On est impuissant à trouver du plaisir, quand on se contente de le chercher.
Autrefois on rêvait de posséder le cÏur de la femme dont on était amoureux ; plus tard, sentir qu'on possède le cÏur d'une femme peut suffire à vous en rendre amoureux.
L'amour le plus exclusif pour une personne est toujours l'amour d'autre chose.
On peut quelquefois retrouver un être mais non abolir le temps.
Il n'y avait pas d'anormaux quand l'homosexualité était la norme.
L'accouplement des éléments contraires est la loi de la vie, le principe de la fécondation, et comme on verra, la cause de bien des malheurs.
Une parole de celle que nous aimons ne se conserve pas longtemps dans sa pureté ; elle se gâte, se pourrit.
Notre mémoire et notre coeur ne sont pas assez grands pour pouvoir être fidèles.
Toute action de l'esprit est aisée si elle n'est pas soumise au réel.
Les créatures qui ont joué un grand rôle dans notre vie, il est rare qu'elles en sortent tout d'un coup d'une façon définitive.
Le bonheur est dans l'amour un état anormal.
Une religion parle d'immortalité, mais entend par là quelque chose qui n'exclut pas le néant.
L'être que je serai après la mort n'a pas plus de raisons de se souvenir de l'homme que je suis depuis ma naissance que ce dernier ne se souvient de ce que j'ai été avant elle.
Dans la vie de la plupart des femmes, tout, même le plus grand chagrin, aboutit à une question d'essayage.
Souvent les femmes ne nous plaisent qu'à cause du contrepoids d'hommes à qui nous avons à les disputer.
Les passions sont comme des bibliothèques où le vulgaire séjourne sans connaître les trésors qu'elles contiennent.
A partir d'un certain âge, nos amours, nos maîtresses sont filles de notre angoisse.
La permanence et la durée ne sont promises à rien, pas même à la douleur.
Que de bonheurs possibles dont on sacrifie la réalisation à l'impatience d'un plaisir immédiat.
Ce que nous n'avons pas eu à déchiffrer, à éclaircir par notre effort personnel, ce qui était clair avant nous, n'est pas à nous.
On dédaigne volontiers un but qu'on n'a pas réussi à atteindre, ou qu'on a atteint définitivement.
Les choses dont on parle le plus souvent en plaisantant sont généralement celles qui ennuient, mais dont on ne veut pas avoir l'air ennuyé.
On devient moral dès qu'on est malheureux.
L'homme est l'être qui ne peut sortir de soi, qui ne connaît les autres qu'en soi, et, en disant le contraire, ment.
L'artiste qui renonce à une heure de travail pour une heure de causerie avec un ami sait qu'il sacrifie une réalité pour quelque chose qui n'existe pas.
Pour le baiser nos narines et nos yeux sont aussi mal placés que nos lèvres mal faites.
On ne profite d'aucune leçon parce qu'on ne sait pas descendre jusqu'au général et qu'on se figure toujours se trouver en présence d'une expérience qui n'a pas de précédents dans le passé.
Votre rêve le plus ardent est d'humilier qui vous a offensé. Mais si vous n'entendez plus jamais parler de lui, ayant changé de pays, votre ennemi finira par ne plus avoir pour vous aucune importance.
Il n'est de souvenir douloureux que des morts. Or ceux-ci se détruisent vite, et il ne reste plus autour de leurs tombes mêmes que la beauté de la nature, le silence, la pureté de l'air.
Un peu d'albumine, de sucre, d'arythmie cardiaque, n'empêche pas la vie de continuer normale pour celui qui ne s'en aperçoit même pas, alors que seul le médecin y voit la prophétie de catastrophes.
Chacun appelle "idées claires" celles qui sont au même degré de confusion que les siennes propres.
Les battements de mon coeur de minute en minute devenaient plus douloureux parce que j'augmentais mon agitation en me prêchant un calme qui était l'acceptation de mon infortune.
Peut-être l'immobilité des choses autour de nous leur est-elle imposée par notre certitude que ce sont elles et non pas d'autres, par l'immobilité de notre pensée en face d'elles.
Le peintre original procède à la façon des oculistes.
Ce ne sont pas les êtres qui existent réellement, mais les idées.
Une femme que nous entretenons ne nous semble pas une femme entretenue tant que nous ne savons pas qu'elle l'est par d'autres.
Les vivants ne sont que des morts qui ne sont pas encore entrés en fonction.
On se souvient d'une atmosphère parce que des jeunes filles y ont souri.
Les paradoxes d'aujourd'hui sont les préjugés de demain.
La possession de ce qu'on aime est une joie plus grande encore que l'amour.
On aime toujours un peu à sortir de soi, à voyager, quand on lit.
De profession à profession, on se devine, et de vice à vice aussi.
La manière chercheuse, anxieuse, exigeante, que nous avons de regarder la personne que nous aimons rend notre attention en face de l'être aimé trop tremblante pour qu'elle puisse obtenir de lui une image bien nette.
Un milieu élégant est celui où l'opinion de chacun est faite de l'opinion des autres. Est-elle faite du contre-pied de l'opinion des autres ? C'est un milieu littéraire.
Les hommes peuvent avoir plusieurs sortes de plaisirs. Le véritable est celui pour lequel ils quittent l'autre.
Ce sont nos passions qui esquissent nos livres, le repos d'intervalle qui les écrit.
La jalousie n'est souvent qu'un inquiet besoin de tyrannie appliquée aux choses de l'amour.
L'espérance est un acte de foi.
Il semble que le goût des livres croisse avec l'intelligence.
Avoir un corps, c'est la grande menace pour l'esprit.
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