Quadrumane : Qui a quatre mains. Exemple : le rossignol n'est pas quadrumane.
La main destructive de l'homme n'épargne rien ; il tue pour se nourrir, il tue pour se vêtir, il tue pour attaquer, il tue pour se défendre, il tue pour s'instruire, il tue pour s'amuser, il tue pour tuer ; il a besoin de tout, et rien ne lui résiste.
C'est l'abus de nos facultés qui nous rend malheureux et méchants.
La fortune ne sourit aux méchants que pour mieux les perdre.
Créer est le seul domaine où il faut se déposséder pour s'enrichir.
Tous les orateurs de talent sont enclins à considérer leurs auditeurs comme des mineurs.
Il ne faut pas médire des lieux communs, il faut des siècles pour en faire un.
Pourquoi devrais-je me soucier de la postérité ? Est-ce que la postérité a jamais fait quelque chose pour moi ?
Les grandes oeuvres sont toutes des vengeances, les chefs-d'oeuvre sont tous des revanches. Je crois que c'est la loi de fer des écrivains : ils ne réussissent leurs livres que dans la mesure où ils ont raté leur vie.
La forte santé incline aux abus. Voilà pourquoi ce sont les malades qui durent et les bien-portants qui claquent.
Mais l'homme est l'insuffisance vivante, l'homme a besoin de savoir, il perçoit désespérément qu'il ignore.
Comme l'est et l'ouest, l'extrême honte et l'extrême gloire se fondent.
La lune est le pain à cacheter de la nature.
Une vertu qui n'a jamais été tentée n'est pas une vertu : c'est une hypothèse.
Il faut mépriser tout ce que l'on peut perdre.
Les bourgeois, par une vanité ridicule, font de leurs filles un fumier pour les terres des gens de qualité.
L'inconstance est souvent la marque d'une grande puissance de passions.
Si Dieu descendait sur la Terre, tous les peuples se mettraient a genoux, excepté les Français qui diraient : " Ah ! Vous êtes là ! C'est pas trop tôt ! On va pouvoir discuter un peu !
Nous sommes trop peureux pour supporter des responsabilités.
Que ce soit les sentiments qui amènent les événements. Non l'inverse.
Agis pour Dieu, il agira pour toi.
Tout ce que les hommes font de bien, ils le font pour essayer d'épater leurs femmes.
Hommes politiques face à la presse : ce n'est pas en crachant dans les miroirs qu'on guérit de l'eczéma.
En France, on fait de grands musées, pas de grands projets.
Autrefois les hommes chantaient en coeur autour d'une table ; maintenant c'est un seul homme qui chante, pour la raison absurde qu'il chante mieux. Si la civilisation l'emporte, bientôt un seul homme rira, parce qu'il rira mieux que les autres.
Un saint est comme une cloche en argent, plus elle est vieille, plus elle sonne juste.
Les vrais mobiles de nos actes ne sont-ils pas souvent dissimulés derrière une façade d'autant plus facile à ériger qu'elle répond à une nécessité instinctive ?
Si les réalisateurs travaillent toujours avec de belles comédiennes avec l'évidente arrière-pensée de se les taper, ils répugnent encore à travailler avec de beaux comédiens parce qu'ils ont peur de passer pour des homosexuels.
Les paradis sont faits pour être perdus.
Il a été donné à l'homme de penser pour savoir aimer. Le sait-il ? Il a été donné à l'homme de penser pour savoir survivre. Survit-il vraiment ?
La plus proche parenté, c'est la seule parenté avec qui on ne se familiarise pas.
L'homme ne fait que se poursuivre dans ce qu'il fait. Il n'est indispensable qu'à lui-même. Il n'est pas sensible à la détresse de l'humanité, il n'est sensible qu'à la sienne.
Qualités, capacités ou vertus peuvent être truquées, alors que les vices appartiennent à la vérité.
Je pense qu'il n'est pas bon de trop économiser ce bout de chandelle qu'est la vie et que, si on a tort de le brûler par les deux bouts, il faut en garder au moins toujours un allumé.
L'homme peut aspirer à la vertu ; il ne peut raisonnablement prétendre de trouver la vérité.
Le remords surgit chaque fois que quelqu'un part malheureux.
Le théâtre a toujours placé en exergue du monde ce qui le déchirait. Il n'existe que dans le rapport à la blessure dont le terme le plus commun est la psychose, la folie : l'histoire du théâtre est une longue histoire de fous, de possédés.
L'art de l'acteur, c'est la création et sa réitération.
Il est caractéristique de la nouvelle culture glauque des clubs de remise en forme que les entraîneurs personnels se permettent de se prendre pour des médecins sans avoir prononcé le serment d'Hippocrate.
Les souvenirs ne sont que des confettis jetés sur notre histoire.
Il n'y a pas d'oeuvres populaires destinées à un public spécifique, peu ou moyennement cultivé. Les oeuvres populaires doivent s'adresser à tous les publics et être assez accessibles pour être reçues par tous.
C'est le style qui crée réellement de la pensée.
Les idées sont des fonds qui ne portent intérêt qu'entre les mains du talent.
Indépendamment du but initial, nous aboutissons toujours à quelqu'autre arrivée, imprévue.
On place ses éloges comme on place de l'argent, pour qu'ils nous soient rendus avec les intérêts.
Rien n'est plus facile, plus inutile par conséquent, que d'être un poète quelconque.
C'est un grand malheur de perdre par notre caractère les droits que nos talents nous donnent sur la société.
Il n'y a aucun progrès qui ne se paye d'une perte.
Les vers ajoutent de l'esprit à la pensée de l'homme qui en a quelquefois assez peu ; et c'est ce qu'on appelle talent.
Un instrument qu'on ne remplace pas et qu'on ne perfectionne guère : c'est la charrue.