Ce que je veux, c'est me fuir moi-même.
Qui observe le vent ne sème point, qui regarde les nuages ne moissonne point.
La société étant divisée par tranches, comme un bambou, la grande affaire d'un homme est de monter dans la classe supérieure à la sienne et tout l'effort de cette classe est de l'empêcher de monter.
Le peuple appelle éloquence la facilité que quelques-uns ont de parler seuls et longtemps, jointe à l'emportement du geste, à l'éclat de la voix et à la force des poumons.
C'est une grande bêtise de la part de la souris, une fois prise au piège, de ne pas dévorer le lard qui la leurra.
Que j'aime ces peuples jeunes et noirs qui n'ont jamais eu l'indécence ni l'indiscrétion de nous envoyer des religieux nègres ou chinois pour nous convertir à leur dieux.
Souvent femme varie et c'est là une de ses grandes qualités. Cela évite à l'homme d'avoir recours à la polygamie. Tant que vous aurez une femme, vous serez sûrs d'avoir tout un harem.
En fumant, vous abrégez votre vie, me dit-on. Je fume depuis l'âge de dix-huit ans, j'en ai soixante-cinq, si je n'avais pas fumé, j'en aurais soixante-dix. Je serais bien avancé !
Dieu est l'astre qui fuit et qu'il faut suivre sans jamais pouvoir s'arrêter.
Que veut dire exister ? Je suis sans être moi.
C'est tout un art que de vendre en n'ayant rien à vendre.
On guérit comme on se console : on n'a pas dans le coeur de quoi toujours pleurer et toujours aimer.
Le plaisir des grands est de pouvoir faire des heureux.
On sort de l'enfance comme d'un pays. On ne revient pas en arrière.
Les auteurs de l'injustice s'arrangent toujours pour avoir la force de leur côté.
Le cosmos est une pensée qui ne se pense pas, suspendue à une pensée qui se pense.
C'est avec un oeil critique qu'il faut lire les critiques.
La société a besoin de transgresseurs. Elle établit des lois pour qu'elles soient dépassées. Si tout un chacun respecte les règles en vigueur et se plie aux normes, c'est toute la société qui se retrouve "normale" et qui stagne.
Les femmes tâtent leur chignon comme les hommes tâtent leur braguette.
Toutes les inventions jolies et charmantes pour ceux qui ont les moyens d'en jouir valent-elles, vraiment, la somme de misère et de souffrance que nos civilisations produisent ?
Aucun chrétien ne peut être pessimiste, car le christianisme est un système d'optimisme radical.
Un artiste ne peint jamais la vie tout à fait telle qu'elle est. Il la colore de sa personnalité et de ses désirs.
En vieillissant on devient de plus en plus obsédé, de moins en moins sexuel. Heureusement qu'il nous reste le baisemain.
La vie nous donne ce qu'on en attend, mais ailleurs, autrement, et à contretemps.
Rien de plus terrible, quand on a été un enfant de talent, de n'être plus qu'un adolescent qui se cherche.
Toute grande pensée est de l'ordre du lapsus.
Le langage qu'un homme parle est un monde dans lequel il vit et agit ; il lui appartient plus profondément, plus essentiellement que la terre et les choses qu'il nomme son pays.
On met la nature au supplice, on la perce, on la disloque, et pour mieux la connaître, on la tue, sans y comprendre grand chose.
Mon amour, c'est le fil auquel se tient ma vie.
La réalité s'affronte bien facilement, lorsque disparaissent les gargouilles impitoyables de l'imagination.
C'est simple un corps, c'est une langue simple. Tout le monde la parle, d'ailleurs, mais personne ne la comprend.
Nous sommes tous en fait absolument dépendants de notre société. C'est elle qui guide notre destin.
Ce n'est pas ce que nous ignorons qui nous pose des problèmes. C'est ce que nous tenons à tort pour vrai.
Le cérémonial a toujours servi à se mettre du plomb dans la cervelle. Sans la grandiloquence des rites, on n'aurait de force pour rien.
Au théâtre, personne n'obtient rien de ce qu'il veut, ni des acteurs, ni du décorateur, ni du public, ni de soi-même. Et ça peut finir par de l'enthousiasme.
Pour les empêcher de s'éloigner, de se perdre dans la brousse, la lionne, toute la journée, s'amuse avec les lionceaux.
Ah ! Combien de testateurs regretteraient en mourant et leur vie et leurs biens, s'ils pouvaient voir après leur mort les figures de leurs héritiers.
Avec la mort d'un homme meurt toute la grâce humaine.
Les filles, c'est comme les limaces. Elles doivent bien servir à quelque chose, mais à quoi ?
J'ai appris à ne jamais tarir le puits de mon inspiration, à toujours m'arrêter quand il restait un peu d'eau au fond et à laisser sa source le remplir pendant la nuit.
Il y a les livres que j'aime et ceux que j'admire ; je peux admirer un livre sans l'aimer.
Dans l'absolu, y avait-il vraiment une différence entre le destin d'un seul homme et celui de toute l'humanité ?
Dans les républiques, le peuple donne sa faveur, jamais sa confiance.
Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres.
Si le progrès est la loi, la liberté est l'instrument du progrès.
On a les qualités qu'on veut avoir.
La vie est un éternel problème, et l'histoire aussi, et tout. Il s'ajoute sans cesse des chiffres à l'addition. D'une roue qui tourne, comment pouvez-vous compter les rayons ?
La marque distinctive du XXe siècle est l'encombrement, la prolifération des objets, c'est-à-dire l'hégémonie de la matière.
Tout récit comporte une moralité.
Quand un prêtre joint les mains, le Ciel s'agenouille.