Il y a la pensée-maotsetung... Le soleil ne brille que le jour, l'étoile ne brille que la nuit ; la pensée-maotsetung brille la nuit comme le jour.
Mao a également compris que la révolution ne durerait que si elle était d'abord faite dans les esprits. Elle ne s'est pas bornée à distribuer des armes, de la nourriture, des terres ; elle s'est efforcée de donner aux paysans l'envie de se battre, le goût de travailler intelligemment, la volonté de conquérir leur terre.
Pas une seconde, on ne laisse les Chinois seuls avec eux-mêmes. A-t-on peur qu'ils s'ennuient, ou qu'ils pensent mal, ou que tout simplement ils pensent ?
Quand les faibles s'inclinent, les forts les frappent davantage ; quand ils défendent publiquement leurs droits, bravant même la mort, les forts fléchissent.
Un parlementaire s'était fait, vers 1970, le champion de la lutte contre l'abus des détentions préventives. Il protesta avec véhémence auprès du garde des sceaux de l'époque, lorsque le juge des enfants laissa en liberté deux mineurs qui s'étaient introduits dans sa maison de campagne pour y dérober quelques objets sans valeur.
Crèches, écoles maternelles : dès que l'enfant commence à reconnaître des formes, il est façonné par une pensée politique. La première couleur qu'on lui fait aimer est le rouge. Les premiers gestes qu'il imite sont révolutionnaires - lever le poing, en frappant le sol du talon. Les premiers chants sont des hymnes guerriers.
Un malheureux, pris de boisson, se transforme en meurtrier au cours d'une rixe qui tourne mal ; il est condamné à quinze ans de prison.Prison où n'ira pas le directeur d'une grosse fabrique qui a mis sur le marché, sans précautions, un produit mortel.
Il est difficile pour un peuple d'effacer les habitudes créées par des traditions tri-millénaires de culte impérial.
La prospérité se mesure à l'aune de la seule conquête, ou de la prédation de ressources déjà existantes - et les seules qui vaillent, après quelques illusions perdues, sont celles de l'or et de l'argent.
Le sous-développement, c'est l'alliance de l'isolement et de l'immobilisme, relayés par la démographie. Le développement, c'est le mariage de l'ouverture au monde et des innovations croisées.
Sans paysans pauvres, il ne saurait y avoir de révolution.
Le mal français est-il incurable ? Répondre non, c'est s'engager à esquisser les principes d'une thérapeutique. Ne craignons pas de paraître présomptueux. Le malade, c'est nous-mêmes : est-ce présomptueux que de vouloir guérir ?
La composante presbytérienne de la Réforme n'est pas forcément libérale. Le libéralisme politique et économique n'a nullement jailli de la Réforme, qu'elle soit luthérienne, calviniste ou anglicane.
La France est faite de beaucoup d'ethnies mais elle ne leur a jamais permis de subsister en tant que telles. Elle les a impitoyablement broyées et digérées.
On ne peut regarder au fond de l'actualité, sans regarder d'abord au fond de l'histoire.
Au climat de libre exploration créé par la Renaissance, la Contre-Réforme catholique oppose une atmosphère d'étroite surveillance ; tout comme à la" confiance" (fiducia), elle oppose une "piété" qui subordonne les oeuvres à un contrôle ecclésiastique, véritable monopole parental.
Pour les sociétés comme pour les personnes, le détour par l'Autre est nécessaire à la connaissance de soi. Au bout de chaque différence, on trouve deux questions : "Pourquoi sont-ils ainsi ?", et par suite : " Pourquoi ne suis-je pas ainsi ?"
Tant de conducteurs de peuples ont été, sont et seront des fanatiques, des frénétiques. La révolution chinoise s'est déroulée sous l'égide d'un homme doué d'une intuition et d'une puissance d'assimilation peu communes, méditant sans arrêt, lecteur infatigable, écrivain clair, poète sensible, élégant calligraphe, animé dans ses propos par le sens de l'équilibre et de l'humain.
Chiang Kai-shek croyait aux villes, à l'armement moderne, à l'aide américaine. Mao croyait aux manants armés de piques et ne comptant que sur eux-mêmes. Paysan, il ne doute pas un instant de la prise du pouvoir par une armée paysanne. Dans cette foi de roc, réside le secret de sa victoire.
Pétain était un grand homme. Pas besoin d'austérité ni d'effort ! Pétain avait trouvé l'arrangement. Tout allait se combiner à merveille avec les Allemands. Les bonnes affaires allaient reprendre.
Politesse ici, grossièreté ailleurs : on est toujours le Barbare de quelqu'un.
En 1981, les Français ont voulu changer de têtes, mais les têtes qu'ils ont choisies veulent changer de France et changer les Français: la rose socialiste a éclos sur ce malentendu...
La France est multiraciale, et elle le restera. C'est une évidence. Mais il ne faut pas se tromper de leçon. Elle l'est grâce à sa passion d'unité. Elle a pu être multiraciale parce qu'elle a toujours refusé d'être « pluriculturelle » ou « polyethnique ».
Sur les eaux rouges de l'Ogooué, la pinasse glissait entre des écorces flottantes : troncs d'arbres, ou caïmans ?
Quand les faibles s'inclinent, les forts les frappent davantage ; quand ils défendent publiquement leurs droits, bravant même la mort, les forts fléchissent - tigres de papier...
Le Grand Conseiller fait croire à la Cour que c'est l'Envoyé qui se déplace : le principe hiérarchique est aussi contraignant dans les sociétés autoritaires, que le principe égalitaire dans les sociétés démocratiques.
Dans les pays réformés, on constate l'affranchissement de toute tutelle de droit divin, la confiance faite aux individus et aux groupes, le goût de la recherche scientifique et de la technique, l'élan donné à l'initiative, la mentalité économique.
Quand on s'entend mal, les torts sont souvent partagés. Les Français n'ont pas compris que les socialistes croyaient au socialisme; ni que le « socialisme à la française» du P.S. ressemblait comme un frère au « socialisme aux couleurs de la France» du P.C.
Dans les systèmes totalitaires, la libéralisation s'arrête là où les dirigeants croient l'équilibre du régime menacé ; si ces dirigeants, du moins, en conservent les moyens et gardent en eux la certitude d'avoir raison.
On objectera que la présence des interprètesd ôte toute spontanéité à notre expérience de la Chine. Nous entendons par leurs oreilles, nous parlons par leur bouche ; sans eux, nous serions sourds et muets; mais nous voyons par nos yeux, nous contrôlons par notre flair. Ils n'entravent pas notre liberté de mouvement.
Montchrestien a inventé le terme, promis à un grand avenir, d'économie politique : "On ne saurait diviser l'économie de la politique, sans démembrer la partie principale du tout".
Dans les vagues successives et tourmentées de la révolution chinoise, Mao et Chou, ce couple contradictoire et indissociable, souvent cachés par le creux de la vague, ont toujours réapparu au sommet : le paysan prophétique et le mandarin subtil, l'incantatoire et l'opérationnel.
Voici la France, encore au début du siècle dernier la plus grande puissance du monde, aujourd'hui bien distanciée ; et même qui, malgré de récents progrès, éprouve quelque peine, pour se moderniser tout en gardant en équilibre, à suivre le train de pays plus agiles qu'elle
Les déboires de la Révolution française ne l'ont pas empêchée de répandre universellement la croyance que tous les hommes sont identiques et interchangeables. Que l'on proclame l'égalité de dignité, certes ! Que l'on s'efforce d'égaliser graduellement les droits et les chances, bien sûr !
Il n'y a pas au monde, un homme qui échappe complètement à l'erreur.
Pour la figure historique du général de Gaulle comme pour l'avenir de la France, il est capital que le restaurateur de l'État ait dû quitter le pouvoir, précisément parce qu'il avait décidé de lutter contre l'excès de l'État.
La méthode didactique a formé le professeur : parole impérative, démonstration déductive, uniformité dogmatique, référence au texte imprimé. Parce que cet enseignement ne se fonde pas sur la curiosité des élèves, il se soutient par l'autorité - intellectuelle et morale.
Parmi les diverses méthodes que les sociétés ont inventées pour entraîner les hommes à l'effort, les dirigeants chinois semblent avoir compris que la moins efficace était l'obligation autoritairement imposée à des sujets passifs : elle provoque un énorme gaspillage, à cause des freinages dus à l'inertie, à l'indifférence, à la malveillance, au sabotage larvé.
Combien de temps la politique étrangère de la France se décidera-t-elle en fonction de l'émotion du moment, si justifiée soit-elle, ou d'un prochain congrès de parti ? Les Français n'auraient-ils pas encore compris que le péché majeur, en diplomatie, est de se laisser guider par la politique intérieure ?
Un recueil de sagesse paysanne : telles sont, avant tout, les Œuvres choisies de Mao. Pour mesurer à quel point Mao a imposé son réalisme terrien à la révolution chinoise, il faut retourner aux deux sources de sa morale et de son action : Canton et Yan'an.
Dans les pays contre-réformés, on constate la soumission à une autorité hiérarchique, la défiance à l'égard des individus et des groupes, une organisation hostile à l'autonomie et à l'innovation, le préjugé anti-économique.
Hier, un roi se prenait pour l'Etat : Aujourd'hui, l'Etat se prend pour le roi
En tout pays, chacun renâcle devant certaines contraintes du progrès. Mais dans les pays polycentriques, ce refus est surmonté : les récalcitrants ne peuvent s'en prendre à personne d'une évolution qui est celle de l'époque; elle les déborde de toutes parts; elle est un défi, qu'ils relèvent.
Derrière les combinaisons du capital et du travail, derrière les mutations technologiques et sociales, derrière les structures de l'échange et les jeux de la conjoncture, il y a, il y a toujours eu, il y aura toujours, les décisions ou les renoncements des hommes, leur énergie ou leur passivité, leur imagination ou leur immobilisme.
Par elle-même la situation du migrant le contraint à déployer sont pouvoir d'adaptation, à valoriser ses talents, ses ressources mentales, son courage. Le migrant est un entreprenant-né, un entreprenant obligé, un innovateur qui doit justifier sa nouvelle place au soleil.
On écrit moins sur la Chine, au fond, que sur soi-même face à la Chine: elle est révélatrice encore plus que révélée.
Si le visage que j'ai montré de la France paraît à certains tenir plutôt d'une légende cruelle que de la vérité, mon espoir est que la légende les remue assez profondément, pour qu'ils apprennent à refuser en eux-mêmes tout ce qui pourrait la confirmer.
Avouons-le, ces dernières années, la Chine nous a encore étonnés : plus semblable à elle-même de nous surprendre toujours, que de se conformer à l'image que nous nous en faisions. Elle nous interroge de nouveau, et sur elle, et sur nous.
Quand l'ennemi avance, nous nous retirons. Quand l'ennemi s'arrête et campe, nous le harcelons. Quand l'ennemi s'efforce d'éviter le combat, nous attaquons. Quand l'ennemi se retire, nous le poursuivons.
En quarante ans d'observations, l'attitude de confiance - ou de défiance - en la personne nous est apparue, sous des formes très diverses, comme la quintessence des conduites culturelles, religieuses, sociales et politiques qui exerce une influence décisive sur le développement.
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