Il m'apportait des jouets étonnants et discutait avec moi comme si j'avais été grand. Il n'agissait pas ainsi sans raison. Sa théorie était que les enfants sont doués de sens aigus et d'une intelligence naturelle, et qu'il convient de les écouter.
Ce n'est pas la peine de parler, disaient ceux qui avaient été dans les camps. La parole ne permettra pas de mieux comprendre.
Le jour où les religions et les révolutions disparaîtront - toutes sans exception - il y aura moins de guerres sur la planète, croyez-moi. L'homme est par nature constitué comme un bois tordu, a dit Emmanuel Kant. Inutile de le redresser au risque de se noyer dans le sang.
Le silence était si épais qu'on eût pu le découper en cubes.
La mémoire a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l'odeur de la paille pourrie ou du cri d'un oiseau pour me transporter loin et à l'intérieur. Je dis à l'intérieur, bien que je n'aie pas encore trouvé de mots pour ces violentes tâches de mémoire.
À cette époque, j'appris qu'un homme ne voit jamais que ce qu'on lui a déjà montré.
Je fais ce que je peux, parfois moins.
Ce livre n'est pas un résumé, mais plutôt une tentative, un effort désespéré pour relier les différentes strates de ma vie à leur racine.
Seuls les mots justes construisent un texte littéraire, et non pas le sujet.
Je ne peux pas dire que l'Organisation des Nations Unies soit toujours du côté israélien. Israël, je pense, a été de nombreuses fois l'objet de sévères attaques de la part des membres des Nations Unies.
Sans liberté, vous ne pouvez pas avoir une vraie paix.
C'est l'esprit qui vivifie.
La nostalgie est une fuite devant ce que nous possédons.
Je n'aspire pas à régner, je préfère servir.
Des ailes, mon chéri, il nous faut des ailes. Sinon nous piétinons comme des poules. Seul Bach peut nous élever.
C'est la moralité qui garde les humains humains.
On peut assassiner les corps mais pas l'âme, voilà ce que nous avons appris dans les camps.
Les rumeurs sur la guerre bruissaient dans le moindre recoin. On aurait cru que les gens étaient dans une cage dont ils essayaient d'écarter les barreaux. Le fleuve coulait, prêt à accueillir encore de nombreuses personnes sachant nager ou ramer, mais les gens couraient dans tous les sens.
La littérature contient toutes les composantes de la foi : le sérieux, l'intériorité, la musique, et le contact avec les contenus enfouis dans l'âme.
Le destin des abstractions est de s'accrocher à vous un instant puis de disparaitre. Seuls les mots qui sont des images demeurent. Le reste est un brin de paille.
Chaque être qui a été sauvé pendant la guerre l'a été grâce à un homme qui, à l'heure d'un grand danger lui a tendu la main. Nous n'avons pas vu Dieu dans les camps mais nous y avons vu des justes.
Nous ne sommes pas nés pour aimer plus qu'un petit nombre d'êtres humains.
Quand vous avez deux alternatives, la première chose que vous devez faire est de chercher la troisième auquelle vous n'avez pas pensé.
Tant que la fenêtre est ouverte et que je reste éveillée, je ne crains pas la solitude. Dommage que les morts n'aient pas droit à la parole. Je suis certaine qu'ils auraient beaucoup à dire.
À dire vrai, il était encore prisonnier des lacs du sommeil.
Attendons nos mamans jusqu'au soir et puis nous verrons bien.
Nous n'avons qu'un seul but dans nos relations avec le Liban, c'est d'empêcher le retour du terrorisme, que personne ne puisse plus atteindre Israël à partir du Liban. Nous n'avons pas de problèmes de territoire ou d'autres sortes avec le Liban.
On les haïssait au village, et c'est pour cela qu'il a été possible de les assassiner. On disait dans nos campagnes: "Si les Allemands, qui sont tellement cultivés, ordonnent de les tuer, on peut leur faire confiance".
Vivre privé de livres équivaut à une mutilation.
Nous nous trompons toujours lorsqu'il s'agit des êtres qui nous sont vraiment chers.
Si vous n'avez plus de larmes pour pleurer, abstenez-vous donc. Riez plutôt.
Il y a peu encore, il pensait que les collabos s'étaient eux-mêmes retranchés de la communauté des hommes. Ils avaient un visage différent. Ils seraient exécutés le jour de la libération. Et maintenant, à sa grande stupeur, ils lui apparaissaient comme des hommes.
C'était le milieu de l'automne.Dans les jardins publics, les avenues et les jardins, les feuilles se détachaient des arbres dans des couleurs flamboyantes. Nous passions des heures dehors, à contempler cette beauté qui ne reviendrait pas.
Le professeur Braverman était très apprécié: il aimait la musique et les enfants. Quand quelqu'un n'avait pas une bonne oreille, il lui disait: "Ta vue est certainement meilleure que la nôtre. La nature distribue les capacités. Elle est parfois plus généreuse que les hommes. "
Tu as raison, plus on a des biens, plus on a d'ennuis, c'est ainsi qu'on disait à une époque, non? Nous sommes un peu esclaves de ces biens que nous avons emportés.
De nature, je ne suis pas enclin à exiger quoi que ce soit des gens. Je les prends comme ils sont. Parfois la faiblesse ne m'émeut pas moins qu'un acte de générosité.
La littérature contient toutes les composantes de la foi: le sérieux, l'intériorité, la musique, et le contact avec les contenus enfouis de l'âme.
Ne muselons pas nos aspirations ! Que serions-nous sans elles ?
La faim nous ramène à l'instinct, à la parole d'avant la parole. Celui qui vous a tendu un morceau de pain ou un peu d'eau alors que vous étiez effondré, terrassé par la faiblesse, la main qu'il a tendue, vous ne l'oublierez jamais.
Il est dur de parler de la peur et de la faim. Ce sont des choses que l'on ressent très fort, mais que l'on ne peut pas décrire.
Vous aimerez votre prochain comme vous-même.
Le parfum enivrant de Badenheim justifiait encore une fois sa réputation.
Celui qui n'agit que pour lui-même est un insecte, pas un homme.
Désormais, les prisonniers libérés se définiraient en fonction du camp où ils avaient été, et plus de leur ville natale.
Les érudits, comme les démons, grouillent en tous lieux.