Si l'amour n'était pas ce mélange insoluble de crime prémédité et d'infinie délicatesse, comme il serait aisé de le réduire à une parole ! Mais les souffrances de l'amour dépassent les tragédies de Job... L'érotisme est une lèpre éthérée...
La paresse est un scepticisme de la chair.
Quiconque n'est pas mort jeune mérite de mourir.
L'aphorisme ? Un feu sans flamme. On comprend que personne ne veuille s'y réchauffer.
Si l'on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur-le-champ.
Je rêve d'une langue dont les mots, comme les poings, fracasseraient les mâchoires.
Exister serait une entreprise totalement impraticable si on cessait d'accorder de l'importance à ce qui n'en a pas.
Celui qui a vécu jusqu'au bout l'orgueil de la solitude n'a plus qu'un rival : Dieu.
Expliquer quoi que ce soit par Dieu, c'est céder à une solution de facilité. Dieu n'explique rien, c'est là sa force.
On n'écrit pas parce qu'on a quelque chose à dire mais parce qu'on a envie de dire quelque chose.
Tout homme qui a une conviction, quelle qu'elle soit, a un dieu ; que dis-je, il croit en Dieu. Car toute conviction postule l'absolu ou y supplée.
La pâleur montre jusqu'où le corps peut comprendre l'âme.
Le fait que j'existe prouve que le monde n'a pas de sens.
Journal : le besoin de consigner toutes les réflexions amères, par l'étrange peur qu'on arriverait un jour à ne plus être triste...
Le seul argument contre l'immortalité est l'ennui.
On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu'on n'oserait confier à personne.
J'exècre cette vie que j'idôlatre.
La mort, quel déshonneur ! Devenir soudain objet...
Plus encore que dans le poème, c'est dans l'aphorisme que le mot est dieu.
Je vadrouille à travers les jours comme une putain dans un monde sans trottoirs.
Toutes les rancunes viennent de ce que, restés au-dessous de nous-mêmes, nous n'avons pu nous rejoindre. Cela, nous le pardonnons jamais aux autres.
Pourquoi nous retirer et abandonner la partie, quand il nous reste tant d'êtres à décevoir ?
Etre libre, c'est s'exercer à n'être rien.
Pensent profondément ceux-là seuls qui n'ont pas le malheur d'être affligés du sens du ridicule.
Il n'est guère qu'un signe qui atteste qu'on a tout compris : pleurer sans sujet.
Et avec quelle quantité d'illusions ai-je dû naître pour pouvoir en perdre une chaque jour !
Le réel me donne de l'asthme.
On ne peut être normal et vivant à la fois.
Le bon dramaturge doit posséder le sens de l'assassinat ; depuis les Elisabéthains, qui sait encore tuer ses personnages ?
Il y a du charlatan dans quiconque triomphe en quelque domaine que ce soit.
L'homme libre ne s'embarrasse de rien, même pas de l'honneur.
La lâcheté rend subtil.
Depuis deux mille ans, Jésus se venge sur nous de n'être pas mort sur un canapé.
Je sais que ma naissance est un hasard, et cependant, dès que je m'oublie, je me comporte comme si elle était un événement capital.
Dieu est ce qui survit à l'évidence que rien ne mérite d'être pensé.
Tout persécute nos idées, à commencer par notre cerveau.
Le français : idiome idéal pour traduire délicatement des sentiments équivoques.
Tout n'est pas perdu, tant qu'on est mécontent de soi.
La vérité ? Une marotte d'adolescent, ou un symptôme de sénilité.
Il me paraît plus aisé de se croire Dieu que de croire en Dieu.
La passion de la musique est en elle-même un aveu. Nous en savons plus long sur un inconnu qui s'y adonne que sur quelqu'un qui y est insensible et que nous approchons tous les jours.
Dans le pessimisme se concertent une bonté inefficace et une méchanceté inassouvie.
Mais que savons-nous de Dieu, sinon qu'il est un désespoir qui commence là où finissent tous les autres.
Objection contre la science : ce monde ne mérite pas d'être connu.
Pour entrevoir l'essentiel, il ne faut exercer aucun métier. Rester toute la journée allongé, et gémir...
Je sens que je suis libre mais je sais que je ne le suis pas.
Ce n'est pas par le génie mais par la souffrance, par elle seule, qu'on cesse d'être une marionnette.
La solitude est l'aphrodisiaque de l'esprit, comme la conversation celui de l'intelligence.
Etre moderne, c'est bricoler dans l'incurable.
Pour qu'une nation compte, il faut que la moyenne en soit bonne. Ce qu'on appelle civilisation ou simplement société n'est rien d'autre que la qualité excellente des médiocres qui la composent.
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