La musique, système d'adieux, évoque une physique dont le point de départ ne serait pas les atomes, mais les larmes.
La sainteté me fait frémir, cette ingérence dans les malheurs d'autrui, cette barbarie de la charité, cette pitié sans scrupules...
La lucidité complète, c'est le néant.
Une seule chose importe : apprendre à être perdant.
On cesse d'être jeune au moment où l'on ne choisit plus ses ennemis, où l'on se contente de ceux qu'on a sous la main.
Les profondeurs du mal confèrent une supériorité irritante ; peut-être les hommes ont-ils adoré Dieu par jalousie envers le Diable.
Mystère. Mot dont nous nous servons pour tromper les autres, pour leur faire croire que nous sommes plus profonds qu'eux.
J'aime ton amour, et je désire ton désir.
Malheur au livre qu'on peut lire sans s'interroger tout le temps sur l'auteur !
Si le chien est le plus méprisé des animaux, c'est que l'homme se connaît trop bien pour pouvoir apprécier un compagnon qui lui est si fidèle.
L'homme accepte la mort, mais non l'heure de sa mort. Mourir n'importe quand, sauf quand il faut que l'on meure.
Un silence abrupt au milieu d'une conversation nous ramène soudain à l'essentiel : il nous révèle de quel prix nous devons payer l'invention de la parole.
Tout sans Dieu est néant ; et Dieu n'est que le néant suprême.
Le cynisme de l'extrême solitude est un calvaire qu'atténue l'insolence.
Pourtant la fonction des yeux n'est pas de voir mais de pleurer ; et pour voir réellement il nous faut les fermer.
Les opportunistes ont sauvé les peuples ; les héros les ont ruinés.
Si l'on devait vivre éternellement, tout deviendrait monotone. C'est l'idée de la mort qui nous talonne. C'est la hantise et le désir de l'homme de laisser une trace indélébile de son éphémère passage sur cette terre qui donnent naissance à l'art.
Pourquoi je ne me suicide pas ? Parce que la mort me dégoûte autant que la vie.
Quand on sait que tout problème est un faux problème, on est dangereusement près du salut.
La photographie, c'est la conscience même de la peinture. Elle lui rappelle sans cesse ce qu'elle ne doit pas faire.
Le degré d'inhumanité d'une religion en garantit la force et la durée : une religion libérale est une moquerie ou un miracle.
Toute idée féconde tourne en pseudo-idée, dégénère en croyance. Il n'est guère qu'une idée stérile qui conserve son statut d'idée.
La hauteur chante ce qu'on parle dans la profondeur.
La bonne musique de film, c'est la bonne musique tout court, celle qui doit pouvoir s'écouter sans images.
La vie n'est possible que par les déficiences de notre imagination et de notre mémoire.
Une civilisation débute par le mythe et finit par le doute.
Les romantiques furent les derniers spécialistes du suicide. Depuis, on le bâcle...
Nous ne devrions déranger nos amis que pour notre enterrement. Et encore !
N'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi.
Quelques générations encore, et le rire, réservé aux initiés, sera aussi impraticable que l'extase.
Je ne voudrais pas perdre ma raison. Mais il y a tant de vulgarité à la garder !
Vivre à même l'éternité, c'est vivre au jour le jour.
La religion est une fatigante solution de paresse.
La meilleure manière de nous éloigner des autres est de les inviter à jouir de nos défaites ; après, nous sommes sûrs de les haïr pour le reste de nos jours.
Dieu a exploité tous nos complexes d'infériorité, en commençant par notre incapacité de croire à notre propre divinité.
Le spermatozoïde est le bandit à l'état pur.
Tant la solitude me comble que le moindre rendez-vous m'est une crucifixion.
On meurt depuis toujours et cependant la mort n'a rien perdu de sa fraîcheur.
Tout ce qui nous gêne nous permet de nous définir. Sans infirmités, point de conscience de soi.
Le tourment chez certains est un besoin, un appétit, et un accomplissement. Partout ils se sentent diminués, sauf en enfer.
Je crois au salut de l'humanité, à l'avenir du cyanure...
Seuls sont heureux ceux qui ne pensent jamais, autrement dit ceux qui ne pensent que le strict minimum nécessaire pour vivre.
Les rêves sont menteurs ; chier dans son lit, il n'y a que ça de vrai.
Le délire est sans conteste plus beau que le doute, mais le doute est plus solide.
Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter.
Il serait difficile de considérer comme du temps perdu tous ces siècles pendant lesquels l'homme s'est épuisé à chercher une définition de Dieu.
La vie est le roman de la matière.
La musique est une illusion qui rachète toutes les autres.
Le renoncement est la seule variété d'action qui ne soit pas avilissante.
Ne comprend vraiment la religion, que celui-là seul qui, s'il écoutait son instinct le plus profond, pousserait un "au secours" si fort, si dévastateur, qu'aucun dieu n'y survivrait.