Redouter l'échec, c'est redouter le ridicule, il n'y a rien de plus mesquin. Aller de l'avant - c'est justement ne pas craindre de devenir la risée de ses semblables.
Qu'est ce que la capacité d'apprendre, sinon un aspect de l'éternité ?
Dieu seul a le privilège de nous abandonner. Les hommes ne peuvent que nous lâcher.
Il n'est qu'un esprit lézardé pour avoir des ouvertures sur l'au-delà.
Mon secret était simple : je n'avais pas le sens de la mesure. Au fond, c'est la clé de toute vitalité.
S'ennuyer, c'est chiquer du temps pur.
La seule chose qui élève l'homme au-dessus de l'animal est la parole ; et c'est elle aussi qui le met souvent au-dessous.
Je ne crois pas avoir raté une seule occasion d'être triste.
Il est évident que Dieu était une solution, et qu'on n'en trouvera jamais une autre qui soit aussi satisfaisante.
Il est des gens si bêtes que si une idée apparaissait à la surface de leur cerveau, elle se suiciderait, terrifiée de solitude.
Tout commentaire d'une oeuvre est mauvais ou inutile, car tout ce qui n'est pas discret est nul.
On n'est malheureux que parce qu'on a une idée trop nette sur le bien et le mal.
Serf, ce peuple, bâtissait des cathédrales ; émancipé, il ne construit que des horreurs.
Les gais commettent plus de folies que les gens tristes, mais les gens tristes en commettent de plus graves.
La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair.
En vieillissant, on apprend à troquer ses terreurs contre ses ricanements.
L'idée de Dieu aura fait de l'usage ! On ne voit pas par quoi la remplacer. Pourquoi alors l'homme ne ferait-il pas tout pour la garder, pour s'y cramponner ? De toute façon il ne trouvera pas mieux.
Toute existence est, nécessairement, un processus de décomposition.
L'anecdote est à l'origine de toute expérience capitale.
La barbarie est accessible à quiconque : il suffit d'y prendre goût.
On s'accommoderait aisément des chagrins, si la raison ou le foie n'y succombait.
La taille directe est la vraie route de la sculpture mais ça n'est pas le bon chemin pour ceux qui ne savent pas marcher.
L'interminable est la spécialité des indécis.
C'est à coup d'excitants (café, tabac) que j'ai écrit tous mes livres. A quoi tient l'activité de l'esprit !
Ne se suicident que les optimistes qui ne peuvent plus l'être. Les autres, n'ayant aucune raison de vivre, pourquoi en auraient-ils de mourir ?
Je sens que je suis libre mais je sais que je ne le suis pas.
Puisqu'on ne se souvient que des humiliations et des défaites, à quoi donc aura servi le reste ?
Malheur à l'incroyant qui, face à ses insomnies, ne dispose que d'un stock réduit de prières !
Il est inélégant de se plaindre de la vie tant qu'on peut s'aménager une heure de solitude par jour.
Toute pensée est une sensation contrariée.
Toute morale n'a d'autre but que de transformer cette vie en une somme d'occasions perdues.
Il tombe sous le sens que Dieu était une solution, et qu'on n'en trouvera jamais une aussi satisfaisante.
Les hommes chantent parce qu'ils ont goûté à la mort.
Faute de composer avec le monde, il a bien fallu composer avec le mot.
L'échec, toujours essentiel, nous dévoile à nous-mêmes, il nous permet de nous voir comme Dieu nous voit.
Un livre qui, après avoir tout démoli, ne se démolit pas lui-même, nous aura exaspérés en vain.
Ce qui n'est pas déchirant est superflu, en musique tout au moins.
Nul être soucieux de son équilibre ne devrait dépasser un certain degré de lucidité et d'analyse.
Un livre est un suicide différé.
Si chacun dit le contraire, c'est parce qu'il a raison.
L'exilé doit être capable de pénétrer le sens caché de ses errances et de les comprendre comme autant d'épreuves initiatiques qui le ramènent vers le centre.
S'ennuyer c'est chiquer du temps.
Qu'est-ce qu'une crucifixion unique, auprès de celle, quotidienne, qu'endure l'insomniaque ?
Nous sommes tous des farceurs : nous survivons à nos problèmes.
L'historien qui se mêle de juger le passé fait du journalisme dans un autre siècle.
Dieu n'est pas à la hauteur. Il n'est même pas dans le bottin.
Les philosophes sont bien trop orgueilleux pour avouer leur peur de la mort, et trop prétentieux pour reconnaitre à la maladie une fécondité spirituelle.
Heureux en amour, Adam nous eût épargné l'Histoire.
Quand on ne croit plus au Paradis, on commence à croire au spiritisme.
On est et on demeure esclave aussi longtemps que l'on n'est pas guéri de la manie d'espérer.