Si l'on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur-le-champ.
Le pessimisme, cette cruauté des vaincus qui ne sauraient pardonner à la vie d'avoir trompé leur attente.
L'aphorisme ? Un feu sans flamme. On comprend que personne ne veuille s'y réchauffer.
Orgueil moderne : j'ai perdu l'amitié d'un homme que j'estimais, pour m'être acharné à lui répéter que j'étais plus dégénéré que lui...
Celui qui a vécu jusqu'au bout l'orgueil de la solitude n'a plus qu'un rival : Dieu.
On n'écrit pas parce qu'on a quelque chose à dire mais parce qu'on a envie de dire quelque chose.
Etre libre, c'est s'exercer à n'être rien.
Toutes les rancunes viennent de ce que, restés au-dessous de nous-mêmes, nous n'avons pu nous rejoindre. Cela, nous le pardonnons jamais aux autres.
La pâleur montre jusqu'où le corps peut comprendre l'âme.
J'exècre cette vie que j'idôlatre.
Exister serait une entreprise totalement impraticable si on cessait d'accorder de l'importance à ce qui n'en a pas.
Le seul argument contre l'immortalité est l'ennui.
Tout homme qui a une conviction, quelle qu'elle soit, a un dieu ; que dis-je, il croit en Dieu. Car toute conviction postule l'absolu ou y supplée.
Expliquer quoi que ce soit par Dieu, c'est céder à une solution de facilité. Dieu n'explique rien, c'est là sa force.
Le fait que j'existe prouve que le monde n'a pas de sens.
La mort, quel déshonneur ! Devenir soudain objet...
Journal : le besoin de consigner toutes les réflexions amères, par l'étrange peur qu'on arriverait un jour à ne plus être triste...
Le réel me donne de l'asthme.
On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu'on n'oserait confier à personne.
Pourquoi nous retirer et abandonner la partie, quand il nous reste tant d'êtres à décevoir ?
Pensent profondément ceux-là seuls qui n'ont pas le malheur d'être affligés du sens du ridicule.
Il y a du charlatan dans quiconque triomphe en quelque domaine que ce soit.
Plus encore que dans le poème, c'est dans l'aphorisme que le mot est dieu.
On ne peut être normal et vivant à la fois.
Tout persécute nos idées, à commencer par notre cerveau.
Le bon dramaturge doit posséder le sens de l'assassinat ; depuis les Elisabéthains, qui sait encore tuer ses personnages ?
Tout n'est pas perdu, tant qu'on est mécontent de soi.
Dieu est ce qui survit à l'évidence que rien ne mérite d'être pensé.
Je sais que ma naissance est un hasard, et cependant, dès que je m'oublie, je me comporte comme si elle était un événement capital.
Et avec quelle quantité d'illusions ai-je dû naître pour pouvoir en perdre une chaque jour !
Le français : idiome idéal pour traduire délicatement des sentiments équivoques.
Il me paraît plus aisé de se croire Dieu que de croire en Dieu.
L'homme libre ne s'embarrasse de rien, même pas de l'honneur.
Par peur d'être quelconque, j'ai fini par n'être rien.
La vérité ? Une marotte d'adolescent, ou un symptôme de sénilité.
La passion de la musique est en elle-même un aveu. Nous en savons plus long sur un inconnu qui s'y adonne que sur quelqu'un qui y est insensible et que nous approchons tous les jours.
Je vadrouille à travers les jours comme une putain dans un monde sans trottoirs.
Depuis deux mille ans, Jésus se venge sur nous de n'être pas mort sur un canapé.
La lâcheté rend subtil.
Mais que savons-nous de Dieu, sinon qu'il est un désespoir qui commence là où finissent tous les autres.
Pour entrevoir l'essentiel, il ne faut exercer aucun métier. Rester toute la journée allongé, et gémir...
Il n'est guère qu'un signe qui atteste qu'on a tout compris : pleurer sans sujet.
Etre moderne, c'est bricoler dans l'incurable.
Objection contre la science : ce monde ne mérite pas d'être connu.
Aucune amitié ne supporte une dose exagérée de franchise.
Un homme qui se respecte n'a pas de patrie. Une patrie, c'est de la glu.
Chacun sait que les armes de dissuasion ne sont efficaces que si l'on ne s'en sert pas.
La solitude est l'aphrodisiaque de l'esprit, comme la conversation celui de l'intelligence.
Pour qu'une nation compte, il faut que la moyenne en soit bonne. Ce qu'on appelle civilisation ou simplement société n'est rien d'autre que la qualité excellente des médiocres qui la composent.
Je rêve d'une langue dont les mots, comme les poings, fracasseraient les mâchoires.
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