L'homme porte le mystère de la vie qui porte le mystère du monde.
La virilité d'une idée ne consiste pas moins dans sa puissance à créer un passage à travers la pensée contemporaine que dans sa capacité à dominer les mouvements futurs.
Le plus beau triomphe de l'écrivain est de faire penser ceux qui peuvent penser.
Il faut devenir vieux de bonne heure pour rester vieux longtemps.
Quand on vieillit, les colères deviennent des tristesses.
Qui cherche dans la liberté autre chose qu'elle-même est fait pour servir.
Les illusions tombent l'une après l'autre, comme les écorces d'un fruit, et le fruit, c'est l'expérience. Sa saveur est amère.
Je ne puis concevoir qu'un homme vraiment heureux puisse jamais songer à l'art. Vivre vraiment, c'est avoir la plénitude. Est-ce que l'art est autre chose qu'un aveu de notre impuissance ?
C'est curieux : quand on refuse tout sauf le meilleur, on l'obtient dans bien des cas.
Le mâle qui meurt sert l'espèce, en laissant à d'autres le soin de la propager.
Une citation dans un discours, un article ou un livre est comme un fusil dans les mains d'un soldat. Cela parle avec autorité.
On ne monte pas au ciel sans traverser des nuées.
Il n'est de souvenir douloureux que des morts. Or ceux-ci se détruisent vite, et il ne reste plus autour de leurs tombes mêmes que la beauté de la nature, le silence, la pureté de l'air.
Les petites pluies sont longues, les tempêtes soudaines sont courtes.
Etre heureux, c'est s'oublier, c'est être vide...
Il y a tant d'égoïsme dans le coeur des hommes, tant d'intérêts personnels chez eux, que les belles initiatives viennent s'y briser comme les lames de la mer sur un rocher inébranlable.
Le désir est le diesel du coeur.
C'est la vie qui se fait à mesure que tu aimes.
Les femmes sont des fillettes toute leur vie. Une caresse les console. Un petit oubli les brise.
Nous sommes toujours de la taille de l'univers que nous découvrons.
Celui qui, par hasard, a une honnête femme vit heureux avec un fléau.
Usez, abusez, mais connaissez vos possibilités. C'est la seule façon de doser.
La vieillesse, c'est dans la vie d'un homme l'époque où, quand il flirte, il ne peut se rappeler pourquoi.
Tout est utile même ne rien faire.
La faillite de notre monde, c'est le bruit. Nous avons besoin d'espaces silencieux.
Les femmes sont des poêles à dessus de marbre.
La perfectibilité est la faculté qui marque la différence entre les hommes.
La mort ça n'existe pas.
Autrefois, quand on était las et dégoûté du monde, on entrait au couvent ; et lorsqu'on avait du bon sens, on y restait. Aujourd'hui, quand on est las et dégoûté du monde, on entre dans la révolution, et lorsqu'on est intelligent, on en sort.
Les statistiques sont une forme d'accomplissement de désir, tout comme les rêves.
Ce qui cesse de servir finit par être nuisible.
Le mariage c'est la pire entrave pour un artiste.
L'appréhension de la souffrance est pire que la souffrance elle-même. Et l'être le plus démuni trouve en lui des ressources inespérées de courage dès que la bête fond sur lui.
Le temps ne se comprend qu'à partir de l'éternité, et celle-ci ne se devine qu'à partir du temps. Ce qui nous fait une belle jambe.
Nous ne maîtrisons que ce que nous trouvons finalement ridicule, c'est seulement lorsque nous trouvons le monde et la vie qu'on y mène ridicules que nous avançons, il n'y a pas d'autre, pas de meilleure méthode.
Et quand je vois passer un chat je dis : "Il en sait long sur l'homme".
On découvre aisément en Dieu des signes graves d'anthropomorphisme.
On dit que les Américains mangent toute la journée. C'est faux. Mais ce qu'ils mangent est tellement mauvais qu'ils doivent s'y reprendre à plusieurs fois.
Il n'y a pas d'oiseau qui chante toute une journée sans s'arrêter.
Falbalas, belladone, ombelle, floréal... Combien de mots encore ont des robes de bal ?
Le mot juste aiguise la pensée.
C'est cela, en définitive, le pouvoir : agir en dépassant les difficultés, en évitant les embuscades, en entraînant ceux qui lambinent.
Les enfants croient que tout est possible, les jeunes pensent qu'il leur est possible de tout faire, les adultes font de leur possible, les vieux ont l'impression d'avoir couru après l'impossible toute leur vie.
Le tableau et le peintre se séparent quand ils ne sont plus d'aucun secours, l'un pour l'autre. Quand le tableau ne sait plus nourrir le peintre, quand le peintre ne sait plus nourrir sa peinture.
Tendresse est tendance à se livrer en toute faiblesse à la douceur d'être faible. Mais d'où vient ce "plaisir" ? Cette faiblesse, il est vrai, cet attendrissement - prépare un coup d'extrême force.
La comédie, c'est le sentiment d'être dedans et dehors ; c'est notre fascination pour la mécanique mystérieuse de la scène, bien réelle devant nous, mais aussi fictive ; très intense mais aussi destinée à s'évanouir après la représentation.
Un livre, pour quelqu'un qui aime sa terre, ça s'écrit avec la terre de son pays.
La recherche comporte et comportera toujours une part importante d'activité créatrice.
Dans toutes les oeuvres d'art difficile d'accès, le lecteur est récompensé de ses efforts : il est bouleversé.
Tous les jours du pauvre sont mauvais, l'âme tranquille est comme un festin continuel.