Dire que j'ai gâché des années de ma vie, que j'ai voulu mourir (...) pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n'était pas mon genre.
Le moi profond reste le meilleur des masques antirides.
Chaque être est détruit quand nous cessons de le voir ; puis son apparition suivante est une création nouvelle, différente de celle qui l'a immédiatement précédée, sinon de toutes.
La beauté des êtres n'est pas comme celle des choses. Nous sentons qu'elle est celle d'une créature unique, consciente et volontaire.
Nous disons la mort pour simplifier, mais il y en a presque autant que de personnes.
L'adolescence est le seul temps où l'on ait appris quelque chose.
Il n'est pas certain que le bonheur survenu trop tard... soit tout à fait le même que celui dont le manque nous rendait jadis si malheureux.
Ne pas la comprendre n'a jamais fait trouver une plaisanterie moins drôle.
Tout le mystère de sa beauté est dans l'éclat, dans l'énigme surtout de ses yeux. Je n'ai jamais vu une femme aussi belle.
Un livre est un grand cimetière où, sur la plupart des tombes, on ne peut plus lire les noms effacés.
On a tort de parler en amour de mauvais choix, puisque dès qu'il y a choix il ne peut être que mauvais.
La douleur est un aussi puissant modificateur de la réalité que l'ivresse.
Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous-mêmes.
Le sommeil est comme un second appartement que nous aurions et où, délaissant le nôtre, nous serions allés dormir.
Il est vraiment rare qu'on se quitte bien, car si on était bien, on ne se quitterait pas.
Il n'y a qu'une chose vraiment infâme, qui déshonore la créature que Dieu a faite à son image, le mensonge.
Nous localisons dans le corps d'une personne toutes les possibilités de sa vie, le souvenir des êtres qu'elle connaît et qu'elle vient de quitter, ou s'en va rejoindre.
Ce n'est pas à un autre homme intelligent qu'un homme intelligent aura peur de paraître bête.
Le nez est généralement l'organe où s'étale le plus aisément la bêtise.
Nous tenons de notre famille aussi bien les idées dont nous vivons que la maladie dont nous mourrons.
L'instinct d'imitation et l'absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules.
On ne supporte pas toujours bien les larmes qu'on fait verser.
Quand on se voit au bord de l'abîme et qu'il semble que Dieu vous ait abandonné, on n'hésite plus à attendre de lui un miracle.
La durée moyenne de la vie est beaucoup plus grande pour les souvenirs des sensations poétiques que pour ceux des souffrances du cÏur.
Nous pouvons causer pendant toute une vie sans rien dire que répéter indéfiniment le vide d'une minute.
On pardonne les crimes individuels, mais non la participation à un crime collectif.
Jamais Noé ne put si bien voir le monde que de l'arche malgré qu'elle fut close et qu'il fit nuit sur la terre.
La constance d'une habitude est d'ordinaire en rapport avec son absurdité.
Un homme qui dort tient en cercle autour de lui le fil des heures, l'ordre des années et des mondes.
On ne connaît pas son bonheur. On n'est jamais aussi malheureux qu'on croit.
Le chagrin est égoïste, et ne peut recevoir de remède de ce qui ne le touche pas.
L'idée qu'on mourra est plus cruelle que mourir, mais moins que l'idée qu'un autre est mort.
C'est là en effet un des grands et merveilleux caractères des beaux livres que pour l'auteur ils pourraient s'appeler "Conclusions" et pour le lecteur "Incitations".
En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même.
Aimer ses parents c'est prendre sur soi, agir par sa volonté pour leur faire plaisir.
On découvre au téléphone les inflexions d'une voix qu'on ne distingue pas tant qu'elle n'est pas dissociée d'un visage où on objective son expression.
Les oeuvres, comme dans les puits artésiens, montent d'autant plus haut que la souffrance a plus creusé le coeur.
Une femme qu'on aime suffit rarement à tous nos besoins et on la trompe avec une femme qu'on n'aime pas.
On peut tout ce qui ne dépend que de notre volonté.
La souffrance dans l'amour cesse par instants, mais pour reprendre d'une façon différente.
Nous trouvons de tout dans notre mémoire. Elle est une espèce de pharmacie, de laboratoire de chimie, où on met au hasard la main tantôt sur une drogue calmante, tantôt sur un poison dangereux.
On n'aime plus personne dès qu'on aime.
Le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses.
La louange la plus haute de Dieu est dans la négation de l'athée qui trouve la Création assez parfaite pour se passer d'un créateur.
Les années heureuses sont les années perdues, on attend une souffrance pour travailler.
L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions.
La vraie beauté est si particulière, si nouvelle, qu'on ne la reconnaît pas pour la beauté.
Nous n'arrivons pas à changer les choses suivant notre désir, mais peu à peu notre désir change.
Pour que les choses paraissent nouvelles, si elles sont anciennes, et même si elles sont nouvelles, il faut, en art, comme en médecine, comme en mondanité, des noms nouveaux.
Dans une langue que nous savons, nous avons substitué à l'opacité des sons la transparence des idées.
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