecrire, c'est tuer, prier, délirer. Pour combler l'écart. Abolir l'Entre. Et n'y parvenir jamais.
Nos jours sont comptés : par des statisticiens.
Elles nous abandonnent leurs corps - convaincues que cela devrait nous suffire - alors que, précisément, cela pourrait nous suffire.
Après l'insuccès, les desseins les mieux concertés paraissent absurdes.
Il n'y a d'échange que de mauvais procédés.
A vingt ans, les problèmes sont métaphysiques et insolubles ; à quarante-cinq, ils sont incarnés mais plus insolubles encore.
Toute parole est en trop quand on a du désir, d'ailleurs parler l'annule - il n'y a pas de mots pour dire le désir, pas de mots courants qui ne servent à le trafiquer, à le masquer, à l'apaiser ou à le détruire.
Je trouve assez d'épaisseur à la surface du monde.
Où les histoires s'arrêtent, ne sachant plus rien, les poètes apparaissent et devinent.
L'objet aimé n'est jamais que ce que nous nous imaginons qu'il est.
L'avenir est un moment de plus.
Cowbaye : gardien de vache à l'essai.
Il y a des réveils qui sont plus durs que d'autres.
De dos, les femmes vieillissent lentement.
Le cosmonaute, chez lui, il se fait engueuler quand il est dans la lune.
- Je vais vous livrer toute ma pensée. - Non, je vous en prie !
L'enfer c'est la simplicité.
La musique est un formidable langage qui, lui, peut circuler sans être traduit.
Les épreuves des autres sont toujours banales. Et les nôtres sont forcément terribles.