Les monuments aux morts des guerres que l'on perd sont moins laids que les monuments aux morts des guerres que l'on gagne.
La gloire est un vêtement de lumière qui ne s'ajuste bien qu'aux mesures des morts.
Il en est de certains souvenirs comme des morts, il ne faut point les évoquer.
Dieu est absent des champs de bataille et les morts du début de la guerre, ces pauvres petits pioupious en pantalon rouge garance oubliés dans l'herbe, faisaient des taches aussi nombreuses mais pas plus importantes que des bouses de vache dans un pré.
Ils ne savent pas que sans poésie, c'est eux qui sont morts.
La Joconde sourit parce que tous ceux qui lui ont dessiné des moustaches sont morts.
Ne porte pas en toi le cimetière. Les morts donnent la pestilence.
Oh ! ce son grave des cloches, comme si les morts eux-mêmes tiraient la corde avec leurs pieds !
Un au-delà ? Pourquoi pas ? Pourquoi les morts ne vivraient-ils pas ? Les vivants meurent bien.
Les vrais vaincus de la guerre, ce sont les morts.
En Espagne, les morts sont plus vivants que les morts des autres pays du monde.
Personne ne peut ressusciter les morts ni compléter leur destin.
Peut-être qu'en dormant on s'entraîne à mourir ? A moins que l'on ne dorme en mémoire des morts ?
Les morts sont toujours grands. Ce n'est pas sans conséquence : on pourrait en déduire que, pour être petit, il faut être vivant.
Ceux qui ont le mieux parlé de la mort sont morts.
Il faut convaincre les vivants que les morts ne savent pas chanter.
Les vivants ne sont que des morts qui ne sont pas encore entrés en fonction.
Il est des morts qu'il faut qu'on tue !
Chaque fois que nous ouvrons la bouche, dix mille morts parlent à travers nous.
Les hommes gardent les portes de la société, qui engendre des morts et développe la haine. Les femmes gardent les portes de la nature, qui fabrique la vie et exige de l'amour.
Les seuls espaces libres sont les cimetières dont la superficie dépasse presque, dans Paris même, la superficie des jardins. Honneur à la ville qui prévoit plus d'oxygène pour ses morts que pour ses vivants.
La route du passé se mesure par les morts qu'on a laissés tout au long.
Un mort en France est plus émouvant que 10 000 morts à l'étranger. Le premier est une tragédie, les seconds une statistique. La sensibilité suit la loi de la proximité.
Chaque jour, je me rappelle que ma vie intérieure et extérieure est basée sur le travail d'autres hommes, vivants et morts, et que je dois faire tout ce qui est en mon pouvoir pour donner dans la même mesure que ce que j'ai reçu et que je reçois encore.
Commencer un livre, ce sont les ténèbres à traverser. Pis encore, c'est un voyage au pays des morts.
Impossible de séparer vitalité et mortalité... à moins de vouloir créer de toutes pièces une génération de morts-vivants, de zombies, qui seraient aux sociétés futures ce que l'esclave était aux sociétés du passé.
Seuls les morts peuvent ressusciter. Pour les vivants, c'est plus difficile.
Ce qu'il y a de plus heureux pour les historiens, c'est que les morts ne puissent protester.
Chez l'homme civilisé, la crainte de ses morts n'a rien de commun avec le mysticisme des primitifs. Elle est un retour de flamme de sa conscience, un déguisement de ses remords.
Nous voyons les mêmes étoiles que les morts et l'odeur qui monte de la terre est le fantôme de toutes ses fleurs.
On ne peut pas réparer la chair qui a été blessée, on ne se console pas de l'absence de nos morts.
Les chambres de ceux qui sont morts jeunes sont le sanctuaire de leur absence, mais aussi le refuge de la lâcheté des vivants.
Les morts n'ont pas de noms. Et nous ne devrions pas non plus. Sans nom ni passé, ceux d'entre nous qui sont assez forts pour être encore vivants ici peuvent se connaître à un niveau primitif.
Il vaut mieux insulter les morts qu'insulter les vivants, on ne risque pas de se ramasser une baffe.
On cloue les cercueils comme si on avait peur que les morts s'envolent.
Les violettes sont le sourire des morts.
Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.
Nous devrions garder le silence sur ceux qui sont au pouvoir ; en dire du bien implique presque de la flatterie ; dire du mal d'eux de leur vivant est dangereux, et quand ils sont morts, c'est lâche.
L'honneur est un luxe de vivant, il n'a plus cours chez les morts.
Les morts ont forcément le dernier mot, ils ne lâchent jamais prise, ils sont en vous désormais.
J'entends rire les morts quand on parle de dieux.
Il n'y a pas de belle mort. Il y en a qui sont belles à raconter - mais, celles-là, ce sont les morts des autres.
C'est un bien petit espace qui sépare les vivants des morts. La preuve : vous pouvez le franchir en quelques secondes.
Comme ils souffrent, les morts qu'on n'aime plus !
Le public est si malin qu'il rend moins volontiers justice aux vivants qu'aux morts, et que souvent il n'élève les morts que pour rabaisser les vivants.
Un économiste est un chirurgien doté d'un excellent scalpel et d'une lancette à tranchant rugueux, qui opère magnifiquement les morts et torture les vivants.
Pourquoi les annonces des journaux indiquent l'âge des morts, par exemple, et jamais celui des nouveau-nés ?
Je suis un arbre aux branches folles,L'épouvantail, le sous-marin...J'ai plusieurs morts. Une paroleSuffit à me tuer. Je crains
Que les morts deviennent bons, compréhensibles et désirables à mesure que l'absence et le temps les éloignent.
Tout de même, on se repent des torts irréparables, des torts qu'on a eus envers des gens qui sont morts.