Le regret est un amplificateur du désir.
Les femmes sont les instruments interchangeables d'un plaisir toujours identique.
Une femme qu'on aime suffit rarement à tous nos besoins et on la trompe avec une femme qu'on n'aime pas.
L'oubli est un puissant instrument d'adaptation à la réalité parce qu'il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle.
Nous n'arrivons pas à changer les choses suivant notre désir, mais peu à peu notre désir change.
L'art véritable n'a que faire de proclamations et s'accomplit dans le silence.
Le bonheur, la possession de la beauté, ne sont pas des choses inaccessibles et nous avons fait Ïuvre inutile en y renonçant à jamais.
Les charmes d'une personne sont une cause moins fréquente d'amour qu'une phrase du genre de celle-ci : Non, ce soir je ne serai pas libre...
On n'aime que ce qu'on ne possède pas tout entier.
Aimer est un mauvais sort, comme ceux qu'il y a dans les contes, contre quoi on ne peut rien jusqu'à ce que l'enchantement ait cessé.
L'irresponsabilité aggrave les fautes.
C'est toujours l'attachement à l'objet qui amène la mort du possesseur.
Passé un certain âge, la mort de nos proches est la seule manière dont nous prenons agréablement conscience de notre existence.
Un nom, c'est bien souvent tout ce qui reste pour nous d'un être non pas même quand il est mort, mais de son vivant.
De même que les peuples ne sont pas longtemps gouvernés par une politique de pur sentiment, les hommes ne le sont pas par le souvenir de leur rêve.
La douleur est un aussi puissant modificateur de la réalité que l'ivresse.
Le bonheur est salutaire pour le corps, mais c'est le chagrin qui développe les forces de l'esprit.
Pour que les choses paraissent nouvelles, si elles sont anciennes, et même si elles sont nouvelles, il faut, en art, comme en médecine, comme en mondanité, des noms nouveaux.
Le mal seul fait remarquer et apprendre et permet de décomposer les mécanismes que sans cela on ne connaîtrait pas.
Les jours sont peut-être égaux pour une horloge, mais pas pour un homme.
Un même fait porte des rameaux opposites et le malheur qu'il engendre annule le bonheur qu'il avait causé.
Le témoignage des sens est, lui aussi, une opération de l'esprit où la conviction crée l'évidence.
Ce n'est pas parce que les autres sont morts que notre affection pour eux s'affaiblit, c'est parce que nous mourrons nous-mêmes.
Nous sommes attirés par toute vie qui nous représente quelque chose d'inconnu, par une dernière illusion à détruire.
Il y a quelque chose plus difficile encore que de s'astreindre à un régime, c'est de ne pas l'imposer aux autres.
La force qui fait le plus de fois le tour de la terre en une seconde, ce n'est pas l'électricité, c'est la douleur.
Une oeuvre où il y a des théories est comme un objet sur lequel on laisse la marque du prix.
Les beautés qu'on découvre le plus tôt sont aussi celles dont on se fatigue le plus vite.
Nous ne connaissons jamais que les passions des autres, et que ce que nous arrivons à savoir des nôtres, ce n'est que d'eux que nous avons pu l'apprendre.
La générosité n'est souvent que l'aspect intérieur que prennent nos sentiments égoïstes quand nous ne les avons pas encore nommés et classés.
Notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres.
On déteste ce qui nous est semblable, et nos propres défauts vus du dehors nous exaspèrent.
Les maximes les plus profondes sont celles où la pensée semble la plus indépendante des mots et de leur aménagement.
Il est faux de croire que l'échelle des craintes correspond à celle des dangers qui les inspirent. On peut avoir peur de ne pas dormir et nullement d'un duel sérieux, d'un rat et pas d'un lion.
Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie, mais de l'obscurité et du silence.
La vérité suprême de la vie est dans l'art.
Ce qu'on appelle se rappeler un être est en réalité l'oublier.
Il n'y a guère que le sadisme qui donne un fondement dans la vie à l'esthétique du mélodrame.
L'amour, même en ses plus humbles commencements, est un exemple frappant du peu qu'est la réalité pour nous.
On ne guérit d'une souffrance qu'à condition de l'éprouver pleinement.
Ce qui pour nous fait le bonheur ou le malheur de notre vie, constitue pour tout autre un fait presque imperceptible.
Rien n'est plus limité que le plaisir et le vice.
La jeunesse est cet heureux temps où l'on devrait plutôt dire qu'on ne doute de rien plutôt que de dire qu'on n'y doute pas de soi.
On refuse dédaigneusement, à cause de ce qu'on aime aujourd'hui, de voir ce qu'on aimera demain.
Pour une femme tout événement, même un deuil, se termine par un essayage.
Souvent, vous le savez, on dit d'un grand artiste : à côté de son génie, c'était une vieille bête qui avait les idées les plus étroites.
Le sens critique est soumission à la réalité intérieure.
Dans l'homme le plus méchant, il y a un pauvre cheval innocent qui peine.
Tout comme l'avenir, ce n'est pas tout à la fois, mais grain par grain que l'on goûte le passé.
L'érudition est une fuite loin de notre propre vie que nous n'avons pas le courage de regarder en face.
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