Le peuple donne les forces, et le gouvernement les lumières.
Le mépris doit être le plus mystérieux de nos sentiments.
Le peuple ne goûte de la liberté, comme de liqueurs violentes, que pour s'enivrer et devenir furieux.
Rien n'est plus fatigant que la paresse.
La langue est un instrument dont il ne faut pas faire crier les ressorts.
Nous n'exigeons de grands détails que sur ce qui nous touche et nous flatte, on est sans intérêt pour le reste.
Les ronces couvrent le chemin de l'amitié quand on n'y passe pas souvent.
Pour aimer assez, il faut aimer trop !
En général, l'indulgence pour ceux qu'on connaît, est bien plus rare que la pitié pour ceux qu'on ne connaît pas.
Pour arriver à des choses neuves en littérature, il faut déplacer les expressions ; en philosophie, il faut déplacer les idées.
Nos défauts devraient nous donner une qualité : l'indulgence pour les défauts des autres.
Si la tristesse est si près de la fortune, pourquoi l'envie est-elle si loin de la pitié ?
Il faut observer que chez les anciens, on avait de la religion sans avoir le clergé, et que c'est le contraire chez les peuples modernes.
On ne pleure jamais tant que dans l'âge des espérances ; mais quand on n'a plus d'espoir, on voit tout d'un oeil sec, et le calme naît de l'impuissance.
Nos goûts et nos passions nous dégradent plus que nos opinions et nos erreurs.
Si le talent empêche le génie de tomber, le génie l'empêche de ramper.
Le style n'est rien, mais rien n'est sans le style.
Le spectacle des méchants a fait les gens bien, comme celui du ridicule a fait les gens de goût.
Il y a une sorte de plaisir à s'apercevoir qu'on est un peu dupe de ceux qu'on aime.
On passe la moitié de sa vie à retenir sans comprendre, et l'autre moitié à comprendre sans retenir.
Nous avons tous assez de force en nous pour supporter le malheur des autres, mais nous n'en avons peut-être pas autant pour supporter leur bonheur.
L'amitié est pour l'hiver de l'âge ce qu'est l'amour pour la jeunesse.
Nous sommes à la fois étonnants et étonnés ; les animaux ne sont qu'étonnants.
Les opinions, les théories, les systèmes, passent tour à tour sur la meule du temps, qui leur donne d'abord du tranchant et de l'éclat, et qui finit par les user.
Un homme devient grand, et tout à coup beaucoup de gens se font lierre, parce qu'il s'est fait chêne.
L'homme qui parle est l'homme qui pense tout haut.
L'envie qui parle et qui crie est toujours maladroite ; c'est l'envie qui se tait qu'on doit craindre.
On ne va jamais si loin que lorsque l'on ne sait pas où l'on va.
Lorsqu'on veut empêcher les horreurs d'une révolution, il faut la vouloir et la faire soi-même.
Le repos est pour les masses et le mouvements pour les éléments.
La plupart des livres d'à présent ont l'air d'avoir été faits en un jour avec des livres lus de la veille.
Les idées sont des fonds qui ne portent intérêt qu'entre les mains du talent.
L'homme rapproche les espaces par le Commerce et les temps par le Crédit.
Les rois de France, en vendant la noblesse, n'ont pas songé à vendre aussi le temps, qui manque toujours aux parvenus.
La vanité fait plus d'heureux que l'orgueil.
Une nation n'a point de droits contraires à son bonheur.
On peut comparer la société à une salle de spectacle ; on n'y est aux loges que parce qu'on paie davantage.
L'homme est le seul animal qui fasse du feu, ce qui lui a donné l'empire du monde.
L'orgueil est toujours plus près du suicide que du repentir.
Les gens bornés aiment le mouvement, il n'y a que les hommes exercés à la méditation qui aiment le silence et le repos.
Tout le monde s'agite pour trouver enfin le repos ; mais il y a des hommes si paresseux qu'ils mettent le but au début.
Les rêves, la folie et l'ivresse prouvent que notre âme dépend beaucoup de notre corps, et vice-versa.
La raison est historienne mais les passions sont actrices.
Sur dix personnes qui parlent de nous, neuf disent du mal, et souvent la seule personne qui dit du bien, le dit mal.
C'est à Paris que la providence est plus grande qu'ailleurs.
L'or est le souverain des souverains.
Les idées sont comme les hommes : elles dépendent de l'état et de la place qu'on leur donne.
L'historien et le romancier font entre eux un échange de vérités, de fictions et de couleurs, l'un pour vivifier ce qui n'est plus, l'autre pour faire croire ce qui n'est pas.
Ce qu'une femme appelle avoir raison, c'est n'avoir pas tous les torts.
Ce que je fais n'est jamais ennuyeux, puisque je fais ce qui me plaît.
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