Nul ne peut veiller sur sa solitude, s'il ne sait se rendre odieux.
Toute morale n'a d'autre but que de transformer cette vie en une somme d'occasions perdues.
Tout commentaire d'une oeuvre est mauvais ou inutile, car tout ce qui n'est pas discret est nul.
Or, la solitude n'est-elle pas un terrain propice à la folie ?
Tout absolu - personnel ou abstrait - est une façon d'escamoter les problèmes.
Redouter l'échec, c'est redouter le ridicule, il n'y a rien de plus mesquin. Aller de l'avant - c'est justement ne pas craindre de devenir la risée de ses semblables.
Toutes les doctrines d'action et de combat, avec leur appareil et leurs schémas, ne furent inventées que pour donner aux hommes bonne conscience, en leur permettant de se haïr... noblement, sans gêne ni remords.
Serf, ce peuple, bâtissait des cathédrales ; émancipé, il ne construit que des horreurs.
La barbarie est accessible à quiconque : il suffit d'y prendre goût.
Nous aurions dû être dispensés de traîner un corps. Le fardeau du moi suffisait.
La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair.
Méfiez-vous de ceux qui ont tourné le dos à l'amour, à l'ambition, à la société. Ils se vengeront d'y avoir renoncé.
Il n'est qu'un esprit lézardé pour avoir des ouvertures sur l'au-delà.
Ma statue, c'est la synthèse de la femme, l'Eternel féminin de Goethe, réduit à son essence. Cinq ans, j'ai travaillé, j'ai fait dire à la matière l'inexprimable. Et je crois, enfin vainqueur, avoir dépassé la matière.
Il est des gens si bêtes que si une idée apparaissait à la surface de leur cerveau, elle se suiciderait, terrifiée de solitude.
Il est évident que Dieu était une solution, et qu'on n'en trouvera jamais une autre qui soit aussi satisfaisante.
Je ne crois pas avoir raté une seule occasion d'être triste.
Les philosophes sont bien trop orgueilleux pour avouer leur peur de la mort, et trop prétentieux pour reconnaitre à la maladie une fécondité spirituelle.
On ne peut expliquer un paradoxe, non plus qu'un éternuement. D'ailleurs, le paradoxe n'est-il pas un éternuement de l'esprit ?
Dieu seul a le privilège de nous abandonner. Les hommes ne peuvent que nous lâcher.
Il est inélégant de se plaindre de la vie tant qu'on peut s'aménager une heure de solitude par jour.
Qu'est ce que la capacité d'apprendre, sinon un aspect de l'éternité ?
Ne se suicident que les optimistes qui ne peuvent plus l'être. Les autres, n'ayant aucune raison de vivre, pourquoi en auraient-ils de mourir ?
Mon secret était simple : je n'avais pas le sens de la mesure. Au fond, c'est la clé de toute vitalité.
L'échec, toujours essentiel, nous dévoile à nous-mêmes, il nous permet de nous voir comme Dieu nous voit.
L'idée de Dieu aura fait de l'usage ! On ne voit pas par quoi la remplacer. Pourquoi alors l'homme ne ferait-il pas tout pour la garder, pour s'y cramponner ? De toute façon il ne trouvera pas mieux.
Une patrie est un soporifique de chaque instant.
Un livre qui, après avoir tout démoli, ne se démolit pas lui-même, nous aura exaspérés en vain.
Ce qui n'est pas déchirant est superflu, en musique tout au moins.
Nul être soucieux de son équilibre ne devrait dépasser un certain degré de lucidité et d'analyse.
Dieu n'est pas à la hauteur. Il n'est même pas dans le bottin.
Il tombe sous le sens que Dieu était une solution, et qu'on n'en trouvera jamais une aussi satisfaisante.
Puisqu'on ne se souvient que des humiliations et des défaites, à quoi donc aura servi le reste ?
Les gais commettent plus de folies que les gens tristes, mais les gens tristes en commettent de plus graves.
Malheur à l'incroyant qui, face à ses insomnies, ne dispose que d'un stock réduit de prières !
L'anecdote est à l'origine de toute expérience capitale.
Les hommes chantent parce qu'ils ont goûté à la mort.
L'une des plus grandes illusions consiste à oublier que la vie est captive de la mort
Si chacun dit le contraire, c'est parce qu'il a raison.
En vieillissant, on apprend à troquer ses terreurs contre ses ricanements.
Toute pensée est une sensation contrariée.
On s'accommoderait aisément des chagrins, si la raison ou le foie n'y succombait.
Ce n'est pas l'enveloppe extérieure qui est réelle, mais l'essence des choses.
Faute de composer avec le monde, il a bien fallu composer avec le mot.
L'exilé doit être capable de pénétrer le sens caché de ses errances et de les comprendre comme autant d'épreuves initiatiques qui le ramènent vers le centre.
Un livre est un suicide différé.
N'importe quel peuple, à un certain moment de sa carrière, se croit élu. C'est alors qu'il donne le meilleur et le pire de lui-même.
L'historien qui se mêle de juger le passé fait du journalisme dans un autre siècle.
Plus les hommes s'éloignent de Dieu, plus ils avancent dans la connaissance des religions.
Jusqu'à présent, les hommes n'ont trouvé d'autre chemin vers la vérité que l'erreur.