Au zoo. Toutes ces bêtes ont une tenue décente, hormis les singes. On sent que l'homme n'est pas loin.
Dieu a exploité tous nos complexes d'infériorité, en commençant par notre incapacité de croire à notre propre divinité.
La poésie a, comme la vie, l'excuse de ne rien prouver.
Bien plus que le temps, c'est le sommeil qui est l'antidote du chagrin.
Le spermatozoïde est le bandit à l'état pur.
Quelques générations encore, et le rire, réservé aux initiés, sera aussi impraticable que l'extase.
Seuls sont heureux ceux qui ne pensent jamais, autrement dit ceux qui ne pensent que le strict minimum nécessaire pour vivre.
Je crois au salut de l'humanité, à l'avenir du cyanure...
À quoi bon fréquenter Platon, quand un saxophone peut aussi bien nous faire entrevoir un autre monde ?
Exister serait une entreprise totalement impraticable si on cessait d'accorder de l'importance à ce qui n'en a pas.
Le tourment chez certains est un besoin, un appétit, et un accomplissement. Partout ils se sentent diminués, sauf en enfer.
Des opinions, oui ; des convictions, non. Tel est le point de départ de la fierté intellectuelle.
Chercher un sens à quoi que ce soit est moins le fait d'un naïf que d'un masochiste.
Le renoncement est la seule variété d'action qui ne soit pas avilissante.
Vivre signifie : croire et espérer, mentir et se mentir.
Je rêve d'une langue dont les mots, comme les poings, fracasseraient les mâchoires.
Il n'y a rien de plus agréable que de dérouter les gens.
Par peur d'être quelconque, j'ai fini par n'être rien.
Si les impuissants savaient combien la nature fut maternelle pour eux, ils béniraient le sommeil des glandes et le vanteraient aux coins des rues.
Il n'est pas élégant d'abuser de la malchance : certains individus , comme certains peuples s'y complaisent tant, qu'ils déshonorent la tragédie.
Si l'amour n'était pas ce mélange insoluble de crime prémédité et d'infinie délicatesse, comme il serait aisé de le réduire à une parole ! Mais les souffrances de l'amour dépassent les tragédies de Job... L'érotisme est une lèpre éthérée...
Orgueil moderne : j'ai perdu l'amitié d'un homme que j'estimais, pour m'être acharné à lui répéter que j'étais plus dégénéré que lui...
Dit vrai qui dit les autres.
Il est incroyable que la perspective d'avoir un biographe n'ait fait renoncer personne à avoir une vie.
Quiconque n'est pas mort jeune mérite de mourir.
Le combat que se livrent en chaque individu le fanatique et l'imposteur est cause que nous ne savons jamais à qui nous adresser.
Un homme ennuyeux est un homme incapable de s'ennuyer.
Je vadrouille à travers les jours comme une putain dans un monde sans trottoirs.
Être libre signifie, avant tout, être responsable vis-à-vis de soi-même.
L'aphorisme ? Un feu sans flamme. On comprend que personne ne veuille s'y réchauffer.
Si l'on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur-le-champ.
La paresse est un scepticisme de la chair.
On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu'on n'oserait confier à personne.
La pâleur montre jusqu'où le corps peut comprendre l'âme.
Le seul argument contre l'immortalité est l'ennui.
Plus encore que dans le poème, c'est dans l'aphorisme que le mot est dieu.
Et avec quelle quantité d'illusions ai-je dû naître pour pouvoir en perdre une chaque jour !
Tout homme qui a une conviction, quelle qu'elle soit, a un dieu ; que dis-je, il croit en Dieu. Car toute conviction postule l'absolu ou y supplée.
Il n'est guère qu'un signe qui atteste qu'on a tout compris : pleurer sans sujet.
On n'écrit pas parce qu'on a quelque chose à dire mais parce qu'on a envie de dire quelque chose.
Celui qui a vécu jusqu'au bout l'orgueil de la solitude n'a plus qu'un rival : Dieu.
Espérer, c'est démentir l'avenir.
Journal : le besoin de consigner toutes les réflexions amères, par l'étrange peur qu'on arriverait un jour à ne plus être triste...
Expliquer quoi que ce soit par Dieu, c'est céder à une solution de facilité. Dieu n'explique rien, c'est là sa force.
Pourquoi nous retirer et abandonner la partie, quand il nous reste tant d'êtres à décevoir ?
Tout acte est un coup de revolver cérébral.
Je sens que je suis libre mais je sais que je ne le suis pas.
Le fait que j'existe prouve que le monde n'a pas de sens.
J'exècre cette vie que j'idôlatre.
La mort, quel déshonneur ! Devenir soudain objet...