Aucune amitié ne supporte une dose exagérée de franchise.
Un homme qui se respecte n'a pas de patrie. Une patrie, c'est de la glu.
L'éternité est la serre où Dieu se fane depuis les commencements, et l'homme, de temps en temps, par la pensée.
La vie inspire plus d'effroi que la mort : c'est elle qui est le grand inconnu.
Nul ne peut veiller sur sa solitude, s'il ne sait se rendre odieux.
Nul ne descend en soi tant qu'il demeure esclave du passé ou de l'avenir.
Chacun sait que les armes de dissuasion ne sont efficaces que si l'on ne s'en sert pas.
Invectives, ces ultimatum de l'impuissance.
Tout absolu - personnel ou abstrait - est une façon d'escamoter les problèmes.
S'ennuyer, c'est chiquer du temps pur.
Ce besoin de remords qui précède le mal, que dis-je ! qui le crée...
Se méfier des penseurs dont l'esprit ne fonctionne qu'à partir d'une citation.
La seule chose qui élève l'homme au-dessus de l'animal est la parole ; et c'est elle aussi qui le met souvent au-dessous.
Toutes les doctrines d'action et de combat, avec leur appareil et leurs schémas, ne furent inventées que pour donner aux hommes bonne conscience, en leur permettant de se haïr... noblement, sans gêne ni remords.
Ne regarde ni en avant ni en arrière, regarde en toi-même, sans peur ni regret.
Or, la solitude n'est-elle pas un terrain propice à la folie ?
Nous aurions dû être dispensés de traîner un corps. Le fardeau du moi suffisait.
Il est des gens si bêtes que si une idée apparaissait à la surface de leur cerveau, elle se suiciderait, terrifiée de solitude.
Redouter l'échec, c'est redouter le ridicule, il n'y a rien de plus mesquin. Aller de l'avant - c'est justement ne pas craindre de devenir la risée de ses semblables.
Dieu seul a le privilège de nous abandonner. Les hommes ne peuvent que nous lâcher.
Tout commentaire d'une oeuvre est mauvais ou inutile, car tout ce qui n'est pas discret est nul.
Il est évident que Dieu était une solution, et qu'on n'en trouvera jamais une autre qui soit aussi satisfaisante.
Il n'est qu'un esprit lézardé pour avoir des ouvertures sur l'au-delà.
Je ne crois pas avoir raté une seule occasion d'être triste.
On ne peut expliquer un paradoxe, non plus qu'un éternuement. D'ailleurs, le paradoxe n'est-il pas un éternuement de l'esprit ?
Toute existence est, nécessairement, un processus de décomposition.
Une patrie est un soporifique de chaque instant.
Mon secret était simple : je n'avais pas le sens de la mesure. Au fond, c'est la clé de toute vitalité.
C'est à coup d'excitants (café, tabac) que j'ai écrit tous mes livres. A quoi tient l'activité de l'esprit !
On n'est malheureux que parce qu'on a une idée trop nette sur le bien et le mal.
Toute morale n'a d'autre but que de transformer cette vie en une somme d'occasions perdues.
La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair.
Serf, ce peuple, bâtissait des cathédrales ; émancipé, il ne construit que des horreurs.
Il est inélégant de se plaindre de la vie tant qu'on peut s'aménager une heure de solitude par jour.
La barbarie est accessible à quiconque : il suffit d'y prendre goût.
L'idée de Dieu aura fait de l'usage ! On ne voit pas par quoi la remplacer. Pourquoi alors l'homme ne ferait-il pas tout pour la garder, pour s'y cramponner ? De toute façon il ne trouvera pas mieux.
Ne se suicident que les optimistes qui ne peuvent plus l'être. Les autres, n'ayant aucune raison de vivre, pourquoi en auraient-ils de mourir ?
Les philosophes sont bien trop orgueilleux pour avouer leur peur de la mort, et trop prétentieux pour reconnaitre à la maladie une fécondité spirituelle.
Puisqu'on ne se souvient que des humiliations et des défaites, à quoi donc aura servi le reste ?
On s'accommoderait aisément des chagrins, si la raison ou le foie n'y succombait.
En vieillissant, on apprend à troquer ses terreurs contre ses ricanements.
L'anecdote est à l'origine de toute expérience capitale.
Il tombe sous le sens que Dieu était une solution, et qu'on n'en trouvera jamais une aussi satisfaisante.
Malheur à l'incroyant qui, face à ses insomnies, ne dispose que d'un stock réduit de prières !
Toute pensée est une sensation contrariée.
Nul être soucieux de son équilibre ne devrait dépasser un certain degré de lucidité et d'analyse.
Faute de composer avec le monde, il a bien fallu composer avec le mot.
L'échec, toujours essentiel, nous dévoile à nous-mêmes, il nous permet de nous voir comme Dieu nous voit.
L'interminable est la spécialité des indécis.
Ce qui n'est pas déchirant est superflu, en musique tout au moins.
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