Quand vous lisez dans les journaux "le pays s'est prononcé", comprenez qu'une moitié de la nation a réussi à opprimer l'autre.
Pour réussir les gens abusent aussi bien de leurs qualités que de leurs défauts.
Les yeux sont toujours plus tendres que le coeur.
Nous vivons dans un temps, où, si quelques-uns trouvent les galères à moitié chemin du pouvoir et de la fortune, il en est d'autres qui trouvent la fortune et le pouvoir à moitié chemin des galères.
Mes mots feront fortune : moi pas !
S'attaquer aux fumeurs est devenu le chic du chic de la rectitude politique. Cela s'appelle de l'opportunisme.
Ce sont toujours les odeurs, les sons, les petits faits sans importance apparente qui sont les plus tenaces et qui, le plus souvent, empêchent les jours de sombrer les uns après les autres dans l'oubli.
Le véritable exhibitionnisme consiste à montrer ce qu'on n'a pas.
Au théâtre, ni le directeur ni les acteurs ne comprennent la ridicule manie des auteurs de tenir à leur texte.
Les commentaires sont la partie la plus durable du plaisir.
Les touristes, leur manière de tout vérifier par rapport aux guides qu'ils trimbalent. Ils n'admirent pas : ils confrontent.
L'irréalité du monde est dans sa foudroyante réalité.
L'occasion. Notre seul pouvoir est de la saisir.
Tout ce qui vit vraiment est destructeur. On vit toujours aux dépens de quelqu'un d'autre.
On avait souhaité qu'un sang impur abreuve nos sillons sans savoir qu'un jour un déluge de sons impurs abreuverait nos microsillons.
C'est si masculin, la conquête, surtout celle qui s'avère difficile !
Tout automobiliste ambitieux est un assassin avec préméditation.
Où finit la paresse, où commence la contemplation ?
Un mauvais écrivain : il conjugue ses verbes au moins-que-parfait.
La religion, ce n'est pas gênant mais confortable. Savoir où l'on va est quand même rassurant.
Commencer un livre, ce sont les ténèbres à traverser. Pis encore, c'est un voyage au pays des morts.
Le temps est responsable de tout !
En gagnant du temps, avec une femme, on finit par gagner tout court.
Comme l'idée de devoir s'obnubile et se perd, quand on fouille sa conscience et qu'on découvre avec horreur que l'être humain ramène toujours tout à soi et ne cherche en somme qu'à se béatifier.
Il n'y a d'histoire digne d'attention que celle des peuples libres. L'histoire des peuples soumis au despotisme n'est qu'un recueil d'anecdotes.
Les citadins ne diffèrent guère des villageois. Ils adorent tous les ragots, à cette différence près que les derniers en consomment des timbales pleines tandis que les premiers les sirotent dans des dés à coudre.
Le théâtre n'est pas un musée où l'on peut s'attarder devant un tableau qu'on aime.
Si les applaudissements sont le pain des acteurs, les rappels en sont le beurre.
Les Allemands, dit-on, sont le premier peuple du monde au point de vue du sens artistique et de l'esprit scientifique. Certes ! Seulement il n'y a que très peu d'Allemands.
L'égalité est la plus horrible des injustices.
Les hommes sont comme cela : quand ils marchent, ils regardent devant eux. Ils n'avancent pas en fixant leurs pieds.
Le réel, au fond, n'existe qu'en soi. Il est foisonnant mais il foisonne pour rien si vous n'allez pas vous frotter à lui de la manière la plus violente ou la plus amoureuse, ce qui revient au même.
Que Dieu existe ou non, quelle importance puisque j'ai besoin de lui pour vivre !
Si vous faites attention, non à ce que vous pensez mais à la forme de votre pensée, vous vous apercevez que vous faites rarement des phrases complètes. Il y a des morceaux de rêves, un fantasme, un souvenir, des chansons. On a des scies dans la tête.
La loi de l'évolution est la plus importante de toutes les lois du monde parce qu'elle a présidé à notre naissance, qu'elle a régi notre passé, et dans une large mesure, elle contrôle notre avenir.
Il faut donc que le peuple rende malades les hommes d'Etat puisque chaque jour leur honneur maigrit ; mais au moins souvent leur corps engraisse.
L'artiste ne saura jamais assez combien de richesses gisent dans les terrains abandonnés de son enfance, et combien la reconquête de ces zones d'ombre restera toujours la clef de ses multiples problèmes.
Uniformisation de l'information ? Bien sûr, et même utilisation de cette uniformisation comme arme stratégique.
Qu'on le veuille ou non, la télévision ne se sépare pas de la publicité et la publicité alimente le jeu audiovisuel. Les deux se soutiennent puisqu'elles vivent l'une de l'autre, l'une par l'autre.
L'essentiel n'est pas de "parler haut" mais de parler juste.
La vie a un bon côté, même s'il est plus court que les autres.
Ce qui est immodéré est de courte durée.
Eviter par dessous tout la platitude, les combinaisons de mots que l'on a déjà vues des milliers de fois.
J'aime moins l'argent que vous puisque j'en dépense plus.
Il faisait si chaud que, sur le thermomètre, on pouvait lire : voir colonne suivante.
Je voudrais vivre assez vieux pour savoir ce que je deviendrai.
Le monde semble reposer sur la résignation de milliards d'inconnus.
Si l'on n'épouse pas les questions, les doutes et les délires de la société, pas la peine d'être acteur.
Un type qui se trouve tout en bas de l'échelle, humilié de tous, trouve habituellement du réconfort à en trouver un autre encore plus bas que lui, et à l'humilier à son tour.
La gaieté est la caractéristique la plus remarquable de l'Union soviétique.