Accepter les dépendances que nous impose la nature, c'est la sagesse ; les aimer, c'est le bonheur.
Pour jouir de ce bonheur qu'on cherche tant et qu'on trouve si peu, la sagesse vaut mieux que le génie, l'estime que l'admiration, et les douceurs du sentiment que le bruit de la renommée.
Que sait-on de l'être humain si on ne le replace pas dans son éternité, bien sûr, mais aussi dans son histoire, dans sa vie quotidienne, dans ce qui se passe ?
Le bon sens est la forme d'aliénation la plus répandue.
Le propre d'une épouse avisée est de démontrer, la vie durant, à son mari, qu'il est trop bête pour elle et trop intelligent pour son salaire.
Ça compte, même quand c'est un chien, quelqu'un qui vous préfère à tout le reste du monde.
Presque tout ce qui caractérise l'humanité se résume par le mot culture.
Peste soit de ces gens qui ne savent pas se priver de l'essentiel pour se payer le superflu.
Si le monde explose, la dernière voix audible sera celle d'un expert disant que la chose est impossible.
Le vin est le symbole et le moyen de la communion sociale : la table entre tous les convives établit le même niveau et la coupe qui y circule nous pénètre envers nos voisins, d'indulgence, de compréhension et de sympathie.
Le noyau de l'homme est ferme, dur, peut-être même invariable. Mais ce qu'il fait dépend pour 99 % du hasard.
Dans le passé, une certaine garantie de permanence et de stabilité structurelles donnait des possibilités de travail aux générations suivantes. Actuellement, la logique de l'évolution capitaliste et ultranéolibérale détruit tout cela.
Il est plus facile à l'imagination de se composer un enfer avec la douleur qu'un paradis avec le plaisir.
Le meilleur remède des injures c'est de les mépriser.
Passage de l'intangible au tangible, l'équinoxe de printemps célèbre partout la naissance et la vie qui se déploie. C'est le temps de l'innocence, de l'éveil aux choses du dedans et du dehors. C'est le pouvoir de l'Est.
Triste, on hait le joyeux ; folâtre, on hait le triste.
Le cinéma est une seconde nature : c'est moi devant autrui.
Je me rappelais que mon père avait coutume de dire que le but de la vie c'est de se préparer à rester mort très longtemps.
Ne jamais négliger une information qu'on vous donne, même si sur le moment elle vous paraît sans importance, toutes les clefs ont leur serrure, il suffit d'attendre.
Dans la famille, paternelle comme maternelle nous étions bilingues dès le berceau : nous apprenions l'antisémitisme en même temps que le français.
Le brave examine avant d'agir ; le téméraire agit avant de réfléchir.
Les femmes ont le droit de travailler où elles veulent, à condition de préparer le dîner à leur retour à la maison.
C'est la province spéciale de la musique d'émouvoir le coeur.
Chez les miens, on a toujours jeûné le ramadan. C'était naturel, ça allait de soi, on n'en faisait pas toute une histoire. De nos jours, il ne suffit plus de jeûner, il faut aussi montrer à tout le monde que l'on jeûne, et il faut surveiller de près ceux qui ne jeûnent pas.
Le cerveau des poètes est un fond de mer où bien des coques reposent.
J'ai beaucoup mieux à faire que m'inquiéter de l'avenir. J'ai à le préparer.
En voyant le dimanche matin les gens jouer au tiercé on se met à penser que l'homme est la moins noble conquête du cheval.
Ne vous servez donc pas de ce terme élevé d'idéal quand nous avons pour cela, dans le langage usuel l'excellente expression de mensonge.
Le prix du chapeau n'est pas en rapport avec la cervelle qu'il coiffe.
Le crocodile est une chaussure qui bâille de la semelle.
L'égoïste vit dans l'horizon le plus étroit mais il le remplit.
Le grand public pense que les livres, comme les oeufs, gagnent à être consommés frais. C'est pour cette raison qu'il choisit toujours la nouveauté.
Mes amis deviennent de plus en plus rares. Il y en a qui meurent, et c'est à leur enterrement que j'ai le plaisir de voir les autres.
Le foin n'a pas la même odeur pour les chevaux et pour les amoureux.
N'importe qui étant bon à n'importe quoi, on peut, n'importe quand, le mettre n'importe où.
L'instinct paysan ? Un don qui permet à ceux qui le possèdent de percevoir les obscures machinations de la nature.
Le bonheur consiste sans doute à jongler efficacement avec les multiples réalités qui nous atteignent.
Pour être capable de faire le don de soi, il faut avoir pris possession de soi dans cette solitude douloureuse hors de laquelle rien n'est à nous et nous n'avons rien à donner.
Le bouddhisme place sur le même rang les êtres d'intelligence et de vertu égale, sans se préoccuper de leur sexe.
L'ancien doit-il s'effacer et donner du champ au nouveau ? Le nouveau se nourrit de l'ancien comme l'enfant du sein de sa mère.
La femme a été constituée par Dieu la garde-malade de l'homme. Son dévouement ne surmonte pas le dégoût : il l'ignore.
La littérature est aux lettres ce que le facteur est aux imprimés...
Ou bien on vit avec quelqu'un, ou bien on le désire. On ne peut pas désirer ce qu'on a, c'est contre nature.
En dépit des perfectionnements électroniques, il advient parfois que la bonne vieille feuille imprimée soit le moyen d'information le plus pratique.
Féminisme. Oui, je crois qu'il est convenable, avant que de faire un enfant à une femme, de lui demander si elle le veut.
Celui qui, fût-ce d'un atome, a le moindre soupçon de sa grandeur, s'annihile, devient rien.
J'ai foi dans le dollar. Je dépense tout ce que je gagne !
Le théâtre, c'est le souffleur. D'abord, il n'y a que lui qui sait toute la pièce !
Le bourgeois n'a d'autre rêve que de posséder alors que l'artiste n'a d'autre possession que ses rêves.
Le meilleur calligraphe n'est pas celui qui ne se trompe jamais, mais celui dont les ratures conservent un peu de sens et un reste de beauté.