Le meilleur des mondes n'est pas un monde où l'on obtient ce qu'on désire, mais un monde où l'on désire quelque chose.
Les pays où l'on s'habille le mieux sont ceux où l'on se déshabille le plus.
En province et surtout dans les bonnes villes du midi, où l'on fait excellente chère, un grand dîner est une affaire d'Etat. On en parle trois mois d'avance et la digestion en dure six semaines.
Une vente de charité est une réunion où l'on achète des objets qui proviennent d'un grenier et qu'on s'empresse de fourrer dans sa cave.
Les autres ne sont pas seulement le lieu où l'on s'aime soi-même mais aussi celui où l'on se hait.
Mais l'amour... ben l'amour ça ressemble à de l'eau, ça n'a aucune consistance et ça vous fuit entre les doigts, au moment où l'on s'y attend le moins.
Bien pauvre est le martyre où l'on s'offre sans ardeur.
Une vie est belle, où l'on commence par se croire quelque chose, et finit par ne se croire rien.
Faire l'amour est la seule activité sportive où l'on préfère s'entraîner que marquer un but.
Chaque début d'écriture est un retour à la case départ. Et la case départ, c'est un endroit où l'on se sent très seul. Un endroit où aucun de vos accomplissements passés ne compte.
J'habitais un petit village où l'on préférait ne pas bouffer mais avoir l'air, et ma mère préférait qu'on mange et qu'on n'ait pas l'air.
Il faut aimer une ville où l'on peut à la fois fumer et jouer dans une pharmacie.
Lorsqu'on couche longtemps avec une femme mariée, il y a toujours un moment où l'on est pour le mari.
On a honte de sa faiblesse passée et de l'abattement où l'on est tombé.
A travers tous les trafics, manipulations ou transmutations génétiques de l'espèce, on est arrivé à un point de non-retour où l'on ne peut plus déterminer ce qui est humain ou non humain.
Un grand livre est un livre où l'on peut mettre beaucoup de choses.
L'avantage, c'est qu'on ne recherche pas forcément un lieu avec des bancs ou des chaises. Nous, quel que soit le lieu où l'on va, on est déjà assis.
Vous ne le savez peut-être pas, mais au fond du désespoir, il y a une clairière blanche où l'on est presque heureux.
Le salon doit être un lieu où l'on se sent totalement à l'aise - temple de l'âme.
Il est un âge où l'on enseigne ce que l'on sait ; mais il en vient ensuite un autre où l'on enseigne ce que l'on ne sait pas : cela s'appelle chercher.
Je me découvre un jour dans un monde où les choses font mal ; un monde où l'on me réclame de me battre ; un monde où il est toujours question d'anéantissement ou de victoire.
L'Enfer, je le situe non au moment où l'on voit la mort ; mais au moment où l'on voit sa vie.
On tient à l'éloge et aux honneurs dans l'exacte mesure où l'on est pas sûre d'avoir réussi.
La mode de la Chine est fille de l'énigme. Trop de mystère décourageait la curiosité : un peu moins l'aiguillonne. Pendant les cinq premières années de la Révolution culturelle, on n'en apprenait pas assez sur ce pays en délire pour s'intéresser à lui ; ou l'on niait ce qui venait de lui.
Les Académies sont des sociétés comiques où l'on garde son sérieux.
Ce jour où l'on découvre que l'on n'est pas aimé de tout le monde. Qu'on ne le sera jamais, quelques efforts que l'on déploie, et même qu'on répugnera à certaines personnes. Qu'elles nous vomiront.
Je me demande à présent si ce que j'éprouvais était l'amour d'amitié, où le semblable aime le semblable et ne veut que le bien d'autrui, ou l'amour de concupiscence, où l'on veut son propre bien et l'incomplet ne veut que ce qui le complète.
On est tout surpris, un beau soir, de trouver la satiété où l'on cherchait le bonheur.
On va loin quand on ne sait pas où l'on va, et qui ne voit le but le passe.
Je viens d'une famille où l'on ne vit pas à découvert. J'en ai gardé des stigmates: je ne sais pas «claquer» ni flamber
Rien de plus difficile que de n'être pas soi-même ou que de ne l'être que jusqu'où l'on veut.
La façon dont on raconte l'Histoire contemporaine ressemble à un grand concert où l'on présenterait d'affilée les cent trente-huit opus de Beethoven mais en jouant seulement les huit premières mesures de chacun d'eux.
Il faut être commun, ou l'on meurt, d'étrangeté.
L'accent du pays où l'on est né demeure dans l'esprit et dans le coeur, comme dans le langage.
Ce n'est pas le manque ni la privation qui donne du désir : on ne manque que par rapport à un agencement dont on est exclu, mais on ne désire qu'en fonction d'un agencement où l'on est inclus.
Où l'on fait appel au talent, c'est que l'imagination fait défaut.
La patrie est aussi là où l'on est très mal.
En somme, les plus purs chefs-d'oeuvre sont ceux où l'on ne trouve plus aucun déchet inexpressif de formes, de lignes et de couleurs, mais où tout, absolument tout se résout en pensée et en âme.
Rien n'est humiliant comme de voir les sots réussir dans les entreprises où l'on échoue.
Avoir des liaisons considérables, ou même illustres, ne peut plus être un mérite pour personne, dans un pays où l'on plaît souvent par ses vices, et où l'on est quelquefois recherché pour ses ridicules.
La patrie, c'est là où l'on a mal.
Ah ! la guerre !... En chaque foyer, on lui donne deux sens distincts : calamité ou rédemption dépendant du bord où l'on s'est placé pour la considérer.
On admire toujours l'ouvrage où l'on retrouve ses pensées.
La vie n'est qu'un piège où l'on finit toujours par tomber.
Les choses où l'on a volonté, plus elles sont défendues et plus elles sont désirées.
Et qu'importe quel nom on imprimera à la tête de ton livre ou l'on gravera sur ta tombe ? Est-ce que tu liras ton épitaphe ?
Je ne suis plus à un âge où l'on fait sa vie, mais je suis à un âge où l'on fait volontiers une heure de vie.
Les seules académies vraiment vivantes sont celles où l'on meurt beaucoup.
Désert : endroit où l'on récolte du pétrole.
Je rêve de musées comme des librairies où l'entrée serait libre, où l'on pourrait venir à n'importe quelle heure regarder une seule oeuvre, sans file d'attente, sans passe, sans flèches, et se dire « je reviendrai demain ».