Vivre signifie : croire et espérer, mentir et se mentir.
Chercher un sens à quoi que ce soit est moins le fait d'un naïf que d'un masochiste.
Les Anglais sont un peuple de pirates qui, après avoir pillé le monde, ont commencé à s'ennuyer.
La poésie a, comme la vie, l'excuse de ne rien prouver.
Quand nous ne sommes plus enfants, nous sommes déjà morts.
À quoi bon fréquenter Platon, quand un saxophone peut aussi bien nous faire entrevoir un autre monde ?
Il n'y a rien de plus agréable que de dérouter les gens.
Si les impuissants savaient combien la nature fut maternelle pour eux, ils béniraient le sommeil des glandes et le vanteraient aux coins des rues.
Bien plus que le temps, c'est le sommeil qui est l'antidote du chagrin.
Espérer, c'est démentir l'avenir.
Quand je crie : Seigneur ! Il existe l'espace de mon cri. Cela suffit : que puis-je souhaiter de plus ?
Dit vrai qui dit les autres.
Il n'est pas élégant d'abuser de la malchance : certains individus , comme certains peuples s'y complaisent tant, qu'ils déshonorent la tragédie.
Le combat que se livrent en chaque individu le fanatique et l'imposteur est cause que nous ne savons jamais à qui nous adresser.
Tout désespoir est un ultimatum à Dieu.
La paresse est un scepticisme de la chair.
Être libre signifie, avant tout, être responsable vis-à-vis de soi-même.
Un homme ennuyeux est un homme incapable de s'ennuyer.
Il est incroyable que la perspective d'avoir un biographe n'ait fait renoncer personne à avoir une vie.
Des opinions, oui ; des convictions, non. Tel est le point de départ de la fierté intellectuelle.
Au zoo. Toutes ces bêtes ont une tenue décente, hormis les singes. On sent que l'homme n'est pas loin.
Ce n'est pas l'oiseau que je sculpte, mais le vol.
Si l'amour n'était pas ce mélange insoluble de crime prémédité et d'infinie délicatesse, comme il serait aisé de le réduire à une parole ! Mais les souffrances de l'amour dépassent les tragédies de Job... L'érotisme est une lèpre éthérée...
Quiconque n'est pas mort jeune mérite de mourir.
Si l'on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur-le-champ.
Le pessimisme, cette cruauté des vaincus qui ne sauraient pardonner à la vie d'avoir trompé leur attente.
L'aphorisme ? Un feu sans flamme. On comprend que personne ne veuille s'y réchauffer.
Orgueil moderne : j'ai perdu l'amitié d'un homme que j'estimais, pour m'être acharné à lui répéter que j'étais plus dégénéré que lui...
Celui qui a vécu jusqu'au bout l'orgueil de la solitude n'a plus qu'un rival : Dieu.
On n'écrit pas parce qu'on a quelque chose à dire mais parce qu'on a envie de dire quelque chose.
Toutes les rancunes viennent de ce que, restés au-dessous de nous-mêmes, nous n'avons pu nous rejoindre. Cela, nous le pardonnons jamais aux autres.
Etre libre, c'est s'exercer à n'être rien.
La pâleur montre jusqu'où le corps peut comprendre l'âme.
J'exècre cette vie que j'idôlatre.
Exister serait une entreprise totalement impraticable si on cessait d'accorder de l'importance à ce qui n'en a pas.
Le seul argument contre l'immortalité est l'ennui.
Tout homme qui a une conviction, quelle qu'elle soit, a un dieu ; que dis-je, il croit en Dieu. Car toute conviction postule l'absolu ou y supplée.
Expliquer quoi que ce soit par Dieu, c'est céder à une solution de facilité. Dieu n'explique rien, c'est là sa force.
Le fait que j'existe prouve que le monde n'a pas de sens.
La mort, quel déshonneur ! Devenir soudain objet...
Le plus acceptable des systèmes est celui de n'en avoir par principe aucun.
Journal : le besoin de consigner toutes les réflexions amères, par l'étrange peur qu'on arriverait un jour à ne plus être triste...
Le réel me donne de l'asthme.
On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu'on n'oserait confier à personne.
Pourquoi nous retirer et abandonner la partie, quand il nous reste tant d'êtres à décevoir ?
Pensent profondément ceux-là seuls qui n'ont pas le malheur d'être affligés du sens du ridicule.
Il y a du charlatan dans quiconque triomphe en quelque domaine que ce soit.
Plus encore que dans le poème, c'est dans l'aphorisme que le mot est dieu.
On ne peut être normal et vivant à la fois.
Tout persécute nos idées, à commencer par notre cerveau.