Je n'avais jamais aimé le pathos et les grands mots. J'aimais et j'aime encore contempler. La supériorité de la contemplation tient au fait qu'elle est dénuée de mots. Le silence des objets et des paysages vient à vous sans rien imposer.
Il m'apportait des jouets étonnants et discutait avec moi comme si j'avais été grand. Il n'agissait pas ainsi sans raison. Sa théorie était que les enfants sont doués de sens aigus et d'une intelligence naturelle, et qu'il convient de les écouter.
Seuls les mots justes construisent un texte littéraire, et non pas le sujet.
Je fais ce que je peux, parfois moins.
À cette époque, j'appris qu'un homme ne voit jamais que ce qu'on lui a déjà montré.
C'est l'esprit qui vivifie.
La mémoire a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l'odeur de la paille pourrie ou du cri d'un oiseau pour me transporter loin et à l'intérieur. Je dis à l'intérieur, bien que je n'aie pas encore trouvé de mots pour ces violentes tâches de mémoire.
Je n'aspire pas à régner, je préfère servir.
Seul celui qui a du mal à parler a besoin d'un journal. Lorsque je regarde mon journal, je découvre qu'il est plein de phrases inachevées, de l'obsession d'être précis, et que l'espace entre les mots parle plus que les mots eux-mêmes.
C'est la moralité qui garde les humains humains.
Sans liberté, vous ne pouvez pas avoir une vraie paix.
Je ne peux pas dire que l'Organisation des Nations Unies soit toujours du côté israélien. Israël, je pense, a été de nombreuses fois l'objet de sévères attaques de la part des membres des Nations Unies.
Nous devrions utiliser notre imagination plus que notre mémoire.
Ce livre n'est pas un résumé, mais plutôt une tentative, un effort désespéré pour relier les différentes strates de ma vie à leur racine.
Nous ne sommes pas nés pour aimer plus qu'un petit nombre d'êtres humains.
Le destin des abstractions est de s'accrocher à vous un instant puis de disparaitre. Seuls les mots qui sont des images demeurent. Le reste est un brin de paille.
Des ailes, mon chéri, il nous faut des ailes. Sinon nous piétinons comme des poules. Seul Bach peut nous élever.
Les rumeurs sur la guerre bruissaient dans le moindre recoin. On aurait cru que les gens étaient dans une cage dont ils essayaient d'écarter les barreaux. Le fleuve coulait, prêt à accueillir encore de nombreuses personnes sachant nager ou ramer, mais les gens couraient dans tous les sens.
La nostalgie est une fuite devant ce que nous possédons.
La littérature contient toutes les composantes de la foi : le sérieux, l'intériorité, la musique, et le contact avec les contenus enfouis dans l'âme.
Tant que la fenêtre est ouverte et que je reste éveillée, je ne crains pas la solitude. Dommage que les morts n'aient pas droit à la parole. Je suis certaine qu'ils auraient beaucoup à dire.
Chaque être qui a été sauvé pendant la guerre l'a été grâce à un homme qui, à l'heure d'un grand danger lui a tendu la main. Nous n'avons pas vu Dieu dans les camps mais nous y avons vu des justes.
À dire vrai, il était encore prisonnier des lacs du sommeil.
Quand vous avez deux alternatives, la première chose que vous devez faire est de chercher la troisième auquelle vous n'avez pas pensé.
Vivre privé de livres équivaut à une mutilation.
Nous nous trompons toujours lorsqu'il s'agit des êtres qui nous sont vraiment chers.
Si vous n'avez plus de larmes pour pleurer, abstenez-vous donc. Riez plutôt.
On les haïssait au village, et c'est pour cela qu'il a été possible de les assassiner. On disait dans nos campagnes: "Si les Allemands, qui sont tellement cultivés, ordonnent de les tuer, on peut leur faire confiance".
Attendons nos mamans jusqu'au soir et puis nous verrons bien.
Nous n'avons qu'un seul but dans nos relations avec le Liban, c'est d'empêcher le retour du terrorisme, que personne ne puisse plus atteindre Israël à partir du Liban. Nous n'avons pas de problèmes de territoire ou d'autres sortes avec le Liban.
La littérature contient toutes les composantes de la foi: le sérieux, l'intériorité, la musique, et le contact avec les contenus enfouis de l'âme.
Il y a peu encore, il pensait que les collabos s'étaient eux-mêmes retranchés de la communauté des hommes. Ils avaient un visage différent. Ils seraient exécutés le jour de la libération. Et maintenant, à sa grande stupeur, ils lui apparaissaient comme des hommes.
Ne muselons pas nos aspirations ! Que serions-nous sans elles ?
Tu as raison, plus on a des biens, plus on a d'ennuis, c'est ainsi qu'on disait à une époque, non? Nous sommes un peu esclaves de ces biens que nous avons emportés.
Le professeur Braverman était très apprécié: il aimait la musique et les enfants. Quand quelqu'un n'avait pas une bonne oreille, il lui disait: "Ta vue est certainement meilleure que la nôtre. La nature distribue les capacités. Elle est parfois plus généreuse que les hommes. "
De nature, je ne suis pas enclin à exiger quoi que ce soit des gens. Je les prends comme ils sont. Parfois la faiblesse ne m'émeut pas moins qu'un acte de générosité.
On peut assassiner les corps mais pas l'âme, voilà ce que nous avons appris dans les camps.
C'était le milieu de l'automne.Dans les jardins publics, les avenues et les jardins, les feuilles se détachaient des arbres dans des couleurs flamboyantes. Nous passions des heures dehors, à contempler cette beauté qui ne reviendrait pas.
La faim nous ramène à l'instinct, à la parole d'avant la parole. Celui qui vous a tendu un morceau de pain ou un peu d'eau alors que vous étiez effondré, terrassé par la faiblesse, la main qu'il a tendue, vous ne l'oublierez jamais.
Le parfum enivrant de Badenheim justifiait encore une fois sa réputation.
Vous aimerez votre prochain comme vous-même.
Désormais, les prisonniers libérés se définiraient en fonction du camp où ils avaient été, et plus de leur ville natale.
Celui qui n'agit que pour lui-même est un insecte, pas un homme.
Il est dur de parler de la peur et de la faim. Ce sont des choses que l'on ressent très fort, mais que l'on ne peut pas décrire.
Les érudits, comme les démons, grouillent en tous lieux.