J'ai une maladie : je vois le langage.
Tout le monde suppute - je le sens - le degré d'intensité d'un deuil. Mais impossible (signes dérisoires, contradictoires) de mesurer combien tel est atteint.
La littérature, en l'occurrence Voltaire, ne peut être abandonnée, tant que subsiste le mal dont elle a porté témoignage.
L'écriture à son maximum n'est tout de même que dérisoire.
S'angoisser du téléphone : véritable signature de l'amour.
Le texte est (devrait être) cette personne désinvolte qui montre son derrière au Père Politique.
Délos est une île magique où se croisent des étincellements ; elle devient peu à peu miroir ; miroir de quoi ? Peu importe ; les miroirs ont une beauté surnaturelle ; ils ne connaissent pas ce qu'ils reflètent et ils ne reflètent pas toujours ce qu'ils voient.
La Littérature ne commence que devant l'innommable, face à la perception d'un ailleurs étranger au langage même qui le cherche.
Je crois que l'automobile est aujourd'hui l'équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d'époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s'approprie en elle un objet parfaitement magique.
La liberté du critique, ce n'est pas de refuser le parti, c'est de l'afficher ou non.
Le sujet amoureux s'angoisse de ce que l'objet aimé répond parcimonieusement, ou ne répond pas, aux paroles qu'il lui adresse.
J'accorde une puissance énorme à l'acte d'écrire mais comme toujours l'acte d'écrire peut prendre différents masques.
En fait, au fond, toujours ceci : comme si j'étais comme mort.
Plus une histoire est racontée d'une façon bienséante, bien disant, sans malice sur un ton confit, plus il est facile de la retourner, de la noircir, de la lire a l'envers.
La critique a pour sanction, non la vérité, mais sa propre validité.
Depuis que mam. n'est plus, je n'ai plus cette impression de liberté que j'avais en voyage (quand je la quittais pour peu de temps).
Sur la rareté, l'insignifiance de notre verbalisation, de nos paroles : oui, mais sans jamais une platitude, une bêtise - une gaffe...
Passé le premier aveu, je t'aime ne veut plus rien dire. Il ne fait que reprendre d'une façon énigmatique, tant elle paraît vide, l'ancien message (qui peut-être n'est pas passé par ces mots).
Le livre fait le sens, le sens fait la vie.
Délicatesse : Forme saine de la compassion.
S'agrandir pour se confirmer, non pour se transformer, tel est le sens du voyage voltairien.
Le plaisir sexuel n'est pas métonymique : une fois pris, il est coupé : c'était la Fête, toujours close, par levée temporaire, surveillée, de l'interdit. La tendresse au contraire n'est qu'une métonymie infinie, insatiable
L'écriture est ceci : la science des jouissances du langage, son kamasutra.
Il est vrai que le fait divers est littérature, même si cette littérature est réputée mauvaise.
Un peu de mal "avoué" dispense de reconnaître beaucoup de mal caché.
On dirait que l'idée de plaisir ne flatte plus personne. Notre société paraît à la fois rassise et violente ; de toute manière : frigide.
L'horizon de la langue et la verticalité du style dessinent donc pour l'écrivain une nature, car il ne choisit ni l'une ni l'autre.
Le jouet français est d'ordinaire un jouet d'imitation. Il veut faire des enfants usagers non des enfants créateurs.
Chacun son rythme de chagrin.
Bien souvent, c'est par le langage que l'autre s'altère; il dit un mot différent, et j'entends bruire d'une façon menaçante tout un autre monde, qui est le monde de l'autre.
Je sais maintenant que mon deuil sera chaotique.
Je crois que l'automobile est l'équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d'époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s'approprie en elle un objet parfaitement magique.
Le rêve représente une histoire fragmentée et est fait des débris de la mémoire.
Je m'ennuie partout.
Ce que je goûte dans un récit, ce n'est donc pas directement son contenu ni même sa structure, mais plutôt les éraflures que j'impose à sa belle enveloppe.
Tout mythe tend fatalement à un anthropomorphisme étroit, et, qui pis est, à ce que l'on pourrait appeler un anthropomorphisme de classe.
C'est le rythme même de ce qu'on lit et de ce qu'on ne lit pas qui fait le plaisir des grands récits.
J'essaie de convertir au Socialisme ma grand-mère qui lit Le Figaro.
Adorable est la trace futile d'une fatigue, qui est la fatigue du langage.
On ne peut juger de la Littérature sans une certaine idée préalable de l'Homme et de l'Histoire, du Bien, du Mal, de la Société, etc.
La baguette, désignant ce qu'elle choisit,, introduit dans l'usage de la nourriture, non un ordre, mais une fantaisie et comme une paresse : en tout cas, une opération intelligente, et non plus une mécanique.
Se voir soi-même (autrement que dans un miroir).
Rien n'expose mieux la singularité d'une « vocation » que d'être contredite - mais non niée bien loin de là - par le prosaïsme de son incarnation
Tout à coup, il m'est devenu indifférent de ne pas être moderne.
Je m'intéresse au langage parce qu'il me blesse ou me séduit. C'est là, peut-être, une érotique de classe ? Mais quelle classe ?
Je suis un homme complet ayant les deux sexes de l'esprit.
L'opinion courante veut toujours que la sexualité soit agressive. Aussi, l'idée d'une sexualité heureuse, douce, sensuelle, jubilatoire, on ne la trouve dans aucun écrit. Où donc la lire ? Dans la peinture, ou mieux encore : dans la couleur.
Le chagrin est égoïste, il ne parle que de soi.
Je ne sais si, comme le dit le proverbe, les choses répétées plaisent, mais je crois que du moins elles signifient.
Je suis aussi cet autre qui me parle, que j'écoute et qui m'entraîne.
♥ 3002
♥ 2697
♥ 629
♥ 454
♥ 344
♥ 331
♥ 231
♥ 223
♥ 198
♥ 187
♥ 139
♥ 126
♥ 167
♥ 46
♥ 4560
♥ 4196
♥ 1534
♥ 1407
♥ 1341
♥ 1265
♥ 1186
♥ 1161
♥ 1126
♥ 945
♥ 832
♥ 753
♥ 78941
♥ 21076
♥ 5698
♥ 4760
♥ 4008
♥ 3563
♥ 3487
♥ 3182
♥ 3172
♥ 2940
♥ 2410
♥ 2287
♥ 100364
♥ 48828
♥ 29068
♥ 21636
♥ 14140
♥ 13576
♥ 11559
♥ 10950
♥ 10608
♥ 9798
♥ 9573
♥ 8268
Vous souhaitez en savoir plus sur la vie de Roland Barthes, il suffit de lire sa biographie grâce à notre partenaire JeSuisMort.com, spécialiste des célébrités disparues et 1er cimetière virtuel du Web.