Sur la littérature universelle plane un nuage d'alcool.
Jean d'Ormesson réussit ce qui est le plus difficile et le plus exigeant en littérature : être à la fois simple et profond.
Le théâtre est une domestication.
La littérature est une machine à fabriquer des souvenirs et de la mort, une manufacture de testaments. Aucun roman n'a jamais fait de projet d'avenir.
Le seul avantage pour moi d'avoir connu l'époque de la prohibition, c'est que n'importe quel alcool me paraît bon.
Le théâtre, c'est la générosité, le cinéma, c'est l'avarice. La caméra vient nous chercher, il faut tout garder. Le théâtre est le véritable espace d'expression du comédien.
Les société trop confiantes dans la littérature ont un rapport perturbé à la vérité ; les sociétés qui ne sont construites que sur l'alcool ont un rapport extrêmement perturbé à la vérité et à la littérature.
La littérature est un acte de non-savoir mais qui doit savoir.
La sagesse a ses excès et n'a pas moins besoin de modération que la folie.
Réussir au théâtre sans la presse, sans les amis, ni les ennemis, sans première ni répétition générale, voilà le rêve.
S'il n'y avait dans le monde que l'inébranlable, l'impérissable, l'inaltérable bourgeoisie, la littérature ne trouverait pas de matière. Le romancier ne peint jamais un ordre qu'en train de se déranger.
La littérature fait directement appel à l'imagination : lire, c'est une façon de faire fonctionner son imaginaire particulier.
Au fond, si le théâtre est le miroir de la société, il n'est rien du tout : un miroir, c'est purement passif.
Le théâtre est une intériorité nue qui marche dans la rue.
Le théâtre sert à créer une dialectique, pour que les gens réfléchissent à leur vie, à son sens : pourquoi est-on là et à quoi cela sert-il ?
Le bibliophile est à peu près à la littérature ce que le philatéliste est à la géographie.
Le théâtre est le seul lieu où les crimes puissent se changer en métaphores, et les morts en vivants.
La littérature est une blessure par où jaillit l'indispensable divorce entre les mots et les choses. Par cette plaie, nous pouvons perdre tout notre sang.
La littérature anticipe toujours la vie. Elle ne la copie point, mais la moule à ses fins.
Il ne s'agit pas de refuser l'autorité du pouvoir, nous sommes par bonheur en démocratie, mais d'intervenir au quotidien, au difficile équilibre entre le désordre et les excès de l'ordre.
La poésie mène au théâtre quand elle cesse d'être lyrique.
La vraie littérature a son propre calendrier, sa propre liberté qui n'a rien à voir avec la liberté extérieure.
Il est rare qu'un nuage prenne la forme d'un nuage.
Même le plus noir nuage a toujours sa frange d'or.
Dans un poème ou dans un conte, le sens n'importe guère ; ce qui importe, c'est ce que créent dans l'esprit du lecteur telles ou telles paroles dites dans tel ordre ou selon telle cadence.
La littérature n'est pas un objet de loisir, elle a une fonction humaine et grave, ce qui ne veut pas dire ennuyeuse.
Le théâtre doit parler des causes de la détresse humaine et des sources de la force humaine.
Le théâtre est le lieu où se rencontrent le monde visible et le monde invisible.
Nous sommes intoxiqués par la littérature au point de ne pouvoir vivre par nous-mêmes.
Le théâtre à Paris, ça n'est plus qu'un musée.
Une pièce de théâtre doit être le lieu où le monde visible et le monde invisible se touchent et se heurtent.