Le délire est sans conteste plus beau que le doute, mais le doute est plus solide.
Le tourment chez certains est un besoin, un appétit, et un accomplissement. Partout ils se sentent diminués, sauf en enfer.
La poésie a, comme la vie, l'excuse de ne rien prouver.
Je crois au salut de l'humanité, à l'avenir du cyanure...
Le spermatozoïde est le bandit à l'état pur.
Quand nous ne sommes plus enfants, nous sommes déjà morts.
Ne comprend vraiment la religion, que celui-là seul qui, s'il écoutait son instinct le plus profond, pousserait un "au secours" si fort, si dévastateur, qu'aucun dieu n'y survivrait.
Vivre signifie : croire et espérer, mentir et se mentir.
Chercher un sens à quoi que ce soit est moins le fait d'un naïf que d'un masochiste.
Tout désespoir est un ultimatum à Dieu.
Bien plus que le temps, c'est le sommeil qui est l'antidote du chagrin.
Il n'y a rien de plus agréable que de dérouter les gens.
Par peur d'être quelconque, j'ai fini par n'être rien.
Si les impuissants savaient combien la nature fut maternelle pour eux, ils béniraient le sommeil des glandes et le vanteraient aux coins des rues.
À quoi bon fréquenter Platon, quand un saxophone peut aussi bien nous faire entrevoir un autre monde ?
Le renoncement est la seule variété d'action qui ne soit pas avilissante.
Il n'est pas élégant d'abuser de la malchance : certains individus , comme certains peuples s'y complaisent tant, qu'ils déshonorent la tragédie.
Dit vrai qui dit les autres.
Des opinions, oui ; des convictions, non. Tel est le point de départ de la fierté intellectuelle.
Un homme ennuyeux est un homme incapable de s'ennuyer.
Orgueil moderne : j'ai perdu l'amitié d'un homme que j'estimais, pour m'être acharné à lui répéter que j'étais plus dégénéré que lui...
Le combat que se livrent en chaque individu le fanatique et l'imposteur est cause que nous ne savons jamais à qui nous adresser.
Espérer, c'est démentir l'avenir.
Il est incroyable que la perspective d'avoir un biographe n'ait fait renoncer personne à avoir une vie.
Être libre signifie, avant tout, être responsable vis-à-vis de soi-même.
Si l'amour n'était pas ce mélange insoluble de crime prémédité et d'infinie délicatesse, comme il serait aisé de le réduire à une parole ! Mais les souffrances de l'amour dépassent les tragédies de Job... L'érotisme est une lèpre éthérée...
La paresse est un scepticisme de la chair.
Quiconque n'est pas mort jeune mérite de mourir.
L'aphorisme ? Un feu sans flamme. On comprend que personne ne veuille s'y réchauffer.
Si l'on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur-le-champ.
Je rêve d'une langue dont les mots, comme les poings, fracasseraient les mâchoires.
Exister serait une entreprise totalement impraticable si on cessait d'accorder de l'importance à ce qui n'en a pas.
Celui qui a vécu jusqu'au bout l'orgueil de la solitude n'a plus qu'un rival : Dieu.
Expliquer quoi que ce soit par Dieu, c'est céder à une solution de facilité. Dieu n'explique rien, c'est là sa force.
On n'écrit pas parce qu'on a quelque chose à dire mais parce qu'on a envie de dire quelque chose.
Tout homme qui a une conviction, quelle qu'elle soit, a un dieu ; que dis-je, il croit en Dieu. Car toute conviction postule l'absolu ou y supplée.
La pâleur montre jusqu'où le corps peut comprendre l'âme.
Le fait que j'existe prouve que le monde n'a pas de sens.
Journal : le besoin de consigner toutes les réflexions amères, par l'étrange peur qu'on arriverait un jour à ne plus être triste...
Le seul argument contre l'immortalité est l'ennui.
On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu'on n'oserait confier à personne.
J'exècre cette vie que j'idôlatre.
La mort, quel déshonneur ! Devenir soudain objet...
Je vadrouille à travers les jours comme une putain dans un monde sans trottoirs.
Plus encore que dans le poème, c'est dans l'aphorisme que le mot est dieu.
Toutes les rancunes viennent de ce que, restés au-dessous de nous-mêmes, nous n'avons pu nous rejoindre. Cela, nous le pardonnons jamais aux autres.
Pourquoi nous retirer et abandonner la partie, quand il nous reste tant d'êtres à décevoir ?
Etre libre, c'est s'exercer à n'être rien.
Pensent profondément ceux-là seuls qui n'ont pas le malheur d'être affligés du sens du ridicule.
Il n'est guère qu'un signe qui atteste qu'on a tout compris : pleurer sans sujet.