Nous ne devons pas permettre que notre respect pour les morts ou notre sympathie pour les vivants nous conduisent à un acte d'injustice envers l'équilibre des vivants.
Il n'est pas moins déloyal de s'approprier les morts que de les laisser tomber. Il n'est pas moins désinvolte d'oublier leur transcendance que d'oublier leur existence.
La recrudescence des psychoses et des névroses n'a peut-être pas d'autre origine que le refus de mettre les morts à leur place.
Les morts sont qui n'ont pas de vivants sont malheureux, aussi malheureux que les vivants qui n'ont pas de morts.
Les morts n'ont pas de voix, heureusement. Si les morts pouvaient se plaindre, quel cri, quelle clameur. On ne s'entendrait plus vivre.
Tous ceux qui ont vécu là ne sont pas nés en même temps que moi. Et les morts me disent : "Dépêche-toi de vivre !"
Les vivants sont toujours de plus en plus dominés par les morts.
Lorsque les trains déraillent, ce qui me fait de la peine, ce sont les morts de première classe.
Les morts sont plus nombreux que les vivants. Leur nombre augmente. Les vivants sont rares.
Il y a plus de morts que de vivants, ce sont les morts qui dirigent les vivants.
On oublie vite les morts. On oublie très vite, aussi, les circonstances où l'on a été malheureux... Il ne faut pas s'en scandaliser : s'il en était autrement, la vie serait un cauchemar.
De tous les morts dont la chaîne innombrable constitue notre trésor de gloire, ceux-là plus qu'aucuns autres incarneront, dans sa pure gratuité, l'esprit de sacrifice.
Dieu est absent des champs de bataille et les morts du début de la guerre, ces pauvres petits pioupious en pantalon rouge garance oubliés dans l'herbe, faisaient des taches aussi nombreuses mais pas plus importantes que des bouses de vache dans un pré.
Quand les passions retombent tout le mal est déjà fait, les morts, les destructions, et les survivants ont mal à l'âme, pour toujours.
Il n'y a que les morts qui ne reviennent pas.
De toutes les morts, la mort atomique est la moins chère...
C'était une bonne chose que cette habitude ancienne de transmission des portraits de famille. Les morts n'étaient enterrés que jusqu'à la ceinture.
En art, comme en politique, les imbéciles sont un obstacle plus gênant que les morts : on a plus de peine à se frayer un chemin à travers leurs rangs.
Les morts se taisent, les vivants ne veulent pas entendre et les survivants ne peuvent pas parler.
Quoique les morts aient dit de leur vivant, c'est en définitif aux vivants de choisir.
Les vivants ont des cartes de visite imprimées ; les morts seuls en ont de gravées.
Les vivants, en effet, savent qu'ils mourront, mais les morts ne savent rien du tout.
Le mort saisit le vif, les morts veulent hériter des vivants, de tous sans exception.
C'est un fait que les morts les plus chers, au bout de quelques mois, seraient, s'ils revenaient, des intrus dans l'existence des vivants.
Celui qui invoque l'histoire est toujours en sécurité, les morts ne se lèveront pas pour témoigner contre lui.
Il n'existe qu'un seul ordre parfait : celui des cimetières. Les morts ne réclament jamais et ils jouissent en silence de leur égalité...
Les morts de tous les jours sont à leur vie fidèles.
Tombeau. Endroit où l'on place les morts, dans l'attente des étudiants en médecine.
Les larmes ne sécheraient jamais si l'on n'oubliait pas les morts.
La route du passé se mesure par les morts qu'on a laissés tout au long.
On ne restaurera pas l'ancienne France. On doit honorer les morts, on peut s'inspirer de leur exemple; on ne les ressuscite pas. Une tradition peut se prolonger dans son esprit, mais personne ne parviendra jamais à couler la réalité présente [...] ► Lire la suite
Nous avons vécu la certitude d'être vivants. C'est présomptueux. C'est gratuit. C'est insensé. Les morts aussi ont cette certitude.
Savoir ce qu'on sera, c'est vivre comme les morts.
Un au-delà ? Pourquoi pas ? Pourquoi les morts ne vivraient-ils pas ? Les vivants meurent bien.
Les morts on toujours tort. Les gagnants, ce sont ceux qui restent en vie.
Ne porte pas en toi le cimetière. Les morts donnent la pestilence.
Oh ! ce son grave des cloches, comme si les morts eux-mêmes tiraient la corde avec leurs pieds !
Les morts sont toujours grands. Ce n'est pas sans conséquence : on pourrait en déduire que, pour être petit, il faut être vivant.
En Espagne, les morts sont plus vivants que les morts des autres pays du monde.
Personne ne peut ressusciter les morts ni compléter leur destin.
Tous les morts sont pauvres.
Les morts n'ont pas de noms. Et nous ne devrions pas non plus. Sans nom ni passé, ceux d'entre nous qui sont assez forts pour être encore vivants ici peuvent se connaître à un niveau primitif.
Le public est si malin qu'il rend moins volontiers justice aux vivants qu'aux morts, et que souvent il n'élève les morts que pour rabaisser les vivants.
Il ne faut pas sournoisement respecter les morts. Il faut traiter leurs images en amies et aimer tous les souvenirs qui nous viennent d'eux. Il faut les aimer pour eux-mêmes et pour nous, dût-on déplaire aux autres.
Les vrais vaincus de la guerre, ce sont les morts.
Il vaut mieux insulter les morts qu'insulter les vivants, on ne risque pas de se ramasser une baffe.
Les morts ne sont que des vivants amnistiés.
Ce qu'il y a de plus heureux pour les historiens, c'est que les morts ne puissent protester.
Il faut convaincre les vivants que les morts ne savent pas chanter.
Il y a une chose dont on ne loue jamais les morts et qui est cependant la cause de toutes les louanges qu'on leur a données : c'est qu'ils sont morts.