La vérité c'est que je ne me reconnaissais pas en mon père, et je ne crois pas qu'il se reconnaissait en moi. Nous étions deux étrangers qui se connaissaient très bien.
Un film, c'est comme un voyage. On plonge, on s'imbibe et l'on finit par s'apercevoir que certaines choses sont plus fortes que d'autres.
La pensée n'est rien d'intérieur, elle n'existe pas hors du monde et hors des mots.
A quoi bon se préoccuper de mille et une questions, quand la vie est si simple et facile ?
Un jour, à force de fouiller l'atome, un savant expliquera peut-être la joie et la paix de l'esprit par des formules mathématiques.
La renommée est dangereuse ; son fardeau est léger à soulever, pénible à supporter et difficile à déposer.
Aujourd'hui ou on s'épouse et on n'a pas d'enfant ou on ne s'épouse pas et on a des enfants.
Nous sommes si présomptueux que nous voudrions être connus de toute la terre, et même des gens qui viendront quand nous ne serons plus.
Peu importe que nous disions le vrai ou le faux, on contredira l'un et l'autre.
A quoi sert la pudeur ? Elle sert à paraître plus belle quand on est belle et à paraître moins laide quand on l'est.
On conduit les enfants par la raison de l'autorité et les hommes par l'autorité de la raison : c'est au fond, la même chose, car la raison est la première autorité, et l'autorité la dernière raison.
La vérité ne fait pas de politique... et réciproquement.
Un effronté de bouc vint voir une vipère cornue couchée sous un arbre et lui demande : "De quoi vis-tu toi qui est toujours à la même place ?" - "Je vis de ce qui passe à ma portée et surtout de patience."
Quand je serai grand, je ne lirai pas le journal, je ne m'intéresserai pas aux grands problèmes et je n'irai pas voter. Comme ça, je pourrai me plaindre de ne pas être représenté par le gouvernement.
Quand on chasse le crotale, généralement on ne le trouve pas... et il n'est pas rare qu'il ait mordu avant qu'on l'ait vu.
La civilisation, qu'est-ce que c'est, sinon la caserne, le bureau, l'usine, les apéritifs, et les garçons de banque ?
Avec le temps, on ne vit plus que des sentiments mitigés : plus rien n'est plein, ni les bonheurs ni les malheurs ; toute chose à son ombre, qui s'allonge et où l'on pourra se reposer.
Aux orgueilleux Dieu résiste et combat, et leur orgueil soudainement se rabat.
Ce que nous vivions là, et nous en étions conscients tous les quatre, c'était un peu de rab. Un sursis, une parenthèse, un moment de grâce. Quelques heures volées aux autres...
Ne faisons pas du bonheur une obsession : vivons et il viendra. Mais pour cela, sachons ouvrir nos yeux à ces bonheurs qui s'ignorent et que nous ignorons.
Le mouton n'a pas de plumes, et l'oiseau n'a pas de laine.
Ma mère a mieux aimé mourir que de me voir et mon père, dès que je suis né, a mis tout son coeur à me détester.
Je suis submergé par des choses sur lesquelles j'aurais dû écrire et je n'ai jamais trouvé les bons mots.
Ne la sous-estime pas et ne parie pas contre elle.
L'amour comme une ombre vole quand l'amour substantiel poursuit poursuivant ce qui vole, et volant ce qui poursuit.
S'il y a un Dieu, il est caché, il est ailleurs, il est hors du temps, il n'obéit pas à nos lois et nous ne pouvons rien dire de lui. Nous ne pouvons décréter ni qu'il existe ni qu'il n'existe pas.
Ce qu'ils souhaitent, c'est s'habiller comme ils veulent et parfois, à mes yeux, n'importe comment. Mais c'est leur liberté et je suis un inconditionnel de la liberté.
On a modernisé l'Algérie. [...] Les résultats satisferaient les plus difficiles. On n'a omis qu'une chose essentielle : moderniser ses habitants. Et on est arrivé ainsi à un anachronisme frappant. Sur une terre européenne, aux cadres européens, vivent six millions d'orientaux.
Je ne parle que deux langues: anglais et le mauvais anglais!
Au point où j'en suis de ma vie et de ma carrière, je me sens, oui, assez libre.
Une province du Brésil vient de déclarer l'esclavage aboli [...] Le Brésil a un empereur; cet empereur est plus qu'un empereur, il est un homme. Nous le félicitons et nous l'honorons. Avant la fin du siècle, l'esclavage aura disparu de la terre.
Les femmes sont des jouets dont on se lasse et qui, à l'inverse des autres jouets qui se laissent si gentiment casser, vous brisent.
Nous n'exigeons de grands détails que sur ce qui nous touche et nous flatte, on est sans intérêt pour le reste.
Les amants pensent à la mort et s'étreignent. De nous tous qui vivons, ce sont les plus vivants.
Le macrocosme et le microcosme sont construits exactement sur le même modèle.
Le poète jouit de cet incomparable privilège, qu'il peut à sa guise être lui-même et autrui.
Je ne sais pas si je crois en Dieu. Mais, tout au moins suis-je sûr, grâce à l'histoire qui me recueille, de croire en ceux qui de tout temps et partout ont cru en Lui.
Il ne se passe rien, et quand il se passe quelque chose, c'est la mort.
Lorsqu'on écrit, il faut tout imaginer, toujours, mais les coups d'oeil qu'on peut jeter sur la vie d'autrui fournissent des clous sur lesquels accrocher les histoires et les personnages qu'on invente.
On ne bâtit pas un avenir sur des souvenirs et des sacrifices si beaux soient-ils.
Une erreur vigoureuse et vigoureusement cultivée entretient du moins les germes de la vérité.
Il est plus aisé, et éminemment plus scientifique, de traquer le passé que d'esquisser l'avenir.
Si nous y réfléchissions, nous élèverions sans cesse nos regards vers le ciel, notre véritable patrie. Mais nous nous laissons emporter çà et là par le monde et nous ne songeons pas à l'unique chose qui devrait nous occuper.
Il y a les femmes à qui on peut dire la vérité et il y a les autres. Cela ne change rien à l'amour qu'on leur porte. Cela ne change que les conversations.
On dit : retracer une vie. Mais les arabesques et méandres dessinent à la fin un motif plutôt indiscernable : juste une forme évidée. Peut-être ne fait-on que cela : broder sur la musique du temps, avec parfois des cassures.
Ecrire, c'est rendre compte de quelque chose que l'on a vécu et qui mérite de sortir du cadre personnel. En ce sens, beaucoup d'écrivains d'aujourd'hui n'ont aucune légitimité. Ils devraient arrêter d'écrire.
Les riches ne font plus envie. Ils sont gros, moches et vulgaires, leurs femmes sont liftées, ils vont en prison, leurs enfants se droguent, ils ont des goûts de ploucs, ils posent pour Gala.
Un homme de lettres, c'est un homme qui a passé son baccalauréat ès-lettres. Et encore !...
Je préférerais dire que l'univers est signicatif, avec des phases de mystères et de vides apparents plutôt que sans signification avec des phases de certitudes apparentes.
Et vers des festins inconnus,elle court à travers l'opale.Dans la brume du soir.Vénus s'allume dans un ciel vert pâle.