L'opinion courante veut toujours que la sexualité soit agressive. Aussi, l'idée d'une sexualité heureuse, douce, sensuelle, jubilatoire, on ne la trouve dans aucun écrit. Où donc la lire ? Dans la peinture, ou mieux encore : dans la couleur.
Dans la rencontre amoureuse, je rebondis sans cesse, je suis léger.
Lire, c'est désirer l'oeuvre, c'est vouloir être l'oeuvre.
Elle est bien moins une provision de matériaux qu'un horizon, c'est-à-dire à la fois une limite et une station, en un mot l'étendue rassurante d'une économie.
J'habite mon chagrin et cela me rend heureux.
Le haïku n'est pas une pensée riche réduite à une forme brève, mais un événement bref qui trouve d'un coup sa forme juste.
Je ne souhaite rien d'autre que d'habiter mon chagrin.
Une angoisse seconde me prend, qui est d'avoir à décider du degré de publicité que je donnerai à mon angoisse première.
Je suis aussi cet autre qui me parle, que j'écoute et qui m'entraîne.
Je me retiens de vous aimer.
Je me débattais au milieu d'images partiellement vraies, et donc totalement fausses.
Voir avec horreur comme simplement possible le moment où le souvenir de ces mots qu'elle m'a dits ne me feraient plus pleurer.
On n'oublie pas, mais quelque chose d'atone s'installe en vous.
Le babil du texte, c'est seulement cette écume de langage qui se forme sous l'effet d'un simple besoin d'écriture
Et, longtemps après que la relation amoureuse s'est apaisée, je garde l'habitude d'halluciner l'être que j'ai aimé: parfois, je m'angoisse encore d'un téléphone qui tarde, et, à chaque importun, je crois reconnaître la voix que j'aimais: je suis un mutilé qui continue d'avoir mal à sa jambe amputée.
Le roman procède par combinaisons aléatoires d'éléments réels, le poème par exploration exacte et complète d'éléments virtuels.
Texte de jouissance : celui qui met en état de perte, fait vaciller.
Toute une mathématique de l'équation rassure le petit-bourgeois, lui fait un monde à la mesure de son commerce.
Savoir boire est une technique nationale qui sert à qualifier le Français.
C'est le rythme même de ce qu'on lit et de ce qu'on ne lit pas qui fait le plaisir des grands récits : a-t-on jamais lu Proust, Balzac, Guerre et paix, mot à mot ?
La jouissance passe par l'image : voilà la grande mutation.
Il n'y a pas de Littérature sans une Morale du langage.
Le texte de jouissance est absolument intransitif.
Voir avec horreur comment simplement possible le moment où le souvenir de ces mots qu'elle m'a dits ne me ferait plus pleurer...
La poésie moderne, en effet, puisqu'il faut l'opposer à la poésie classique et à toute prose, détruit la nature spontanément fonctionnelle du langage et n'en laisse subsister que les assises lexicales.
Des masses corrompues par une fausse culture peuvent sentir dans le destin qui les accable le poids du drame ; elles se complaisent dans l'étalage du drame, et poussent ce sentiment jusqu'à mettre du drame jusque dans les plus petits incidents de leur vie.
On dirait que pour Bachelard les écrivains n'ont jamais écrit: par une coupure bizarre, ils sont seulement lus.
Le doux Roland Barthes nous a appris que la grammaire elle-même est fasciste.
Dans ce pays, lieu d'une grande expérience historique, l'héroïsme n'encombre pas.
L'auteur d'avant-garde est un peu comme le sorcier des sociétés dites primitives : il fixe l'irrégularité pour mieux en purifier la masse sociale.
Les pratiques sexuelles sont banales, pauvres, vouées à la répétition et cette pauvreté est disproportionnée à l'émerveillement du plaisir qu'elles procurent.
Dire l'absence, c'est d'emblée poser que la place du sujet et la place de l'autre ne peuvent permuter ; c'est dire : « je suis moins aimé que je n'aime ».
Jusque là, on se savait mortel, et tout à coup, on se sent mortel.
Il ne suffit pas au photographe de nous signifier l'horrible pour que nous l'éprouvions.
Cette écriture classique est évidemment une écriture de classe.
Ces écritures intellectuelles sont donc instables, elles restent littéraires dans la mesure où elles sont impuissantes et ne sont politiques que par leur hantise de l'engagement.
Gaudium : Plaisir que l'âme ressent quand elle considère la possession d'un bien présent ou futur comme assurée ; nous sommes en possession d'un tel bien quand il est de telle sorte que nous puissions en jouir quand nous le voulons.
Sur ce qu'il vient d'écrire dans la journée, il a des peurs nocturnes. La nuit, fantastiquement, ramène tout à l'imaginaire de l'écriture : l'image du produit, le potin critique (ou amical) : c'est trop ceci, c'est trop cela, ce n'est pas assez... La nuit, les adjectifs reviennent, en masse.
Tout le monde peut témoigner que le plaisir du texte n'est pas sûr : rien ne dit que ce même texte nous plaira une seconde fois ; c'est un plaisir friable, délité par l'humeur, l'habitude, la circonstance, c'est un plaisir précaire.
Toute critique est critique de l'oeuvre et critique de soi-même ; pour reprendre un jeu de mot de Claudel, elle est connaissance de l'autre et co-naissance de soi-même au monde.
Le symbole a aussi une fonction critique, et l'objet de sa critique, c'est le langage lui-même.
Le psychotique vit dans la crainte de l'effondrement.
Qu'est-ce donc notre visage, sinon une citation ?
Ce que l'amour dénude en moi, c'est l'énergie.
Qu'est-ce donc qu'un visage, sinon une citation ?
Je ressens toujours d'une façon poignante, le fait que souvent j'écris pour être aimé. Au fond, peut-être même parfois de tel ou tel. Et en même temps, je sais très bien que cela ne se produit jamais, qu'on n'est jamais vraiment aimé pour son écriture.
Le camaïeu, partout, est bourgeois.
Ecrire
Un Français sur deux parait-il ne lis pas.
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