Sans l'ironie, le monde serait comme une forêt sans oiseaux.
Je n'aime pas les maisons neuves : leur visage est indifférent.
Un diable est impensable ; car il répugne au bon sens d'admettre un diable qui sache pertinemment ce qu'est le mal et qui veuille néanmoins le mal.
Plutôt dormir avec un cannibale sobre qu'avec un chrétien ivre.
Le hasard donne les pensées et le hasard les ôte.
Au commencement était l'action.
Pourquoi, à l'instar des objets, n'existe-t-il pas un bureau des amours perdues et trouvées ?
C'est curieux : quand on refuse tout sauf le meilleur, on l'obtient dans bien des cas.
J'appelle bourgeois quiconque renonce à soi-même, au combat et à l'amour, pour sa réussite.
La guerre étant, chacun le sait, la forme collective et violente de la conversation.
La soif d'égalité n'est souvent qu'une forme avouable du désir d'avoir des inférieurs et pas des supérieurs.
Qui se sent galeux se gratte.
L'avenir nous appartient tant qu'on l'ignore.
La renommée est la soif de la jeunesse.
On se défend mal que contre ce qu'on aime.
L'ennui, avec l'absolu, c'est que quand on le quitte, on tombe nécessairement dans le relatif.
Quand l'enfant dit à sa mère : j'ai faim, ou je veux dormir, il reste près de l'animal ; quand il dit : voilà ce que j'ai fait ce matin, il commence à être un homme.
Il y a moins de crainte dans la haine que dans l'amour ; moins de contrainte aussi.
Cet égarement de l'amour qui est une infidélité à tout ce qui vit et respire loin de soi.
C'est une erreur de langage, n'est-ce pas l'amour ?
La vraie poésie est plus vraie que la science, parce qu'elle est synthétique et saisit dès l'abord ce que la combinaison de toutes les sciences pourra tout au plus atteindre une fois comme résultat.
Nuptiale est toute nuit pour la femme raffinée.
Il n'y a pas de doute : après un certain âge, on a trop de peau !
Quand on est soi-même en enfer, cela peut soulager de faire des excursions dans l'enfer des autres.
L'usage n'est plus que l'affichage de la vitesse de l'échange.
Personne n'est plus redoutable que celui qui n'a jamais de doutes.
Une démonstration grandiose de la misérable subjectivité de l'homme qui lui fait tout rapporter à lui-même est offerte par l'astrologie qui met en rapport la trajectoire des grands corps célestes et le misérable moi.
La beauté n'a pas d'intelligence. Elle est aveugle, sotte, sotte...
Les rides : le chèque barré de l'âge.
Le lieu de Dieu est le monde, mais le monde n'est pas le lieu de Dieu.
Le philosophe cherche la vérité et l'artiste, la beauté. Plus ambitieux, le moraliste, artiste et philosophe tout ensemble, cherche, comme une femme, le bonheur.
La maladie est un prétexte pour se valoriser.
Ce qui est fait est fait. C'est autant de pas accomplis dans la route qui mène à l'éternité.
Les demi-teintes, c'est bon pour les traîtres.
C'est drôle comme les hommes ne pensent pas à être complexés. Ca doit être bien, d'être comme ça. Ne penser qu'à son regard qui se pose et pas penser à la réciproque.
Un prêtre, c'est pire quelqu'un qui met toujours, quoi qu'il veuille, le doigt entre l'arbre et l'écorce.
Le zèle mène toujours un peu trop loin, mais parfois il est nécessaire.
N'aidez pas la vie à se moquer de vous.
Les robes sont comme les femmes ; elles ont l'âge qu'elles paraissent.
L'amour n'est pas une relation sociale. Ca ne se dit pas, ce sont des choses qui ne se disent pas. L'amour n'est traduit qu'en silence ou en cri.
Si l'on est d'accord pour considérer la vie avec ennui, alors seulement on peut se comporter comme de vieux amis.
La naissance d'une pièce, c'est comme une petite explosion atomique.
La fonction même du poète, en tant que mode de connaissance, n'est pour moi qu'une règle de vie qui nous tienne plus vivant, fût-ce à vif, sur l'autre versant de l'apparence.
C'est leur pertinence qu'on reproche aux impertinents.
Les résolutions prises lors des campagnes électorales ne sont rien d'autre que l'agrandissement de celles que l'on prend au Nouvel An.
Avec l'instruction, la force cérébrale des masses est comme un sol richement engraissé.
Il y a de l'espoir pour tout le monde, c'est ce qui fait tourner l'univers.
C'est l'idée du despotisme qui nous donne l'idée de la démocratie.
Si vous voulez étudier un homme, ne faites pas attention à la façon dont il se tait, ou dont il parle, ou dont il pleure, ou même dont il est ému par les nobles idées. Regardez-le plutôt quand il rit.
L'esprit est le côté partiel de l'homme ; le coeur est tout.