Le sot qui répète sans cesse : "Je suis asservi " finira bien par l'être un jour.
Plus je vais, le grand amour, j'ai bien peur que ça existe vraiment.
Toute vie mérite qu'on s'y attache.
Mais qu'est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense. Qu'est-ce qu'une chose qui pense ?
On est tous frères, c'est entendu. Mais on n'est pas jumeaux.
Dans l'alphabet du corps, le Q est la consonne Qui m'occupe toujours particulièrement.
La beauté du corps, découronnée de celle de l'âme, n'est un ornement que pour les animaux.
Nul homme sage ne souhaite jamais être plus jeune.
Quel est le meilleur gouvernement ? Celui qui nous enseigne à nous gouverner nous-mêmes.
Le puritanisme est la crainte épouvantable que quelqu'un puisse être heureux quelque part.
On concède la liberté en gros pour la contraindre dans le détail.
Ce n'est pas le cierge qui fait la flamme, c'est la flamme qui a fait le cierge.
La conscience met une pincée de sel additionnelle au péché.
La pruderie est une espèce d'avarice, la pire de toutes.
Il est aussi inutile de mettre plusieurs épithètes à un même mot que de payer plusieurs fois la même facture.
L'avenir nous appartient tant qu'on l'ignore.
Et le vent n'est-il pas la voix de Dieu, autant que celle du poète qui ne l'a que par Lui ?
La vie, on est toujours à pester contre elle et quand elle nous quitte, on râle.
L'envie a le teint livide et les discours calomnieux.
La laideur, elle est étale, promise à durer.
Les femmes sont plus habituées à s'intéresser au-dedans des gens. Les hommes s'intéressent aux choses. A la fin de la vie, les choses nous lâchent, ils nous reste les gens.
Bien des gens commentent les horreurs qui frappent les autres comme s'ils étaient très soucieux de les aider, alors qu'en réalité ils se complaisent à la souffrance d'autrui, par ce qu'elle leur permet de croire qu'ils sont heureux.
Les révolutions font perdre beaucoup de temps.
La mort est si ancienne qu'on lui parle latin.
L'enfance véritable se définit justement par l'absence d'angoisse ou d'avenir.
Si ce qui bat en nous était vraiment notre coeur, il ne mourrait pas pour nous abattre du même coup.
Recevoir les bienfaits de quelqu'un est une manière plus sûre de se l'attacher, que de l'obliger lui-même.
Il faut tant, et tant de larmes Pour avoir le droit d'aimer.
Ce ne sont pas les heures qui sont précieuses, ce sont les minutes.
Chaque fois que je fais la connaissance d'un couple, je me demande pourquoi ils vivent ensemble.
Que peut changer un mot ? Une phrase ? Une lettre ? On ne devrait pas écrire. Le décalage est trop grand entre le moment où on écrit une lettre et celui où elle est lue.
Les salariés les plus inefficaces sont systématiquement mutés aux postes où ils risquent le moins de faire de mal : l'encadrement.
Comme les musées, les bibliothèques sont un refuge contre le vieillissement, la maladie, la mort.
La raison est virile devant l'objet, puérile devant le récit.
Les femmes et les journaux ont ceci de commun que chaque homme doit avoir un exemplaire personnel, ce qui ne l'empêche pas, parfois, de parcourir l'exemplaire du voisin.
Il n'y a pas de différence entre le rêve et le souvenir. Par la mémoire nous croisons devant des rivages que nos yeux ignorent mais que notre coeur reconnaît pour les avoir visités avec la chaleur et la sincérité de notre jeunesse.
La poésie peut être l'envers du silence, son miroir.
C'est ça, être vieux. C'est d'avoir un seul endroit où aller, et d'être obligé d'y aller.
Il ne faut pas mépriser les bienfaits de vivre, même si l'on est sevré de ses plus grandes affections.
Tout homme est dangereux, quand il est contre les choses établies.
Qu'est-ce que l'on est quand on ne peut plus être soi-même ?
Celui qui connaît la destinée des choses qu'il entreprend dès leur début est un sage ou un sot. Mais qu'il soit l'un ou l'autre, il sera malheureux car il aura planté sa dague dans le coeur de la vie.
Quand les vieux et les enfants ne versent plus de larmes, cela signifie que le monde est entré soit dans sa phase la plus paisible, soit dans sa phase la plus terrible.
On ne peut dicter un aphorisme à une machine à écrire. Cela prendrait trop de temps.
On peut comparer le monde à un bloc de cristal aux facettes innombrables. Selon sa structure et sa position, chacun de nous voit certaines facettes. Tout ce qui peut nous passionner, c'est de découvrir un nouveau tranchant, un nouvel espace.
Une conversation ressemble à un échange de balles : un bon partenaire vous envoie la balle droit dans le gant, de sorte qu'il est presque impossible de la rater ; quand c'est à lui de recevoir, il rattrape tout ce qui arrive de son côté.
On prononce certains mots non pour qu'ils soient entendus mais parce qu'on juge important de s'exprimer.
Le flirt avec l'avenir est le pire des conformismes, la lâche flatterie du plus fort. Car l'avenir est toujours plus fort que le présent. C'est bien lui, en effet, qui nous jugera. Et certainement sans aucune compétence.
Nous ne parvenons pas à écrire ce que nous pensons et c'est là, toute la force des mots. Ecrire, c'est perdre son idée au profit de quelque chose qui nous dépasse, qui ne nous appartient même plus.
Il y a d'abord une certaine crise historique de la présence française culturelle dans le monde, qui s'exprime par la perte du français comme langue internationale, mais aussi par la disparition de la culture française en Europe.