Ceux qui écrivent comme ils parlent, quoiqu'ils parlent très bien, écrivent mal.
Le sommeil a les avantages de la mort sans son petit inconvénient.
Le bon sens est le concierge de l'esprit : son office est de ne laisser entrer ni sortir les idées suspectes.
Il en va de l'érotisme comme de la danse : l'un des partenaires se charge toujours de conduire l'autre.
Tout écrivain, pour écrire nettement, doit se mettre à la place de ses lecteurs.
La vie est une maladie sexuellement transmissible.
De mauvaises lois sont la pire sorte de tyrannie.
L'argent est un raccourci de la réussite, et les raccourcis - c'est connu - éliminent tous les détails embarrassants.
Un peu de jalousie éveille un amour heureux qui s'endort.
Le fort fait ses événements, le faible subit ceux que la destinée lui impose.
Tant d'hommes qu'on croit heureux parce qu'on ne les voit que passer.
Si l'amour donne de l'esprit aux sots, il rend quelquefois bien sots les gens d'esprit.
On continue à s'entre-tuer pour un dieu, une rivière, la couleur de la peau. Il ne faut pas avoir la peau basanée là où il faut avoir la peau blanche, la peau blanche là où il faut l'avoir basanée, il ne faut jamais croire au dieu qui n'est pas le bon.
Tuer une oeuvre d'art est plus grave que de tuer des hommes. Des hommes, on en refait tant qu'on veut...
A ma grande honte, je suis né dans un lit, avec une femme.
L'opéra en anglais, c'est juste aussi émouvant que le base-ball en italien.
Sans que cela soit un devoir, il y a plus d'une mère qui donnerait sa vie pour ses enfants.
Quand un homme accomplit une bonne besogne, tout à fait hors de proportion avec son salaire, c'est sept fois sur neuf, qu'il y a une femme derrière le rideau de sa vertu.
Tout est joué avant que nous ayons douze ans.
Il faut toujours que notre sexe fasse une ombre sur notre ventre.
Aussitôt qu'un homme a le nécessaire, il ne lui faut que de l'élévation dans l'âme pour se passer du superflu.
Les partis politiques c'est quand même l'art d'occuper le pouvoir quel que soit le programme et de piquer les idées des autres pour les appliquer si on voit qu'elles marchent.
Dans la lutte de la vie comme à la guerre, fuir, c'est trahir ; l'affaissement, c'est la défaite.
Etre père, c'est prétendre que le cadeau qu'on préfère c'est un cendrier en terre cuite.
Les hommes ne sont pas égoïstes. Personne ne porte son propre deuil.
Le percepteur est un homme qui distribue des rôles écrasants aux contribuables sous prétexte qu'ils aiment souvent lui jouer la comédie.
Un bon esprit cultivé est pour ainsi dire composé de tous les esprits précédents.
Je voudrais n'être pas né ou être à jamais oublié.
Ecrire ? Métier pour introvertis et contemplateurs de nombril.
L'humain déborde de résignation et possède, enfouie dans ses fibres les plus secrètes, la vocation de la douleur.
L'art, c'est le moyen de corriger la vie.
L'orgueil que nous inspirent les enfants ne vient jamais du coeur, et se paie souvent cher.
Le bourgeois ne se dissipe pas, il se remplit. Il n'aime pas, il s'approprie. Il n'éjacule pas, il retient.
Avec les femmes, c'est toujours la même chose ; d'abord au bras, puis dans les bras, puis sur les bras. Avec elles, on va à chaque fois des petits mots aux grands mots et enfin, aux gros mots.
Tout ce qui est fixe est fatal et tout ce qui est fatal est puissant.
Rien ne s'arrange tout seul. Et mourir n'arrange rien.
C'est l'une des plus sûres actions de la mort que de nous faire éprouver l'irrémédiable.
La liberté, c'est un peu comme les papillons. T'as pas le temps d'y penser qu'elle s'est envolée, quand t'es en amour.
Les pauvres ont l'argent patriote ; les riches aiment l'atmosphère internationale de l'or.
En gagnant du temps, avec une femme, on finit par gagner tout court.
Les rêves de jeunesse sont des rêves solitaires qui durent peu.
Souvent ceux qui sont capables de réfléchir deviennent malheureux.
En amour, il suffit de se plaire par ses qualités aimables et par ses agréments. Mais en mariage, pour être heureux, il faut s'aimer, ou du moins, se convenir par ses défauts.
Les mots en ont toujours un pour rire.
Le sage se réfugie dans les livres des Anciens et n'y apprend que de froides abstractions ; le fou, en abordant les réalités et les périls, acquiert à mon avis le vrai bon sens.
Nous n'avons pas de futur. Pour tout le monde le futur parfait c'est la mort. Notre seul bien c'est le présent, la minute même ; celle qui suit n'est déjà plus à nous.
Les choses et les phénomènes se transforment, passent à leurs opposés, reviennent changés, mais ce qui fait que les choses sont les choses n'est pas une chose et reste fixe.
Le mot importuner ? Son sens dépend beaucoup du nombre de litres qu'on a bus.
C'est leur pertinence qu'on reproche aux impertinents.
Si le vase n'est pas propre, tout ce qu'on y verse aigrit.