L'huisser : Dois-je vous signaler qu'un huissier est un agent assermenté par l'État, hein ?
Didier : Ouais ben c'est pas incompatible avec un enculé c'est plutôt un pléonasme.
Pascal : Non mais ça lui a échappé.
L'huisser : Oui eh ben pas à moi alors je vais vous dire à chaque insulte vous serez gratifié d'une amende de 500 Francs.
Pascal : Attendez, sinon, il y a le téléviseur là...
Didier : Et s'il vous plaît ? La gifle c'est combien ?
Pascal : C'est un Thomson, il est bien, il est tout neuf...
L'huisser : Bon, 800, 800...
Bernard : Euh monsieur c'est une question j'voudrais savoir... Sac à merde c'est une insulte ? J'sais pas 'fin j'pose la question comme ça, c'est une insulte ?
L'huisser : Sac à merde... J'vous avais prévenu 500 Francs.
Didier : Nan nan vous pouvez mettre 3000 Francs parce que on va rajouter dans le sac à merde euh, vieux gros con pourri, d'enfoiré de merde au service du pouvoir qui me fait chier... 5000 parce que j'vais rajouter GROS CON DE TÊTE DE MERDE qui pu l'vomi de de...
Bernard : De raclure de bidet !
Ce passage est un échange verbal très vif et comique entre un huissier de justice, qui tente de faire respecter l'ordre et son autorité, et trois personnages (Didier, Pascal, et Bernard) qui sont manifestement irrespectueux et contestataires. L'huissier menace d'une amende de 500 Francs pour chaque insulte proférée. L'escalade verbale est immédiate et volontaire. Les répliques des trois amis sont une succession d'insultes délibérées, transformant le système d'amendes en un jeu absurde et coûteux, tout en proposant ironiquement des objets en paiement (le téléviseur).
La scène symbolise la confrontation, souvent impuissante, de l'autorité rigide et bureaucratique (l'huissier, représentant l'État et la loi) face à la débrouille, l'anarchie joyeuse et le désespoir amusé des citoyens ordinaires et précaires. L'amende, censée être un outil de discipline, devient ici un catalyseur de rébellion et un indicateur de la futilité de vouloir faire respecter l'ordre par la simple menace financière quand la situation est déjà critique.
Dans la vie quotidienne, la réplique est souvent citée pour son côté outrancier et son principe de l'escalade comique. La phrase de Didier, « Ouais ben c'est pas incompatible avec un enculé c'est plutôt un pléonasme », est parfois utilisée, de manière plus ou moins atténuée, pour remettre en question l'intégrité de certaines figures d'autorité ou pour sous-entendre qu'un titre officiel ne garantit pas la moralité.
L'idée principale à retenir est que la rigidité et la tentative d'imposer l'ordre par la simple sanction peuvent parfois avoir l'effet inverse, provoquant une rébellion comique ou une escalade. C'est une leçon sur l'inefficacité de l'autorité déconnectée de la réalité humaine.
Cette réplique culte est tirée du film français Les Trois Frères, sorti en 1995 et réalisé par Didier Bourdon et Bernard Campan, membres du trio comique Les Inconnus, avec Pascal Légitimus.
La scène se déroule lors d'une tentative d'expulsion. Les trois frères, qui viennent de se retrouver et d'hériter d'une somme qu'ils croyaient mirobolante (mais qui a fondu), se retrouvent confrontés à un huissier venu saisir leurs biens (ceux de l'ex-femme de Didier). Les personnages sont à bout de nerfs et ruinés, ce qui explique leur attitude provocatrice et désespérée face à l'huissier.
Le thème central des Trois Frères est la galère et la débrouille face à la précarité et à la désillusion. Cette scène est l'apogée de cette confrontation : les trois frères, unis dans le malheur et la rébellion, font face à l'adversité symbolisée par l'huissier. Elle illustre leur capacité à transformer une situation dramatique en moment de comédie et de solidarité fraternelle.
L'impact est immense. C'est l'une des scènes les plus mémorables du cinéma comique français des années 90. Elle procure un fort sentiment de catharsis chez le spectateur, qui s'identifie au ras-le-bol des frères face à l'administration. La séquence est un exemple parfait de l'humour des Inconnus : à la fois populaire, incisif, et basé sur une observation acerbe des travers de la société. Elle a marqué le langage et l'imaginaire collectif français, symbolisant l'affrontement entre les « petits » et le système.