Les uns sont assez bêtes pour s'aimer ; les autres pour se haïr. Deux manières de se tromper.
L'amour existe d'autant plus que son objet imaginé existe moins.
Le cerveau des poètes est un fond de mer où bien des coques reposent.
On ne pense réellement à soi et l'on est soi que quand on ne pense à rien.
Je suis honnête homme, n'ayant jamais assassiné, jamais volé ni violé, que dans mon imagination. Je ne serais pas honnête homme sans ces crimes.
Il paraît donc, ou que la société n'est pas gérée, ou qu'elle n'est pas une affaire sérieuse.
Les livres ont les mêmes ennemis que l'homme : le feu, l'humide, les bêtes, le temps, et leur propre contenu.
Un homme passe pour volontaire ; mais au fond, il n'a que l'habitude de vouloir. Le vouloir lui est le plus facile.
Tout esprit saint vu à la loupe est un grouillement d'éléments de démence.
La vie enseigne à faire semblant de n'être qu'un homme.
Dans le métier de philosophe il est essentiel de ne pas comprendre.
Toute politique tend à traiter les hommes comme des choses.
Toute critique, tout blâme revient à dire : je ne suis pas toi.
L'histoire est la science des choses qui ne se répètent pas.
Nietzsche n'est pas une nourriture, c'est un excitant.
Il existe toujours une «magie» en amour. Sans quoi on tombe dans la friction pure, avec ses deux aspects de jouissance à l'état brut et de location de services.
L'imbécile est celui qui ne sait se servir, qui n'a pas l'idée de se servir, de ce qu'il possède. Tout le monde en est là.
Les vilaines pensées viennent du coeur.
La jeunesse est une manière de se tromper qui se change assez vite en une manière de ne plus même pouvoir se tromper.
Toute philosophie pourrait se réduire à rechercher laborieusement cela même que l'on sait naturellement.
Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
Sans les religions, les sciences n'eussent pas existé, car la tête humaine n'aurait pas été habituée à s'écarter de l'apparence immédiate et constante qui lui définit la réalité.
Tendresse est tendance à se livrer en toute faiblesse à la douceur d'être faible. Mais d'où vient ce "plaisir" ? Cette faiblesse, il est vrai, cet attendrissement - prépare un coup d'extrême force.
La forme seule conserve les oeuvres de l'esprit.
Un état bien dangereux : croire comprendre.
Chaque homme sait une quantité prodigieuse de choses qu'il ignore qu'il sait.
Le métier des intellectuels est de remuer toutes choses sous leurs signes, noms ou symboles, sans le contrepoids des actes réels. Il en résulte que leurs propos sont étonnants, leur politique dangereuse, leurs plaisirs superficiels.
Qui rougit en sait un peu plus qu'il ne devrait en savoir.
Une chose que l'on ne connaît que par les journaux et les livres, on peut jurer qu'on ne la connaît pas.
Le talent sans génie est peu de chose. Le génie sans talent n'est rien.
C'est effrayant de songer que tu es fée, et que tu fais que quand tu n'es pas là, tu es énormément plus là que quand tu es là.
Le style, pour l'écrivain aussi bien que pour le peintre, est une question non de technique mais de vision.
Le bonheur a les yeux fermés.
Le "déterminisme" est la seule manière de se représenter le monde. Et l'indéterminisme, la seule manière d'y exister.
Toutes les nations ont des raisons présentes, ou passées, ou futures de se croire incomparables. Et d'ailleurs, elles le sont.
Le poète se consacre et se consume à définir et à construire un langage dans le langage.
La vie est à peine un peu plus vieille que la mort.
Mais que peut faire un dieu d'autre chose qu'un "monde" ?
Les raisons qui font que l'on s'abstient des crimes sont plus honteuses, plus secrètes que les crimes.
Amour chéri, n'oppose pas à ceci la première chose qui te vienne à l'esprit. Songe à qui te le dit... Songe à qui te le murmure.
Le moderne se contente de peu.
On ne sait jamais avec qui l'on couche.
Avec les femmes, c'est toujours la même chose ; d'abord au bras, puis dans les bras, puis sur les bras. Avec elles, on va à chaque fois des petits mots aux grands mots et enfin, aux gros mots.
Ce qui est terrible dans la mort, ce n'est pas d'en être vaincu, mais de lutter.
Il est beaucoup plus simple de construire un univers que d'expliquer comment un homme tient sur ses pieds. Demandez à Aristote, à Descartes, à Leibniz et à quelques autres.
La jeunesse est un temps pendant lequel les conventions sont, et doivent être, mal comprises : ou aveuglement combattues, ou aveuglement obéies.
La bonne marche harmonique d'un système d'hommes exige que chacun ne soit ni inférieur ni supérieur à sa tâche.
La politique fut d'abord l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. A une époque suivante, on y adjoignit l'art de contraindre les gens à décider sur ce qu'ils n'entendent pas.
Croire à la parole humaine, parlée ou écrite, est aussi indispensable aux humains que de se fier à la fermeté du sol.
Toute morale prophétise.
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